Édition internationale

LIBERTÉ DE LA PRESSE – La journaliste Anabel Hernández craint pour sa sécurité

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

Ecrivain et journaliste, Anabel Hernández a publié plusieurs livres d'investigation mettant en cause notamment la collusion entre les narcotrafiquants et certains hommes politiques mexicains. Des révélations qui lui valent aujourd'hui des menaces de mort dans un pays où la liberté de la presse est en danger.    

Après sa dénonciation du narcotrafic dans son livre Los señores del narco, Anabel Hernández s'attaque au pouvoir politique dans Mexico en llamas (Photo DR, auteur Stephan Röhl, source Flickr).

Samedi 21 décembre 2013, selon plusieurs témoins de la scène, un groupe armé d'environ 10 personnes a réussi à s'introduire dans la maison de la journaliste située dans la colonia San Juan Totoltepec, à Naucalpan (Etat de Mexico). Ce commando était parvenu à désarmer et à tenir en respect les gardes du corps de la journaliste qui, par chance, n'était pas à son domicile ce jour là. Ces hommes armés sont ensuite repartis tranquillement relâchant leurs otages un peu plus loin.      

Pour Anabel Hernández, les agents de la PGR chargés de sa sécurité ne peuvent plus la garantir, et elle craint même "une forme de complicité". La journaliste mexicaine a donc demandé aux instances internationales, notamment la France, qu'elles intercèdent afin que le gouvernement du DF lui propose une escorte pour la protéger.

 

Anabel Hernandez Ambassade de France

Mercredi 8 janvier 2014, l'Ambassadeur, Mme Elisabeth Beton Delègue, s'est entretenue avec la journaliste Anabel Hernández de l'actualité politique et sociale du pays, évoquant notamment la situation sécuritaire des journalistes. (photo Ambassade de France)

L'association Artículo 19, qui défend les journalistes et la liberté de la presse, a demandé récemment à la PGR (Procuraduría General de la República) de faire toute la lumière sur l'irruption de ce commando d'hommes armés dans le domicile de la journaliste de la revue Proceso. C'est cette même police, la PGR, qui avait accordé une escorte à la journaliste après la publication de son livre Los señores del narco (Les Seigneurs du narcotrafic) en 2010. 

A travers cet ouvrage d'investigation, Anabel Hernández a apporté un autre regard sur les enjeux de la "guerre anti-narco". Ce conflit masquerait selon elle une collusion entre le crime organisé et le pouvoir politique au Mexique. Une affirmation qui a valu à la journaliste mexicaine plusieurs menaces de mort. "Depuis 2000, le pouvoir n'a cessé en fait de protéger le cartel de Sinaloa contre ses ennemis. C'est la raison pour laquelle son chef Joaquín Guzmán Loera surnommé El Chapo (Le Trapu) est devenu au cours des dix dernières années le plus puissant des narcotrafiquants de tous les temps."

Cette ascension fulgurante du plus gros parrain de la drogue (lire notre encadré) n'a pu se réaliser selon la journaliste "sans la complicité de banquiers, de grands chefs d'entreprises, de fonctionnaires, policiers et militaires corrompus, et bien sûr de politiques situés au plus haut niveau de l'Etat ".

La critique du pouvoir 

Dans son dernier ouvrage México en llamas, el legado de Calderón (Le Mexique en flammes, l'héritage de Calderon), Anabel Hernández ne mâche pas ses mots contre l'ancien président. "On retiendra le nom de Calderon pour toujours dans l'histoire du pays comme le président responsable de plus de 60,000 morts, celui qui a permis la montée en puissance du 'Chapo' Guzmán, de celui qui a détruit le PAN et qui laisse un pays aux mains des cartels de la drogue et de groupes criminels." Ces prises de positions tranchées contre l'ancien pouvoir mais aussi contre le pouvoir actuel et les narcotrafiquants ne sont évidemment pas sans conséquences pour la reporter de Proceso. Selon RSF (Reporters sans frontière), "le Mexique reste l'un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes, plus de 80 d'entre eux ont été assassinés et 17 ont disparu au cours de la dernière décennie".

El chapo Guzman, le "parrain" le plus puissant du monde 

L'influence del Chapo a désormais dépassé celle de Pablo Escobar, célèbre narcotrafiquant colombien des années 80. Ces deux hommes ont un lien. Le cartel de Sinaloa a en effet bâti sa fortune en important la cocaïne de Colombie et en produisant au Mexique marijuana, héroïne et méthamphétamines. Ces drogues sont ensuite exportées non seulement aux Etats-Unis mais aussi en Europe et en Asie. Le cartel de Sinaloa contrôlerait 25% du trafic de drogue aux Etats-Unis. 

Le magazine américain Forbes estime que la fortune de Joaquin Guzman, 55 ans, approche le milliard de dollars et le classe parmi les 100 personnalités les plus puissantes du monde. Les autorités américaines affirment même qu'il est l'homme le plus recherché de la planète depuis la mort de Ben Laden. 

Correspondante à Washington de Noticias MVS, la journaliste Dolia Estevez a publié récemment un article dans la revue Forbes et s'interroge : "2014 sera-t-elle l'année de la capture du Chapo Guzman ?" Avant d'expliquer :"En fait, le plus puissant parrain de la drogue à travers le monde a réussi non seulement en 2013 à échapper à la traque internationale organisée contre lui mais aussi à étendre géographiquement son empire criminel."  

Pour aller plus loin :

Los señores del narco, Anabel Hernández, Los Random House Mondadori, Mexico, 2010

http://articulo19.org/

http://fr.rsf.org

 

Jean-Marie LEGAUD (lepetitjournal.com/mexico) Mardi 14 janvier 2014 

 

lepetitjournal.com Mexico
Publié le 13 janvier 2014, mis à jour le 6 janvier 2018
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