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JALISCO – A bord du Tequila Express

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 19/01/2016 à 08:33 | Mis à jour le 07/01/2016 à 06:27

Ce n'est pas le nom d'un cocktail corsé mais bel et bien celui d'un train. Dans l'Etat de Jalisco, le Tequila Express vous fait voyager de manière bon enfant sur les terres de cette boisson nationale, avec visite d'hacienda et de distillerie. Plus chic, son concurrent, le José Cuervo Express, vous emmènera même jusqu'au village magique nommé Tequila.

La France a son département Calvados, le Mexique son village Tequila. Deux symboles forts. Deux alcools qui réchauffent... Dans l'Etat de Jalisco, la tequila (EL tequila au Mexique!) est une spécialité locale qui connaît un succès international. Environ 176 distilleries y sont officiellement recensées. Le réseau de chemins de fer mexicain n'est pas très développé, mais deux trains au départ de Guadalajara font découvrir le monde de cette boisson nationale aux touristes en quête de bon temps.

Ambiance centre aéré
Des mariachis accueillent les passagers sur le quai de la gare de Guadalajara. Le nom du train n'est pas commun : Tequila Express. A vocation touristique, il a été lancé en 1994 par la chambre de commerce de la municipalité. La locomotive, elle de 1965, traîne gentiment les six wagons entre 45 et 65 km/h de moyenne. Les champs d'agaves se succèdent. A bord, l'ambiance est familiale. Des animateurs organisent des jeux pour faire patienter les touristes.

Une fois arrivés à Amatitán, la visite de l'hacienda San José del Refugio peut commencer. Ce magnifique domaine appartenant à la Casa Herradura (groupe Brown-Forman) a été fondé dans les années 1820. La distillerie, elle, a été créée en 1870. Mais elle ne fonctionne plus. Une plus récente se charge aujourd'hui de produire notamment les tequilas El Jimador, Herradura et Antiguo. Un film, Toña machetes, y a même été tourné.

Selon le guide, il existerait 136 sortes d'agaves, mais seule l'agave bleue, récoltée au bout de 7 à 10 ans, permet de produire l'alcool recherché. Les feuilles sont coupées à la pelle par un jimador (cultivateur d'agave) et serviront à fabriquer du papier ou à nourrir le bétail. L'intérieur de l'agave est en partie réutilisée aussi par les Huichols pour les vêtements. Lors de la distillation, le méthanol est recyclé pour en faire du biogaz. Il ne restera ensuite que l'éthanol et toute l'opération consistera à faire baisser le taux d'alcool. L'hacienda compte 1.200 jimadores, 500 personnes pour la production et 200 pour l'administration, 4.200 hectares de champs et 200 hectares pour la production.

Tequila_Express Concours_de_danse
Hacienda_San_José_del_Refugio Hacienda_San_José_del_Refugio

Dans une ambiance club de vacances, un repas avec mariachis est prévu à la fin de la visite, ainsi qu'un concours de danse. "Je pensais qu'il y aurait plus de jeunes venus se divertir, c'est très familial", remarque James, un Américain originaire de Portland. Selon un serveur, 100 litres de tequila sont consommés en moyenne par journée. Et lors de chaque trajet, quelque 400 visiteurs maximum peuvent emprunter le Tequila Express. Il arrive que certains soient ivres, voire malades, lors du retour... Il faut dire que la tequila est comprise dans le prix de la visite...

Une Suisse s'émerveille quant à elle des espaces immenses et des couleurs vives. Raúl, de Guadalajara, ne se remet pas de l'ancienne distillerie. "C'est superbe", s'exclame-t-il. C'est effectivement le point fort de la visite. Les réservoirs en cuivre (mauvais pour la santé et qui donnait un ton rose à la tequila) sont toujours là, tout comme la meule qui pressait les agaves. On peut y voir aussi les puits dans lesquels le jus fermentait durant 9 jours, ainsi que les barriques entreposées dans la cave.

Margaritas à volonté
Hercule Poirot aurait pu y mener une enquête. Le José Cuervo Express a un petit air d'Orient Express. Plus chic, plus cher et plus guindé que le Tequila Express, les margaritas, charros negros et shots sont servis à volonté. Des amuse-bouches aussi. L'ambiance reste toutefois feutrée. "Quand les gens sont trop ivres, on arrête de les servir, assure Edgar, le barman du train. Il faut consommer de manière responsable."

José_Cuervo_Express

Mis en service en février 2012, ce train peut emmener plus de 2.000 touristes au pueblo mágico de Tequila en 2h15. A la descente du train, un spectacle de charrería (rodéo mexicain) met tout de suite les passagers dans l'ambiance. Puis dans l'hacienda au nom de la célèbre marque mexicaine, un show avec danses traditionnelles donne à nouveau la bienvenue aux visiteurs. Ces derniers se détendent au fur et à mesure que le repas se déroule et que les tequilas s'enchaînent. Un voisin de table peut pousser la chansonnette ou s'amuser à lancer des dictons populaires à la cantonade : "¡ Dios mío, si en las borracheras te ofendí, en la cruda me sales debiendo !" ("Mon Dieu, si je t'ai offensé durant une cuite, tu as une dette envers moi lors de la gueule de bois !") ou "Para que quiero dinero habiendo placeres ¡ el tequila y las mujeres !" ("Pourquoi vouloir de l'argent quand on a le plaisir de la tequila et des femmes !").

Fábrica_La_Rojeña Fábrica_La_Rojeña
Fábrica_La_Rojeña Fábrica_La_Rojeña

"Ce sont surtout les jeunes de 18 à 25 ans qui, ne connaissant pas leurs limites et dans une ambiance de fête, se saoûlent un peu trop", explique Omar Martinez, le médecin du lieu. Le responsable de l'excursion, Enrique, estime la consommation, en moyenne, à 15 bouteilles pour 100 personnes par jour. "Les margaritas sont peu corsées, j'en suis à ma quinzième", souligne Carlos, un jeune ingénieur de Tijuana, venu avec son ami Mauricio. Les deux compères trinquent désormais à coups de banderitas. Une fois le repas terminé, une visite de la distillerie La Rojeña est organisée, un peu au pas de charge. Elle a été fondée en 1795 par José Antonio de Cuervo et produit 50.000 litres de tequila par jour. A moins de fausser compagnie à tout le monde, le touriste ne voit rien du village de Tequila.

Parmi les moult explications sur la distillation et autre dégustation, la plus importante chose à retenir reste la différence de vieillissement dans les tonneaux en bois : blanco, reposado (entre deux mois à un an), añejo (d'un an à trois ans) et l'indication 100% agave (sans sucres ajoutés). Plus la tequila est de couleur foncée, plus elle est douce pour le gosier. Pour les 200 ans de la marque José Cuervo, une bouteille extra añejo de plus de 100 ans de la réserve de la famille pouvait se vendre 25.000 dollars.

Au retour, le train pourrait s'appeler Café Express. En prévision d'un mal de cheveux, cafés noirs et bouteilles d'eau remplacent les boissons alcoolisées.

Tristan Delamotte (texte) et Blanca Aldana (photos) (Lepetitjournal.com/mexico) Mardi 19 janvier 2016 (republication)

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