

Il y a quarante-quatre ans, le 2 octobre 1968, les forces armées mexicaines suite à des ordres du président Gustavo Díaz Ordaz ouvrent le feu sur les étudiants réunis de manière pacifique sur la Plaza de las Tres Culturas, coeur du complexe résidentiel Nonoalco-Tlatelolco. Ce massacre est pour plusieurs le symbole de l'intransigeance d'un gouvernement arrogant et méprisant les revendications civiles et droits humains. Malgré la distance qui nous sépare des évènements, la blessure semble toujours bien ouverte dans l'inconscient mexicain
Les chars envahissent le Zocalo lors d'une manifestation étudiante de 1968
Répression et massacre des étudiants
En 1968, la ville de Mexico est dans un état festif puisqu'elle s'apprête à accueillir la communauté internationale pour les olympiades d'été. Le gouvernement mexicain est visiblement tendu puisqu'il souhaite contenir et limiter les importants mouvements sociaux, parmi lesquels figurent les revendications étudiantes du Conseil National de Grève (Consejo Nacional de Huelga). Ce conseil est le fruit de l'organisation des milliers d'étudiants en grève et prétend à l'instar d'autres mouvements étudiants dans le monde, engendrer le dialogue avec un gouvernement autoritaire. L'été 68 fut ponctué de graves provocations de la part du gouvernement du PRI (Partido Revolucionario Institucional) et s'inscrit dans la stratégie qui consiste à anéantir tout courant idéologique se rapprochant du communisme ou socialisme. Le 2 octobre 1968, lors d'une assemblée d'étudiants en face de l'édifice Chihuahua de Tlatelolco, les militaires ouvrent le feu sur les étudiants sans défense et tuent des centaines de jeunes.
Jour de deuil national et traditionnelle marche
Chaque année, des milliers de personnes rendent hommage aux morts et disparus du mouvement étudiant de 1968. Cette commémoration est généralement composée de discours à Tlatelolco et d'une marche allant de la hautement symbolique Plaza de las Tres Culturas au Zócalo. Celle-ci est l'occasion de rappeler au gouvernement mexicain que le massacre reste toujours impuni. En effet, la lumière n'a jamais été faite sur les circonstances exactes du massacre, de la responsabilité officielle au nombre de morts et de disparus. La continuité du PRI au pouvoir jusqu'en 2000 explique sans aucun doute le peu de transparence des dernières décennies dans ce dossier. Toutefois, le contexte de l'alternance politique de 2000 fut sans aucun doute, une occasion ratée de lever le voile sur ce crime d'État afin de pouvoir rétablir la justice et la vérité. En novembre 2011, le gouvernement mexicain adopta une réforme décrétant le 2 octobre comme un jour de deuil national. Bien que louable, cette initiative risque peu de calmer les ardeurs d'une population ayant soif de justice. Les commémorations de 2012 seront probablement très vives puisqu'elle seront également l'occasion pour plusieurs de manifester leur dégoût du retour au pouvoir du PRI, le même parti ayant organisé le massacre de 1968.
La Casa de la Memoria indómita : Un centre en hommage aux disparus politiques
Puisque le gouvernement mexicain n'a jamais démontré beaucoup d'intérêt pour le dossier, la majorité de l'information disponible sur le thème fut recompilée durant des générations par des Organisations non-gouvernementales et des associations d'anciens étudiants de 1968. Le comité ¡Eureka!, fondé en 1977 est une association de mères et familles à la recherche de leurs disparus. Sous la direction de l'activiste Rosario Ibarra de Piedra le comité a récemment inauguré un centre de diffusion et d'information dédié aux 557 cas de disparus traités par l'Ong, parmi lesquels figurent plusieurs étudiants de 1968. Ce centre de la rue Regina du centre historique, hébergé par le gouvernement du Distrito federal est le fruit de la volonté des dirigeants de l'association, soit perpétuer la mémoire des disparus des crimes d'Etats perpétrés par le gouvernement mexicain en tendant un pont vers les générations actuelles. En effet, seul un peuple informé et doté d'une mémoire collective peut lutter de manière efficace contre la barbarie.
Adam CHARLEBOIS (www.lepetitjournal.com/Mexico) Mardi 2 octobre 2012
Casa de la Memoria Indómita
Regina 66, coin 5 de Febrero
Métro Isabel la Católica
Visites guidées: Jeudi au dimanche, 11h et 16h. Contribution volontaire
Informations et rendez-vous: 5709 1512 casadelamemoriaindomita@gmail.com
Lire aussi:
Notre article du 25 février 2011: TLATELOLCO - Un quartier passé dans l'oubli
Notre article du 7 juin: VISITE ? Une Place des Trois Cultures au service de l'histoire







