

L'Académie Mexicaine des Arts et Sciences Cinématographiques organisait, ce samedi 7 mai, au Palais de Bellas Artes, la cérémonie des Ariels qui a couronné le film de Luis Estrada El enfierno. La grande fête annuelle du cinéma mexicain a vite pris des allures de tribune politique : la plupart des intervenants ont appelé les citoyens mexicains à participer à la marche pour la paix qui s'achevait le lendemain
Les Ariels, une reconnaissance prestigieuse
Le prix remis par l'Académie Mexicaine des Arts et Sciences Cinématographiques est un Ariel, réplique miniature d'une ?uvre du sculpteur mexicain Ignacio Asúnsolo, qui représente un homme sur le point de s'envoler debout sur un aigle. La statue d'Ignacio Asúnsolo se trouvait, jusqu'en 1958, avenue Reforma avant d'être transférée dans les studios de cinéma Churubusco. Pour cette création, l'artiste s'inspira d'Ariel, le héros d'un essai de l'écrivain Uruguayen José Enrique Rodó qui symbolise la défense de la culture latino-américaine, la liberté d'esprit, le souci de l'excellence appliqué à l'art, et le rejet de tout matérialisme.
Le personnage de Rodó, n'a pas seulement été une source d'inspiration pour la création des statuettes remises annuellement à l'occasion de la cérémonie des Ariels. L'Académie Mexicaine des Arts et Sciences Cinématographiques se veut aussi très proche des nobles principes incarnés par ce personnage. L'Ariel est le prix le plus prestigieux qu'un artiste travaillant dans le domaine du cinéma peut recevoir au Mexique.
Pour l'actrice Ana Ofelia Murguía, qui a reçu, samedi soir, un Ariel récompensant l'ensemble de sa carrière, cette gratification est d'abord une immense satisfaction personnelle. Elle ajoute qu'elle est aussi un formidable passeport qui peut servir de tremplin dans une carrière nationale voire internationale.
2011, une cérémonie très politique
Le grand gagnant de cette cinquante-troisième cérémonie des Ariels est El enfierno de Luis Estrada. Nommé dans quatorze catégories, le film est reparti avec neuf statuettes dont celles récompensant le meilleur film et le meilleur metteur en scène. El enfierno plébiscité par le public lors de sa sortie en salle, dépeint les aventures de Benjamin, un Mexicain contraint de retourner dans son pays d'origine après avoir vécu de longues années aux Etats-Unis. Mais le Mexique qu'il retrouve à son retour n'a plus rien à voir avec celui qu'il a quitté. Benjamin découvre en effet un pays aux prises avec les narcotrafiquants qui sont devenus les nouveaux maîtres de son village natal.
A l'image du film plébiscité par les jurés de l'académie, les discours des lauréats étaient, pour la plupart, très engagés politiquement et socialement. Honoré par un Ariel d'or rendant hommage à l'ensemble de sa carrière, le réalisateur Jorge Fons a déclaré, par exemple, qu'il soutenait sans aucune réserve la marche pour la paix organisée à l'initiative de Javier Sicilia et a appelé ses compatriotes à y participer massivement. Dans le même sens, Luis Estrada a vivement critiqué la guerre contre les narcotrafiquants menée par le président de la république mexicaine depuis sa prise de pouvoir. (A lire: MANIFESTATION - une mobilisation inédite contre la violence)
D'autres moments furent beaucoup plus légers grâce à l'humour du maître de cérémonie, Jesús Ochoa, qui se moqua notamment de la rénovation du Palais de Bellas Artes qui avait suscité la polémique. Les nouveaux fauteuils de la salle de spectacle ayant été très critiqués, il alla jusqu'à déloger une spectatrice pour pouvoir juger par lui-même de leur confort. (A lire: PALACIO DE BELLAS ARTES ? Un remodelage désastreux)
Olivier CHARPENTIER (www.lepetitjournal.com/mexico) lundi 9 mai
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