

A l'occasion de la rentrée, Philippe PALADE, nouveau délégué général de l'Alliance française du Mexique, a accepté de revenir, pour lepetitjournal.com, sur son parcours ainsi que sur sa fascination pour ce pays en constante mutation. Il a également abordé sa vision des relations France-Mexique mais aussi les défis permanents auxquels doivent faire face les Alliances. Une chose est sûre: L'Alliance française et lui, c'est une histoire qui dure depuis plus de 20 ans !
Philippe Palade (Courtoisie)
LePetitJournal.com: Quel a été votre parcours avant d'arriver au Mexique?
Philippe Palade: Après des études de lettres, une maitrise en littérature espagnole et hispano-américaine, et l'obtention de mon CAPES en espagnol, le démon voyageur nous a conduits mon épouse, mes enfants et moi à enchainer les missions à l'étranger. C'est à l'occasion de la visite à Madagascar du secrétaire général de l'Alliance française de Paris que mon destin et celui de l'Alliance ont été scellés: attaché culturel responsable de l'Alliance Française en Ouganda de 1993 à 1997, responsable de la plateforme Djibouti, Éthiopie et Erythrée de 1997 à 2001, directeur du centre de San Ángel de 2004 à 2008 à Mexico. Puis, avant la fin de mon mandat de délégué général au Chili, j'ai été appelé par l'Alliance française du Mexique pour remplacer Yves Corbel à la direction du réseau. J'ai sans hésiter accepté et ai pris mes fonctions en février 2011: le Mexique et moi étions enfin réunis.
Pourquoi cette fascination pour le Mexique ?
Le Mexique est un pays d'une richesse, d'une variété et d'une densité culturelle exceptionnelle. C'est un pays en constante mutation où les Français se sentent rapidement très bien. Je vis à Mexico et même si la capitale présente des inconvénients de par sa taille, sa population et sa circulation, on devient très vite chilango. En ce qui me concerne, je suis surpris et émerveillé tous les jours. Les rencontres que j'ai la chance de faire dans le cadre de mon travail sont plus qu'enrichissantes; que ce soient des responsables de grandes associations mexicaines, des artistes ou encore de gens ordinaires, tous témoignent de beaucoup d'affection et d'attentes envers la France, malgré un contexte diplomatique parfois un peu tendu entre les deux pays.
Justement, parlez-nous un peu plus de votre vision sur les relations France-Mexique
Les relations entre le Mexique et l'Alliance française sont très anciennes. Cette dernière a été fondée en 1883 à Paris afin de faire rayonner la France loin de la mère patrie pour sa langue, sa culture et son universalisme. Mexico a été la première alliance créée en dehors de France, en 1884.
Les relations entre la France et le Mexique sont encore plus anciennes. Je pense notamment à l'époque de l'empereur Maximilien et de Carlota. Il y a toujours eu une fascination d'une certaine société mexicaine pour la France. Tout ceci a permis l'implantation d'une communauté française qui s'est vite développée avec notamment les Barcelonnettes, fondateurs de grandes chaines de magasins comme Fábricas de Francia, Palacio de Hierro ou encore Liverpool.
Le Mexique et la France entretiennent une relation très privilégiée tant sur le plan culturel qu'émotionnel et nous devons tout mettre en ?uvre pour que les Mexicains continuent de voir la France comme un pays ami.
Parlez-nous un peu plus du réseau des Alliances au Mexique et ses différents rôles
Le Mexique est un des plus grands réseaux avec 38 centres actifs et un peu plus de 30 000 élèves.
L'Alliance est un peu comme une grande épicerie: on fait de tout et c'est ce qui plaît: cours de français, presse écrite, ciné-club, expo, cinémathèque, théâtre,? Néanmoins, la mission essentielle de l'Alliance au Mexique reste la diffusion du français. Un autre versant de l'activité est la diffusion et avant tout l'échange culturel.
L'Alliance est aussi le relai, à travers Campusfrance pour les étudiants mexicains qui s'apprêtent à partir étudier dans un pays francophone. Elle les aide à obtenir le niveau nécessaire en français pour intégrer une université francophone.
Enfin, en province, l'Alliance joue souvent un rôle de médiateur et de facilitateur, en l'absence de consul honoraire, notamment dans le domaine de la coopération universitaire ou de l'implantation industrielle.
Dans la relation France-Mexique, nous jouons un rôle politique crucial car les Mexicains identifient la France souvent par rapport à l'Alliance française. Plus elle se met à leur niveau et sait répondre à leurs attentes, plus la relation entre les deux pays est sincère, étroite et durable.
Quels sont les défis auxquels les Alliances doivent faire face?
Les Alliances françaises ne sont presque pas subventionnées, souvent pas du tout, sauf à travers de l'appui de l'Ambassade pour la formation des équipes pédagogiques et les tournées artistiques mises en place par la coordination culturelle. Elles ne se financent que par les cours et une Alliance qui n'a pas d'élèves est vouée à disparaitre. Les directeurs doivent faire preuve de beaucoup d'imagination, d'enthousiasme et de courage.
Mon actuel projet est de professionnaliser davantage le réseau, de faire de la délégation générale une autorité morale, une force de conseil et un instrument de contrôle de l'ensemble du réseau. Je veux fédérer un réseau solidaire où l'on peut mutualiser tout ce qui est fait ici et qui peut servir à d'autres, comme le fait la coordination culturelle qui propose une programmation dans tout le réseau.
Comment expliquez-vous le succès de l'Alliance française dans des zones où le contexte est particulièrement difficile?
Tout d'abord, il faut savoir que la réussite ou l'échec d'une Alliance française dépend de la qualité des personnes qui l'animent. A travers le pays, il y a des Alliances qui travaillent au quotidien, qui offrent des cours, une programmation culturelle en dépit des contextes tendus, parfois dangereux. Je pense notamment à Durango, Monterrey ou encore Ciudad Juarez où je souhaite saluer la performance des directrices et directeurs qui effectuent un travail remarquable sur place.
Les Alliances sont des associations civiles mexicaines qui sont profondément intégrées au tissu socio-culturel où elles sont implantées. Elles sont souvent là depuis de nombreuses années et le public les voit comme un élément important de la vie sociale et culturelle de leur ville. Quand autour on a le sentiment que les choses ne vont pas bien, l'Alliance s'impose comme une sorte d'îlot de culture où les gens ont plaisir à se retrouver pour lire, écouter de la musique, voir du cinéma français? L'Alliance française joue un véritable rôle social.
Un dernier mot pour nos lecteurs?
Faites confiance aux Alliances, continuez de manifester votre intérêt pour la programmation culturelle et d'inviter ceux qui ne la connaissent pas. Une Alliance est une maison. Elle a une âme et quand l'alchimie se produit, on a envie d'y aller, d'y rester et d'y inviter ses amis. Les Alliances françaises vous appartiennent.
Marine Nouvel (www.lepetitjournal.com/mexico) mardi 13 septembre 2011







