

En 1968, la jeunesse du monde entier est en ébullition. Au Mexique, la contestation étudiante fait perdre ses nerfs au gouvernement et débouche, finalement, sur un bain de sang?
Aux origines de la colère étudiante
Le 25 juillet 1968, les forces de l'ordre interviennent violemment dans une bagarre opposant des étudiants d'universités rivales. Le lendemain, les étudiants descendent dans la rue pour protester contre ces brutalités policières. L'intervention de la police déclenche une émeute et des affrontements. Les 29 et 30 juillet, de nouveaux heurts font un mort et plusieurs blessés parmi les manifestants alors que plus d'un millier de personnes sont arrêtées et que la police occupe quatre grandes écoles. Le 8 août, les étudiants de l'UNAM et de l'Institut Polytechnique National appellent à la grève et annoncent des manifestations de masse si le gouvernement ne satisfait pas leurs revendications: démission des chefs de la police, dissolution de la police anti-émeutes, restauration de l'autonomie de l'université, libération de tous les prisonniers politiques, dédommagements pour les familles des étudiants tués ou blessés, et abolition d'un article de loi permettant de poursuivre tout Mexicain contestant le régime. Un Comité national de grève est mis sur pied. Ses membres cherchent à associer la population à la lutte en cours. Ils créent, pour ce faire, des "brigades politiques", groupes de quatre ou cinq étudiants qui distribuent des tracts, invitant la population à se joindre à cette lutte et demandant des soutiens financiers. Fin août, le fossé se creuse encore entre les étudiants et les autorités gouvernementales: le président Diaz Ortaz, tout en faisant quelques concessions verbales, avertit qu'il n'hésitera pas à utiliser toute la force nécessaire pour ramener l'ordre. Il ne plaisante pas.
Les chars envahissent le Zocalo lors d'une manifestation étudiante de 1968
Le massacre de Tlatelolco
Le 13 septembre, les étudiants organisent une marche silencieuse. Des centaines de milliers de personnes y participent. Les plus jeunes se sont collés du ruban adhésif sur la bouche pour ne pas rompre le silence. Au fur et à mesure que le cortège avance, les passants rejoignent les marcheurs. Le seul bruit produit par les centaines de milliers de manifestants provient du son des pieds frappant le sol. Cette marche effraie les gouvernants mexicains qui y voient le prélude à un mouvement général qui pourrait leur échapper. Ils décident de briser la contestation. Le 2 octobre, les étudiants se réunissent pour un meeting sur la place des Trois-Cultures dans le quartier de Tlatelolco. La police entoure la place et y dispose plus de cinq cents tanks. Des tireurs disposés sur les toits commencent à tirer sur la foule tandis que les chars et les mitrailleuses entrent en action. Les autorités parlent alors de vingt-sept morts, on est loin du compte: on parle aujourd'hui de deux cent soixante quinze victimes.

Des étudiants sur un camion incendié au cours de la manifestation du 28 juillet 1968
Le silence assourdissant de la communauté internationale
Le massacre de Tlatelolco soulève peu de réactions internationales. Le président du CIO annonce que les Jeux Olympiques se tiendront comme prévu, dix jours plus tard. Par ailleurs, le lendemain même du massacre, les ministres européens et les représentants du FMI accordent un prêt au Mexique, ce qui constitue un gage de confiance pour ses dirigeants qui ont su restaurer l'ordre dans leur pays. Le pire est certainement l'attitude des gouvernants mexicains qui nieront pendant des années leurs responsabilités dans ce massacre. Certains contesteront même son existence?
Olivier CHARPENTIER (www.lepetitjournal.com/mexico) mercredi 8 février 2012
Lire aussi:
Notre article du 25 février 2011: TLATELOLCO - Un quartier passé dans l'oubli
Notre article du 7 juin: VISITE ? Une Place des Trois Cultures au service de l'histoire







