Édition internationale

RICARDO FLORES MAGÓN - Des idées révolutionnaires toujours d’actualités

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

 

Ricardo Flores Magon est un précurseur de la lutte pour la justice sociale et un inspirateur de la Constitution de 1917. Oublié de l'histoire officielle mais pas totalement de la mémoire collective, de nombreux mouvements sociaux se revendiquent encore de son héritage politico-culturel

Ricardo et Enrique Flores Magón en 1917 à la prison du Comté de Los Angeles. Photo: Los Angeles Times. Wikipedia

Qui est Ricardo Flores Magon (1873-1922)?
Ce fut l'un des principaux théoriciens de la révolution mexicaine, il unifia les forces révolutionnaires contre Porfirio Diaz, en fustigeant la dictature au sein des journaux Regeneración, El Hijo del Ahuizote, etc. En juillet 1906, il fonda le Parti Libéral Mexicain (PLM). Le programme du PLM fut la véritable source idéologique de la révolution sociale. Peu de personnes osaient défier le régime de fer de Porfirio Díaz et cette synthèse fut entre autres un des facteurs de l'éclatement d'une révolte armée, tout comme le manifeste de 1911: "(...) il ne faut pas se limiter à prendre seulement possession de la terre et du matériel agricole, il faut aussi prendre résolument possession de toutes les industries et les remettre à ceux qui y travaillent...". En janvier 1911, il planifia l'indépendance et la création d'une république socialiste en Basse-Californie. Les insurgés furent battus ce qui marqua la fin de cette rébellion. Il resta fidèle à ses idéaux libertaires jusqu'à sa mort, en tentant d'éliminer toutes formes d'exploitation de l'homme par l'homme. Persécuté et emprisonné pour ses idées au Mexique et aux Etats-Unis, il fut assassiné en 1922 au pénitencier de Leavenworth. Sa dépouille mortelle repose à la Rotonda de los Hombres Ilustres à Mexico DF.

Photo: Anthony Groussard

En quoi consiste le "magonismo" ?
Le "magonismo" est un courant de pensée et d'action précurseur de la Révolution mexicaine (1910). Les magonistes aspirent à détruire le pouvoir, et non pas à l'exercer, leur objectif est l'auto-émancipation, l'autogestion et l'autonomie de communautés. Ils seront les premiers à vouloir lever une rébellion rurale au cri de "¡Tierra y libertad!". Ricardo Flores Magón voit dans le fonctionnement des communautés indigènes l'essence même d'un projet de société juste et viable: le fonctionnement en assemblées, les travaux communaux et la jouissance de la terre et des ressources naturelles en commun. Ces communautés fonctionnent de façon autonome en s'appuyant sur le principe d'aide mutuelle pour tout travail. Ce "pouvoir" communal dépend de l'Assemblée communautaire où se prennent toutes les décisions. Tous doivent travailler afin d'assurer le fonctionnement matériel de la communauté (cf. article les Rarámuris : à la rencontre d'une ethnie de l'Etat de Chihuahua). Pas une utopie mais une réalité car des millions d'indiens pratiquaient le communisme et l'ont toujours pratiqué. Il ajouta au programme politique d'autres revendications comme l'éducation élémentaire obligatoire jusqu'à l'âge de 14 ans, la création d'un salaire minimum, etc. Ses idées seront reprises par les zapatistes et par tous ceux qui se battront dans la Révolution mexicaine (1910) et une partie de ces principes sont repris dans la Constitution de 1917.

Comment ses convictions perdurent aujourd'hui ?
Les différentes revendications des magonistes sont toujours en quête d'application dans le pays, compte tenu de la situation sociale actuelle. C'est pourquoi depuis 1994, des collectifs libertaires et des organisations sociales ont décidé de commémorer l'anniversaire de sa mort et surtout ses idées à travers les "Jornadas magonistas", avec des conférences, lectures, concerts à travers tout le pays. Depuis 2005, le Centro Social Libertario "Ricardo Flores Magón" organise des rencontres, des groupes de pédagogie libertaire, du ciné en plein air. L' Alianza Magonista Zapatista (AMZ) et le Consejo Indigena Popular de Oaxaca-Ricardo Flores Magón (CIPO-RFM) promeuvent l'autonomie et l'autogestion sociale au sein de communautés et de villages grâce à la démocratie directe. Le CIPO-RFM compte plus de 2.000 membres (majoritairement des femmes) répartis dans tout l'Etat et prône une lutte sociale pacifique pour la défense des droits des communautés indigènes: droit à la terre, l'électricité et l'eau, droit des femmes, à l'éducation, défense de leurs cultures, création de leur autonomie à travers les coopératives de production. De juin à novembre 2006, la révolte populaire dans l'Etat de Oaxaca revêtit les idéaux révolutionnaires de Ricardo Flores Magon en demandant la renonciation du gouverneur de Oaxaca, Ulises Ruiz Ortiz, mais aussi en créant l'Asamblea Popular de los Pueblos de Oaxaca (APPO) qui incarnera les concepts d'assembléisme et d'autogestion, et ensuite au sein de la VOCAL (Voces Oaxaqueñas Construyendo Autonomía y Libertad).

Selon Ricardo Flores Magon: "La révolte c'est la vie: la soumission c'est la mort". (cf. El derecho de rebelión, Regeneración, 10 septembre 1910)

ANTHONY GROUSSARD (www.lepetitjournal.com/mexico) mercredi 12 janvier 2010

En savoir plus:
Site web de l'Archivo electrónico Ricardo Flores Magon
Site web de la Biblioteca Social Reconstruir (Mexico DF)
Site web de l'Antorcha Biblioteca virtual
Ecrits de Ricardo Flores Magon sur Wikisource

A lire aussi :
LES RARÁMURIS- A la rencontre d'une ethnie de l'Etat de Chihuahua
TRAINS- Le rôle des chemins de fer dans la Révolution
REVOLUTION- Le rôle des femmes dans la Révolution
HISTOIRE DU MEXIQUE - Porfirio Díaz ou l'art d'être dictateur pendant 34 ans

lepetitjournal.com Mexico
Publié le 12 janvier 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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