HISTOIRE – Qui est la Chingada ?

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 11/05/2015 à 17:20 | Mis à jour le 14/05/2015 à 00:29

Passionnée par l'Espagne, le Mexique et l'Amérique latine de manière générale, Marie est una verdadera hispanophile ! Depuis son séjour à Guadalajara en 2014, elle collabore régulièrement pour Le Petit Journal de Mexico en tant que rédactrice et traductrice trilingue. Elle vient de créer son blog dédié évidemment à la langue espagnole en apportant son regard curieux, insolite ou amusant d'une Française nourrie de culture mexicaine.


"Nous sommes tous des fils de la Chingada", peinture murale à Guadalajara au Mexique. (Photo DR)

Le 10 mai, c'est la fête des mères au Mexique (Día de la madre). Comme vous l'avez peut-être déjà lu dans Los mexicanos y sus madres, pour un Mexicain, une mère, c'est sacré. Alors ce jour-là, elles sont chouchoutées : bouquets de fleurs, restaurants, repas de famille? Ce jour est aussi associé à deux personnages féminins totalement opposés et pourtant ancrés dans la culture mexicaine : la Vierge de Guadalupe, sainte patronne du Mexique, et la Chingada. L'occasion pour moi de vous présenter cette femme mythique.

Chingar est un mot violent utilisé dans tous les pays hispanophones mais aux sens très différents : détruire, échouer, moquer ou même violer dans sa forme la plus extrême. Il se conjugue et se décline à toutes les sauces et peut même devenir positif pour l'auteur de l'action ("Está bien chingón" ; Un peu comme en français quand on dit : "Ça déchire grave" ou "Ça pète sa mère"?).

La Chingada est donc la femme violée. C'est la mère symbolique de tous les Mexicains, l'Amérindienne victime du conquistador espagnol. C'est une figure fictive que l'on associe souvent à la Malinche, une femme bien réelle qui fut l'interprète et la maîtresse de Cortés. Cette femme dont on ne sait que peu de choses était esclave avant l'arrivée des Espagnols et aurait été offerte par les Mayas à l'envahisseur. D'un côté, elle a facilité l'invasion de Cortés grâce à son aide linguistique mais d'un autre côté, son rôle diplomatique a certainement permis à la conquête du Mexique de ce faire "plus en douceur". Vue comme une victime ou au contraire comme une traîtresse, cette femme résume à elle-seule la contradiction mexicaine.

En Espagne, en France et ailleurs, on offense en s'attaquant à la religion et à la morale ("hijo de puta", "nom de Dieu"?). Au Mexique, "hijo de la chingada" est l'insulte suprême car c'est une façon d'insulter la mère mais aussi de renvoyer le Mexicain à ses origines et au métissage forcé dont il est le fruit. Il est partagé entre la fierté de ses traditions et la honte de ses origines, entre le dégoût et l'admiration pour l'homme blanc dont il est aussi l'héritier. Octavio Paz l'a très bien expliqué dans Le labyrinthe de la solitude, un essai sur le Mexique (publié en 1950 mais toujours aussi vrai). Je vous le recommande si vous vivez au Mexique ou si le sujet vous intéresse.

Le Mexicain nie ses origines et est rempli de contradictions. C'est une chose qui m'a choquée dans bien des aspects de la vie quotidienne là-bas. Les publicités, jouées par des acteurs blancs, sont très loin de représenter la diversité et le métissage du Mexique. Il y une espèce "d'auto-racisme" et l'étranger (surtout s'il est blanc) est mis sur un piédestal. D'un autre côté, les Mexicains sont aussi très fiers de leurs traditions, de leur cuisine et de leur identité. Finalement, je crois que c'est un peu comme les Français qui râlent sans arrêt mais sont persuadés de vivre dans le meilleur pays du monde ; les Mexicains ont une sorte de complexe identitaire mais défendent leur pays corps et âme et la Chingada, quoiqu'elle ait fait ou subi, reste leur mère.

Article paru sur le blog L'Hispano phone de Marie L. : http://www.lhispanophone.info/mexique-la-chingada/

??Marie L. pour (Lepetitjournal.com/mexico) Lundi 11 mai 2015

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