Édition internationale

SANTA MUERTE – À México, un culte grandissant face à la catastrophe écologique

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

 

La Santa Muerte est-elle l'expression d'une vénération satanique de la part de criminels? Ou bien, est-elle l'avatar de cette propension qu'ont les Mexicains à dialoguer avec la mort et à en faire un acteur à part entière de la vie nationale? Ou bien la Santa Muerte est-elle l'expression de réponses concrètes à des problèmes insolubles ? Silvia Mancini, historienne et anthropologue à l'Université de Lausanne nous explique ce qui fait aujourd'hui la spécificité du culte de la Santa Muerte à México et le lien qui existe entre sa dévotion et la catastrophe écologique qui nous entoure

Santa Muerte verte. Photo: Francis Mobio

Lepetitjournal.com : Qui est la Santa Muerte?
Silvia Macini
: Il s'agit d'une image qui représente un squelette habillé assorti d'une série d'éléments, la faux-moissonneuse, la balance et la sphère terrestre, symboles de sagesse.

Qui sont ses adeptes?
Ses adeptes sont pour la plupart des petits marchands de rue vivant à la journée, des hommes et des femmes issus du monde ouvrier et paysan. D'autres viennent des milieux carcéraux, de la délinquance, de la toxicomanie et de la prostitution. Dans tous les cas, il s'agit des populations les plus déshéritées et les plus marginalisées de la mégalopole. Tous ne sont pas des criminels comme on a tendance à le penser.
Un grand nombre de ses adeptes sont des immigrés récents (de ces 20 ou 30 dernières années). Arrivant de province, ils ont connu un dépaysement très fort. Ils se sont installés principalement dans les périphéries nord de México dans la plus grande précarité (sans eau, ni électricité). Ce n'est donc pas un hasard si ces populations qui vivent à la lisière du "non monde" adhèrent au culte de la Santa Muerte qui est à tous les niveaux la gardienne des limites. Pour des populations qui vivent chaque jour exposées à la mort et qui doivent inventer des moyens de survie, la Santa Muerte est la seule véritable protectrice.

Autel Santa Muerte, gardienne de l'amour. Photo: Francis Mobio

À quels usages répond aujourd'hui le culte de la Santa Muerte à México?
La personnification de la mort pour des populations qui vivent les risques au quotidien renvoie à la nécessité de pouvoir négocier tous les jours avec la mort. Cela correspond à la logique de l'activité mitico-rituelle. La Santa Muerte n'est pas une incarnation de la fin de la vie, elle n'incarne pas non plus l'allusion à la fragilité de la condition humaine comme on pourrait philosophiquement l'interpréter. Au contraire, la Santa Muerte représente la vie.
C'est à elle que l'on s'adresse pour obtenir succès dans la vie amoureuse, dans le commerce, ou bien, pour dénouer des situations juridiques compliquées, ou encore, pour accomplir une opération délictueuse. Par exemple, avant de faire un coup, les voleurs demandent protection à la Santa Muerte. Les prisonniers s'adressent à la Santa Muerte afin d'obtenir une réduction de peine.

Quel est le discours de l'Église?
L'Église Catholique condamne le culte de la Santa Muerte car il contredit le fondement même du message chrétien qui repose sur l'idée de résurrection. Le Christ a vaincu la mort et a ouvert la porte aux humains à un rachat définitif. La mort n'est qu'un passage vers la vraie vie.
De leur côté, les adeptes du culte de la Santa Muerte se réclament du catholicisme, car de leur point de vue et au regard du vécu, il n'y a pas de différence entre le culte de San Judas Tadeo (voir notre article: San Judas Tadeo: le saint patron des causes désespérées), la Virgen de Guadalupe (voir notre article: RELIGION- Les festivités de la Vierge de Guadalupe), ou la Santa Muerte (Lire: TRADITION - La Santa Muerte, reine des damnés et des bandits). Dans la religiosité populaire, il n'est pas question de crédo mais de pratiques rituelles.

Comment l'habiller?
L'habillage des statues s'inscrit dans des pratiques d'origine précolombienne dans lesquelles le vêtement a une importance fondamentale pour définir l'essence non humaine.
On fait jouer la symbologie des couleurs. On l'habille en rouge lorsqu'on lui demande chance en amour. L'or et le jaune renvoie à l'argent. Le blanc favorise le processus de rachat pour des personnes qui ont commis des délits. Habillée de toutes les couleurs elle est la Santa de Siete potencias.
Chaque statue est unique. On peut acheter ses habits sur des marchés (à Tepito par exemple) ou faire faire ses vêtements par des couturières de grande renommée dans le milieu (souvent d'anciennes prisonnières). Elles réalisent pour la Santa Muerte des robes haute couture d'une grande beauté.

Marion DU BRON (www.lepetitjournal.com/Mexico) Mardi 30 novembre 2010

Pour en savoir plus:
Site Unil de Silvia Mancini
Article sur la Santa Muerte par Francis Mobio

Vidéo sur la Santa Muerte :
http://podcast.unil.ch/podcast/ftsr/09_cinecures_podcast/cinecures_podcast.m4v

Retrouvez plus d'articles dans notre section "Histoire et Traditions"

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Publié le 30 novembre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
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