

Hillary Clinton est arrivée, mercredi 25 mars, pour sa première visite au Mexique en tant que Secrétaire d'Etat américaine. Le principal sujet abordé est la lutte contre les cartels de trafiquants de drogue. La violence générée par le trafic de drogue a atteint des sommets au Mexique, et, de plus en plus, déborde sur les Etats-Unis
Lire aussi : Etats-Unis ? Mexique : des relations tendues
Hillary Clinton et le président mexicain Felipe Calderón, le 25 mars 2009
Photo AFP
(Rédaction internationale) En décembre 2006, lors de son élection, le président mexicain Felipe Calderón avait admis que "le crime organisé était devenu hors de contrôle". Il avait promis de faire de la lutte contre le trafic de drogue une de ses priorités. Depuis, la guerre qu'il mène contre le narcotrafic a provoqué au Mexique une explosion de violence entre les cartels et contre les forces de l'ordre. Plus de 800 policiers et militaires ont été tués depuis décembre 2006. Quelque 6.000 homicides ont été recensés pour l'année 2008, et plus de 1.100 pour les deux premiers mois de 2009.
La violence du Mexique déborde sur les Etats-Unis
Le Mexique et les Etats-Unis entretiennent depuis longtemps des liens très étroits : 85% des exportations mexicaines sont destinées aux Etats-Unis, qui en retour assurent 75% des importations du Mexique, et chaque jour de très nombreux Américains et Mexicains traversent la frontière, légalement ou illégalement. Il n'est donc pas surprenant que les problèmes du Mexique touchent parfois aussi son voisin américain. Mais pour le sénateur de l'Arizona Jonathan Paton, "cela s'est aggravé comme jamais nous ne l'avions vu auparavant. Nous assistons au débordement de la violence venue du Mexique aux Etats-Unis". L'Etat d'Arizona, en particulier, a subi une très forte hausse de la criminalité et serait devenu, selon le Centre national de renseignement des drogues américain, la principale plateforme de l'immigration illégale et du trafic de drogues en Amérique du Nord. Les cartels mexicains seraient également parvenus à s'implanter dans 230 villes des Etats-Unis.
Les Etats-Unis, co-responsables
Beaucoup, des deux côtés de la frontière, s'accordent à dire que les consommateurs de drogue américains, qui alimentent le trafic, et l'administration américaine qui a échoué à contrôler la vente d'armes, sont en partie responsables de la situation. Hillary Clinton a admis hier cette part de responsabilité, déclarant : "Notre consommation insatiable de drogues alimente le commerce des drogues. Notre incapacité à empêcher la contrebande d'armes à notre frontière provoque la mort d'agents de police, de soldats et de civils". En effet, les deux tiers de la drogue consommée aux Etats-Unis proviendraient du Mexique. Et 90% des armes utilisées par les cartels mexicains auraient été importées clandestinement des Etats-Unis.
Une "nouvelle stratégie"contre le narcotrafic
Les deux pays ont bien compris que, pour être efficace, la lutte contre le trafic devait être menée de façon conjointe. En 2008, Georges W. Bush avait signé avec son homologue mexicain Felipe Calderón l'initiative Merida, un programme sur trois ans, d'un montant de 1,4 milliard de dollars, pour développer la coopération dans la lutte contre le trafic de drogue et le crime organisé. Mais la dégradation de la situation prouve que cette initiative n'a pas été suffisante. Mardi, Barack Obama a annoncé, à son tour, une série de mesures, pour un montant de 700 millions de dollars, ayant pour objectif "d'assurer la sécurité des Américains qui vivent le long de la frontière et d'éviter un débordement de la violence, mais aussi d'aider le gouvernement mexicain à faire face à une situation très difficile". Dans un premier temps, l'accent est mis sur la sécurisation de la zone frontalière, avec l'envoi de renforts policiers et judiciaires à la frontière, et l'installation de nouveaux dispositifs de surveillance. Le président américain a également évoqué la possibilité de placer des troupes fédérales en état d'alerte, qui pourraient être déployées en cas d'urgence, et de conclure avec le Mexique un nouvel accord militaire. Mercredi 25 mars, Hillary Clinton, en visite au Mexique, a annoncé le déblocage de "plus de 80 millions de dollars"pour fournir à Mexico des hélicoptères destinés à la lutte contre les cartels. Le gouvernement mexicain regrette toutefois que ces mesures soient financées sur les fonds consacrés à l'initiative Merida, et non par un nouvel investissement.
Après Hillary Clinton, ces prochaines semaines, le ministre de la Justice Eric Holder et la secrétaire à la Sécurité intérieure Janet Napolitano sont attendus au Mexique. Barack Obama s'y rendra également, les 16 et 17 avril.
Audrey Vassalli (www.lepetitjournal.com) vendredi 27 mars 2009
Pour en savoir plus :
Los Angeles Times : White House unveils plan to fight drug cartels at border (en anglais)
24 Heures : Gringos et Mexicains s'unissent contre les cartels de la drogue
Le Point : Etats-Unis: renforts à la frontière mexicaine contre les cartels de la drogue
Etats-Unis ? Mexique : des relations tendues
Les violences causées au Mexique par le trafic de drogue, qui ont fait plus de 7.000 morts durant les 15 derniers mois, font ressurgir des tensions entre les deux pays. Certains membres de l'administration américaine ont laissé entendre que le gouvernement mexicain avait perdu le contrôle de certaines zones du pays. Les autorités américaines ont, elles, déconseillé à leurs ressortissants de voyager au Mexique. Le président Felipe Calderón a protesté, et, évoquant une "campagne"américaine contre le Mexique, a souligné que le taux d'homicides était plus élevé dans certains Etats américains qu'au Mexique. Il a également rappelé que les victimes des violences dans son pays sont presque exclusivement des membres des cartels.
Les deux pays s'affrontent également sur des questions commerciales. Le Congrès américain a récemment interdit la circulation des camions mexicains au delà du Rio Grande, contrairement aux dispositions de l'accord de libre-échange nord-américain. L'administration américaine, pour justifier cette mesure, a déclaré que les camions mexicains ne répondaient pas aux normes de sécurité. Du côté du Mexique, on estime qu'il s'agit d'une mesure protectionniste, et le gouvernement a répliqué en appliquant une surtaxe sur l'importation de 89 produits en provenance des Etats-Unis, afin, selon Laura Carlsen (responsable du volet Amériques du Centre de politique internationale), de démontrer que "la relation commerciale pèse dans les deux sens"et que le commerce avec le Mexique est fondamental pour certains Etats américains.
A.V. (www.lepetitjournal.com) vendredi 27 mars 2009
Pour en savoir plus :
New York Times : As Clinton Visits Mexico, Strains Show in Relations (en anglais)







