Édition internationale

SALAIRE MINIMUM MEXICAIN – La précarité au quotidien

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Le salaire minimum dans plusieurs pays constitue un des fondements de la démocratie sociale et permet aux gens les plus humbles de pouvoir mener une vie décente et digne en subvenant à leurs besoins primaires et à ceux de leur famille. Curieusement le salaire minimum au Mexique ne répond pas à ce critère et condamne l'individu le gagnant à la précarité et pauvreté

(Photo: cgtesr)

Pilier de la démocratie sociale
La période de production économique phénoménale des pays européens après la seconde guerre mondiale est généralement qualifiée d'époque des trente glorieuses. Cette époque en plus d'être caractérisée par une reconstruction rapide, un développement économique fulgurant et des taux de croissance élevée, est synonyme de progrès social. En effet, c'est durant ces années que les pays européens en général adoptent les premières mesures concrètes d'aide au citoyen, afin d'assurer à chacun une vie digne. Les mécanismes de prestations aux familles, l'éducation garantie, l'aide au logement et le droit à un salaire minimum sont aujourd'hui des mesures considérées comme les piliers du modèle de démocratie sociale à l'européenne. En France, la charte du travail est adoptée en 1941 et définit la notion de salaire minimum vital et universel pour chaque citoyen français selon sa zone de résidence. Le salaire minimum national interprofessionnel garanti, le SMIG, est fixé officiellement  à 78 F pour la région parisienne et à 64 F pour la zone la plus basse en 1950. En 1970, le SMIC, Salaire minimum interprofessionnel de croissance remplace le SMIG et est fixé selon l'index des prix et de l'inflation.

Pauvreté institutionnalisée
Ironiquement, le Mexique est l'un des premiers pays à mettre en place le concept de salaire minimum. En effet, dans la constitution de 1917, soit la constitution faisant suite à la Révolution Mexicaine, on stipule la création d'un salaire minimum garanti permettant selon les mots utilisés, la satisfaction des nécessités normales de la vie du travailleur, son éducation, ses plaisirs honnêtes et ceux de sa famille. En 1931, on ajoute à cette définition de base que le travailleur doit être en mesure de couvrir ses besoins également durant ses jours de repos. Aujourd'hui quasiment 100 ans après la rédaction de la constitution, force est de constater que le salaire minimum au Mexique ne cadre pas du tout avec la définition constitutionnelle. En effet le salaire minimum quotidien est réparti selon trois zones, chaque zone ayant supposément un coût de vie différent. Le salaire minimum actuel le plus élevé est donc actuellement de 59,80 pesos et correspond à la région de la capitale nationale. Ce salaire minimum est quotidien et signifie qu'un travailleur touche moins de 2000 pesos mensuel. Il est très difficile de ne pas constater le ridicule de ce salaire dérisoire qui semble plus symbolique que pratique. Jusqu'à quel point peut-on subvenir à ses besoins de base et à ceux de sa famille avec un salaire aussi misérable dans une ville comme Mexico, pratiquant des prix très semblables aux autres mégalopoles mondiales? Il semble donc juste de qualifier le salaire minimum au Mexique de pauvreté institutionnalisée.

(Photo: cha2401/istockphoto)

Nécessité d'un profond changement
Selon plusieurs études, l'inflation et la réévaluation de la valeur du peso au Mexique ont crée une sérieuse perte de pouvoir d'achat pour le mexicain gagnant le salaire minimum. Afin de disposer du même pouvoir d'achat qu'en 1976, le citoyen mexicain devrait pouvoir toucher en 2011 un salaire minimum de 208 pesos quotidiennement. La réalité est qu'aujourd'hui le salaire minimum permet d'acquérir environ 30% de la canasta básica, soit le groupe de produits de base constituant l'unité de calcul de l'index d'inflation. Selon des statistiques publiées par l'OCDE la semaine passée, le Mexique est le pays membre de l'OCDE ayant le taux le plus élevée de pauvreté et ce malgré le fait qu'il se situe également dans la liste des pays travaillant le plus d'heures. Durant sa conférence à Acapulco la semaine dernière, Lula, ex-président du Brésil a souligné le fort lien existant entre la criminalité et la pauvreté au Mexique. Le manque d'opportunités réelles d'amélioration de qualité de vie et le système d'exploitation des classes défavorisées au Mexique favorisent la consolidation d'un pays profondément inégal et oligarchique. Il est grand temps d'un changement politique profond afin de remettre sur la voie sociale ce pays qui fut jadis tant admiré pour son avant-garde.

Adam CHARLEBOIS (www.lepetitjournal.com/Mexico) Mardi 19 avril 2011

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