

Même les moins sceptiques d'entre nous auront du mal à le croire et, pourtant, le culte musulman gagne du terrain au Chiapas depuis une dizaine d'années
Les musulmans tzotziles représentent 12% des 3.000 pratiquants de ce culte au Mexique. (Source : IslamMexico.org)
San Cristobal au Chiapas n'en finit pas de surprendre. Un des quartiers de la ville abrite en effet une communauté musulmane composée de quelque 350 personnes, en majorité d'origine tzotzil. Là bas, on parle tzotzil ou espagnol, mais on prie et on chante en arabe. Certains ont même déjà effectué le pèlerinage à la Mecque, comme le jeune Anastasio Gomez. Il a confié à un journaliste allemand que l'Islam l'a convaincu car pour cette religion "la race ne compte pas". Autrement dit, dans l'islam, il échappe à la discrimination dont sont victimes les indiens tzotziles, dans cette région qui compte parmi les plus pauvres du Mexique.
Cette microsociété, qui représente 12% des 3.000 pratiquants du culte musulman au Mexique, est très bien organisée autour de sa petite mosquée et de l'école musulmane plus connue sous le nom de "madrasa". Les 60 enfants qui la fréquentent y reçoivent un enseignement de la maternelle au collège, qui inclut des cours d'arabe. Par ailleurs, tous les membres travaillent principalement trois secteurs d'activité : la menuiserie, l'alimentation, et la confection. Cela leur permet d'assurer l'autosuffisance de la communauté.
Loin de l'extrémisme politico-religieux
Les indiens tzotziles musulmans sont en fait en majorité d'anciens protestants évangéliques. En 1993, ils sont expulsés de leur village où les catholiques sont majoritaires. De l'exclusion à la conversion de masse à l'Islam, il n'y a qu'un pas qui se retrouve franchi quand, en 1994, des musulmans espagnols arrivent au Chiapas et s'installent dans une des zones les plus modestes de San Cristobal pour y diffuser leur religion. "Les chrétiens ont ruiné leur culture", explique un missionnaire espagnol. "Dans l'islam, les Indiens redécouvrent leurs valeurs originelles", ajoute t-il.
Peu après son arrivée au Chiapas, Aureliano Pérez, chef de la communauté, aurait même proposé une alliance idéologico-religieuse à l'EZLN. Il avait remarqué que les tzotziles, qui représentent une grande partie des rebelles zapatistes, étaient très réceptifs aux enseignements du prophète. Si cette proposition n'a donné aucune suite concrète, elle a sans aucun doute contribué à provoquer l'inquiétude des autorités mexicaines. Le président Fox aurait même exprimé ses craintes que le réseau Al Qaida n'étende son influence jusqu'au Mexique. Après le 11 septembre, les Etats-Unis ont même demandé que soient scrutées de près les activités de la communauté.
L'auteur d'une étude sur ce phénomène de conversion à l'islam au Chiapas, l'anthropologue Gaspard Morquedo, affirme cependant que les tzotziles sont très loin de toute forme d'extrémisme à caractère politique : proches des morabites, groupe considéré comme une ramification d'un ordre religieux marocain, ils se réclament de l'islam originel, et prêchent l'interprétation littérale du Coran. L'extrémisme est peut-être à chercher dans les règles de vie de la communauté, puisque quelques familles ont déjà décidé de la quitter, en raison des idées radicales d'Aureliano Pérez.
L.P. (LPJ) 18 avril 2006
Plus d'infos sur la communauté musulmane du Mexique sur son site officiel.







