

La crise qui secoue le lycée franco-mexicain depuis l'annonce du déconventionnement le 11 novembre 2013 a vu l'émergence du collectif Mon LFM. Co-organisatrice de ce mouvement de défense des valeurs du lycée, Véronique Ramon-Déchelette, parent d'élève et ex-élève, explique les raisons et les revendications de cette nouvelle organisation.
"Je suis suis fière de ce que les écoles françaises m'ont apporté et je souhaite défendre ces valeurs" explique Véronique Ramon-Déchelette. (Photo Romain Thieriot).
Lepetitjournal.com/Mexico - Pourquoi avoir créé un collectif suite à l'annonce du déconventionnement ?
Véronique Ramon-Déchelette - L'idée d'organiser un collectif a surgi de façon spontanée après l'annonce du déconventionnement le 11 novembre et surtout après la réunion des délégués APE du 14 novembre avec l'administration du lycée. En tant que parent d'élève et déléguée APE, j'étais présente à cette réunion d'information sur le déconventionnement : Les arguments de l'administration du lycée pour justifier la rupture de contrat avec la France n'ont pas dissipé mes inquiétudes. Je me suis aperçue par ailleurs que d'autres parents d'élèves étaient aussi dubitatifs que moi et que pour beaucoup les questions essentielles restaient en suspens : "Quelle est la nécessité de rompre un accord qui fonctionnait jusque-là très bien d'un point de vue pédagogique ?", "Quelles sont les véritables conséquences d'un déconventionnement ?", "Pourquoi tant de précipitation ?"...
Nous avions la sensation d'être mis devant un fait accompli sans volonté d'explications claires et avec la frustration de ne pas avoir été consultés au préalable alors que nous sommes les premiers concernés en tant que parents d'élèves et que l'importance de cette décision aura très probablement des conséquences directes sur l'éducation de nos enfants.
Nous avons donc décidé de nous unir et créer un collectif pour simplement demander plus d'informations et obtenir des réponses et éclaircissements car nous sommes nombreux à ne pas être satisfaits par les vagues explications exprimées jusqu'à présent.
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La défense des valeurs de l'éducation "à la française" Juriste de formation, Véronique Ramon-Déchelette est mère de deux enfants dont une est lycéenne au lycée français de Mexico. Sa fille aînée est, quant à elle, étudiante en France après avoir passé son bac au LFM. "Cela fait 17 ans que je suis parent d'élève du lycée et déléguée. Je suis moi-même une ancienne élève de cette école. J'ai passé mon enfance dans différents pays, j'ai donc connu plusieurs écoles françaises et suis fière de ce que ces établissements m'ont apporté." Aujourd'hui cadre dans une grande société, cette mère de famille se dit très attachée aux "valeurs de l'Education nationale française", qui véhiculent "le sens de l'esprit critique, la méritocratie, le respect de l'opinion d'autrui." Elle craint que cette éducation "à la française" qui fait le prestige du LFM à Mexico ne soit aujourd'hui en danger. |
Qui sont les membres qui composent ce collectif ?
Tous ceux ? parents, professeurs et ex-élèves ? insatisfaits par le manque d'explications claires sur la motivation du déconventionnement et préoccupés quant à ses conséquences. Il nous semble très important que ce mouvement n'ait pas d'étiquettes partisanes, associatives ou idéologiques pour être représentatif de l'ensemble de la communauté du lycée. C'est pour cela que l'on y retrouve des parents d'élèves de toutes nationalités des deux établissements (Polanco et Coyoacán), des délégués APE, comme moi, ou FCPE, de nombreux autres anonymes, des professeurs syndiqués et non syndiqués, expatriés, résidents et locaux et aussi des ex-élèves. Les organisateurs, un groupe d'une petite dizaine de personnes, représentent cette pluralité avec toutes ces sensibilités et ceci afin de garantir l'objectivité de notre pétition.
Quelles sont vos revendications ?
La première chose que nous avons constatée est un grand manque d'information. Nous avons donc décidé que la première action à mener était de communiquer de manière neutre, à travers un site internet et les réseaux sociaux toutes les informations à notre disposition. Il est en effet difficile d'avoir un avis sur le bien-fondé ou non du déconventionnement si nous n'avons pas d'éléments suffisants pour juger. En définitive, aujourd'hui, nous savons ce que nous pouvons perdre, mais nous ne savons pas vraiment ce que nous allons gagner.
Il nous faut des réponses précises sur les raisons de cette apparente précipitation, sur les conséquences de ce changement structurel car on ne peut pas se contenter d'une telle opacité et de déclarations de bonne volonté de la part de la direction du lycée, qui sont assurément insuffisantes pour un enjeu aussi important.
La mobilisation les mercredi 27 novembre et mardi 3 décembre avaient justement pour but d'informer le public sur l'existence de ce collectif et de montrer à tous les parents d'élèves qu'ils ne sont pas seuls dans leurs préoccupations, qu'ils ont le droit de savoir ce qui se passe au LFM. Ces actions permettent aussi d'instaurer un dialogue entre les parents, entre parents et professeurs et de soulever toutes les problématiques, car il en va de l'avenir du lycée.
Aujourd'hui, le mouvement prend de l'ampleur. Au sein du collectif et avec ceux qui partagent nos valeurs de dialogue, d'objectivité et de responsabilités, nous nous sentons le devoir d'accompagner la destinée du lycée. Notre démarche est non partisane, éminemment citoyenne. Nous souhaitons une transparence sur les décisions majeures prises par les décideurs. C'est une question d'honnêteté intellectuelle et de devoir moral vis à vis de toute la communauté du lycée.
Mercredi 27 novembre 2013, premier rassemblement devant le lycée à Polanco. (photo Romain Thieriot)
Qu'attendez-vous désormais de l'administration du lycée et de la France ?
Nous souhaitons tout d'abord une prise en considération en tant qu'usagers et bénéficiaires d'une éducation que nous avons choisie car elle correspond à nos valeurs. Il n'y a rien de pire que d'être ignoré.
Nous exigeons ainsi des explications claires et objectives qui nous permettraient d'adhérer ou non à ce déconventionnement. Il nous semble par ailleurs raisonnable de recueillir notre avis quand les fondements ou l'avenir du lycée sont en jeu. L'idéal serait évidemment d'être invité et participer à cette concertation en cours entre l'AEFE, via l'Ambassade, et la direction du lycée.
Y-a-t-il d'autres actions prévues ? Par exemple, la suspension du paiement des écolages ?
Au sein du collectif, nous discutons et débattons de la stratégie à suivre et des actions à mener afin de nous faire entendre. Nous allons tout d'abord continuer notre travail d'information, organiser des réunions et demander à être reçus pour être entendus. Si nous n'avons pas de réponses de la part des décideurs, nous envisagerons certainement d'autres actions en nous inspirant par exemple du lycée français de Rio de Janeiro en 2009 (comme la suspension des écolages). Mais pour l'instant, nous demandons le dialogue.
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Grève des professeurs, rassemblement et réunion publique - Lundi 9 décembre 2013, la grève des professeurs continue au LFM. - Mardi 10 décembre 2013, un rassemblement est prévu à 7h15 sur le parvis du lycée à Polanco. Et à 10h30, Sergio Coronado, député des Français de l'étranger Amérique Latine et Caraïbes, sera présent à l'Alliance française de Polanco pour une rencontre publique avec la communauté du lycée. Plus d'infos sur la page facebook "mon LFM" ou sur le site monlfm.com |
Jean-Marie Legaud (www.lepetitjournal.com/mexico) Lundi 9 décembre 2013







