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HUMOUR – TRINO, du dessin de presse au Santos délirant

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 mars 2014

 

José Trinidad Camacho, plus connu sous le nom de TRINO, est un dessinateur de presse et de bandes dessinées originaire de Guadalajara. Il a remporté en 2000 le Prix national de Journalisme de dessin politique et en 2006 le Prix Pagés Llergo. Il est également le producteur d'un film d'animation délirant : El Santos vs la Tetona Mendoza, adapté du personnage qu'il a créé avec JIS. Entretien.

TRINO a présenté son nouveau livre : ¡Viva la familia!... Pero bien lejos, dimanche 2 mars, lors de la FIL del Palacio de Minería, à Mexico. (Photo Tristan Delamotte)

Lepetitjournal.com/mexico. Vous avez créé un personnage devenu culte avec JIS, un autre dessinateur de Guadalajara, qui a été adapté au cinéma : El Santos vs la Tetona Mendoza.

TRINO. JIS et moi sommes les producteurs et nous avons aussi écrit l'idée principale. Augusto Mendoza s'est ensuite chargé du scénario. C'est très difficile d'écrire un scénario, pour moi c'était une tâche titanesque. Le casting est impressionnant, avec les trois frères Bichir, Daniel Giménez Cacho, Regina Orozco... Le film a été très piraté. D'un côté c'est triste, mais de l'autre cela a permis à une génération plus jeune de découvrir le personnage du Santos et ses livres. 

C'est un film d'animation délirant plutôt à destination des adolescents et des adultes.

Oui, sinon nous aurions trahi l'essence du Santos. C'est le premier film d'animation mexicain qui n'est pas pour les enfants. Les personnages fument de la marijuana, prennent du peyote, il y a une invasion de zombis... Dans des villes plus conservatrices comme Guanajuato ou Celaya, ils se sont demandés : "Mais c'est quoi ça ?" Nous avons présenté le film à Paris et les Français ont adoré, c'est totalement surréaliste pour eux. Un critique a écrit que le film était merveilleux, sur un super-héros qui sauve tout un pays en luttant contre son ennemi qui est un brocoli assassin. Il a transformé le peyote en brocoli. Il ne savait pas ce que c'était (rires). Victoria Abril a vu le film aussi et elle a dit qu'elle voulait faire partie du prochain.

El Santo est une icône de la lucha libre au Mexique.

Là c'est le Santos. C'est un hommage aux films sur la lucha libre, je suis fan depuis toujours. Mais le Santos n'est pas un catcheur, plutôt une sorte de Batman ou de super-héros. Le fils du Santo voulait porter plainte d'ailleurs. On lui a dit que cela n'avait rien à voir avec son père. C'est notre vision sarcastique d'un super-héros mexicain qui s'appelle le Santos, ce n'est pas la Máscara de Plata. Nous avons créé ce personnage en 1989. Le film est sorti en 2012 et c'est à ce moment-là qu'il s'en est rendu compte. C'est un manque de culture pour moi. Il pensait que nous allions devenir millionnaires.

Comment les Mexicains ont réagi en voyant ce film ?

Ils ne l'ont pas vu comme surréaliste, mais comme grossier, sympathique. La critique a adoré ou a détesté. C'était l'un ou l'autre. Il y a des gens qui connaissent les dialogues par c?ur. C'est un film qui devient culte car il transgresse les normes. Pourquoi Eugenio Derbez ou Nosotros los nobles marchent au ciné ? Les Mexicains veulent voir un mélodrame et pleurer. Le Santos, c'est du pur délire. Les zombis représentent tous ces gens qui vont voter parce qu'on leur donne en échange un sandwich et une boisson gazeuse. Ce n'est pas un humour tarte à la crème.



Comment définiriez-vous votre dessin et votre humour ?

Je ne suis pas caricaturiste. Mon dessin est plus simple, un peu dans le genre de Sempé, qui est une de mes idoles, ou de Quino. Quelques détails suffisent à montrer la personnalité d'un personnage. J'ai été influencé par l'humour français : Sempé, Mordillo qui est argentin mais qui a fait sa carrière en France... Par Moebius aussi qui est un génie. Mon humour est un peu à double sens, parfois difficile à comprendre ou qui fait référence à des programmes de télévision poubelle américains. Je m'inspire aussi de l'actualité en lui donnant une touche mexicaine, comme le piment au taco. Mon humour est très mexicain mais il est mélangé dans un mixeur avec l'humour américain, européen, argentin. Et si on voit ça de manière surréaliste, il peut être universel.

Dans vos dessins de presse, votre humour est parfois noir, acide.

C'est un humour sur la vie quotidienne. Je n'appartiens à aucun parti politique même si j'ai une tendance de gauche. Les gens en ont marre de la politique.

J'ai commencé Fábulas de Policías y Ladrones sur les attaques de banque en 1993 dans un journal de Guadalajara. Le directeur m'a dit que ces dessins n'allaient pas durer et que le problème de l'insécurité allait se terminer dans le sexénat de l'époque. Mais cela continue d'être un thème inépuisable. 

Avec Crónicas Marcianas, j'aborde la question des extraterrestres qui me fascinent, même si je n'y crois pas. En revanche, je pense que dans un univers aussi grand il doit exister une forme de vie différente de la nôtre.

Ma série, peut-être la plus politique, s'appelle Rey chiquito. On considère les pays d'Amérique latine comme le tiers-monde alors que certains pays européens ont un roi, qu'ils leur donnent de l'argent pour aller tuer des éléphants... Qui est du tiers-monde ? Le Mexique est aussi une sorte de royaume avec le PRI et le PAN qui se repassent leurs fiefs. C'est un humour acide, sombre, mais l'idée est de faire rire.

Voir également le site de TRINO.

Tristan Delamotte (Lepetitjournal.com/mexico) Mercredi 5 mars 2014

lepetitjournal.com Mexico
Publié le 6 mars 2014, mis à jour le 6 mars 2014
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