

Le thème de la réforme agraire peut paraitre à première vue éloigné de notre préoccupation historique pourtant il est un thème fondamental de la révolution mais aussi de toute l'histoire contemporaine mexicaine

Petit historique
La réforme agraire prend ses origines dans la spoliation des terres des communautés villageoises après les lois de Réforme (1857) de Benito Juárez et plus encore pendant le Porfiriat. En 1991, le plan d'Ayala de Zapata est promulgué, ainsi que les lois agraires de 1915. En 1917, le principe de la restitution des terres est inscrit dans la Constitution, mais la petite paysannerie bénéficie très peu de cette première redistribution. L'arrivée au pouvoir de Lázara Cárdenas del Río en 1934 accélère le processus, avec le nouveau Code agraire : on donne des terres à tous ceux qui n'en ont pas. Ce don prend le nom "d'ejido", la terre restant la propriété de la nation et les paysans n'ayant qu'un droit d'usufruit sur elle. Plus de 400 000 km2 de terres des grands domaines ont été redistribuées entre 1920 et 1960. La présidence de Carlos Salinas (1988-1994) met un terme à la réforme agraire en privatisant les ejidos dans le but de les rendre plus productifs. Puis les petits exploitants subirent de plein fouet les effets de l'ALENA (Accords de libre échange nord américain) de 1994, qui autorisent des importations meilleurs marché depuis les Etats-Unis et le Canada, avec lesquelles les cultivateurs traditionnels, principalement dans le Chiapas, peuvent difficilement rivaliser.

Le paradoxe mexicain
La situation au Chiapas est l'une des plus préoccupantes du pays et quelque peu oubliée de l'Etat puisque aujourd'hui l'agriculture bien qu'employant près d'un quart des travailleurs mexicains, ne génère que 4% du PNB. La cause paysanne indienne est préoccupante et les réformes du gouvernement en leur faveur lentes. Pourquoi ce thème dans cette page historique me direz-vous? C'est que chaque matin depuis deux semaines en traversant le Zócalo, on peut voir des groupes de manifestants du Chiapas qui luttent pour leurs droits d'un coté de la place, l'autre moitié étant occupé par le "Museo Monumental Itinerante: México en tus sentidos", financé par l'état, commémorant les festivités du bicentenaire, exaltant la fierté patriotique, montrant un pays heureux et fier de sa culture à travers les photos de l'artiste Willy Sousa alors qu'à 50 mètres de là, les manifestants font la grève de la faim pour être écoutés . Aucune critique, seulement un contraste saisissant qui invite à la réflexion et illustre une fois de plus les paradoxes de ce pays.
Pauline Dulaurier (lepetitjournal.com - Mexico) Jeudi 22 avril 2010
Museo Monumental Itinerante: Mexico en tus sentidos, entrée gratuite, tous les tours, Zocalo
Pour en savoir plus sur la réforme agraire mexicaine: “La reforma agraria mexicana: una visión de largo plazo”, Arturo Warman, http://www.fao.org/







