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ELECTIONS 2015 – Le PAN, objectif reconquête

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 1 mai 2015

2015, année de la reconquête pour le Partido Acción Nacional ? C'est en tous cas l'objectif annoncé du parti, après trois dernières années difficiles, entre éloignement des militants, luttes internes et perte de sièges au Congrès. De fait, si la bataille pour les neuf Etats en jeu semble compliquée, le blanquiazul a sûrement un coup à jouer au niveau des élections fédérales. Mais pour cela, il faudra sans doute que le deuxième plus grand parti mexicain arrive à changer un peu ses méthodes, mélange de critiques acerbes du gouvernement et d'alliances locales pragmatiques.

Après la déconfiture de la dernière présidentielle, ces élections représentent pour le PAN une opportunité de reconquête en vue de 2018 et le parti conservateur ne cache pas ses ambitions pour ce triple scrutin fédéral, local et régional. Moins embourbés dans les affaires et les scandales que le PRI ou le PRD et moins affaiblis qu'une gauche en pleine reconstruction, les "chrétiens-humanistes" restent de loin la première force d'opposition du Mexique et aimeraient arracher au PRI la majorité à la Chambre des Députés. Mais les critiques envers le gouvernement ne suffisent plus à former un argumentaire convaincant pour un parti "d'opposition" qui est désormais à la tête de sept Etats du pays et qui a gouverné le Mexique pendant 12 ans. De plus, si gagner des députés semble jouable, la lutte pour les Etats appelés à élire un gouverneur le 7 juin est bien plus indécise.

En remportant l'élection présidentielle de 2000, Vicente Fox met fin à l'hégémonie du PRI. (Photo Cuartoscuro)


Confirmer la stabilité retrouvée

Où en est le PAN à un peu plus d'un mois de ce "super scrutin" du 7 juin ? Dans l'expectative pourrait-on dire. Il a fallu se remettre de l'euphorie des années 2000-2012 pour repartir de l'avant.

Depuis sa création en 1939 comme grand parti d'opposition pour pallier à l'hégémonie du PRI, le parcours du PAN avait tout de la success-story politique, plaçant son premier député à la Chambre basse en 1946 puis gagnant son premier municipio en 1947, avant de remporter la Basse-Californie en 1989. Jusqu'à l'apogée, la victoire de son candidat Vicente Fox à la présidentielle de 2000, puis celle de Felipe Calderón en 2006. Mais depuis trois ans, le parti bleu et blanc en a vu de toutes les couleurs. Déjà, en 2009, les élections législatives de mi-mandat avaient vu le PAN perdre de nombreux députés et plusieurs Etats, les électeurs sanctionnant la politique de Calderón.

Mais surtout, la défaite à la présidentielle de 2012 de sa candidate Josefina Vázquez Mota a été un vrai coup dur. Enregistrant sa pire défaite depuis 18 ans, le PAN est repassé dans l'opposition, perdant encore de nombreux Etats (Yucatan, Jalisco, Morelos) et 20% de ses députés (passant de 206 députés en 2006 à seulement 114 en 2012), devenant la troisième force au Congrès derrière le tout-puissant PRI mais aussi derrière la gauche menée par AMLO, Andrés Manuel López Obrador !

Josefina Vázquez Mota, candidate à la présidentielle de 2012. (Photo DR)

Depuis cette date, les panistas ont affronté trois années de remous. En janvier 2013, le parti a perdu près de 80% de ses militants à la suite d'un processus de ré-affiliation raté, un manque à gagner financier conséquent. Et la désignation l'année dernière d'un nouveau leader a été un peu confuse, trois présidents se succédant cinq fois tour à tour en un an ! Finalement, en mai 2014, c'est Gustavo Madero Muñoz qui a été désigné président national grâce à la première élection directe par l'ensemble des militants, un procédé inédit pour le PAN en 75 ans d'existence. Expérimenté et soutenu au sein du parti, il compte bien le faire briller en juin.

Un challenge, récupérer la Chambre des Députés

?Ne dramatisons pas, le PAN reste malgré tout la deuxième force politique du Mexique et de loin. Le parti chrétien-conservateur gouverne seul trois Etats (Sonora, Basse-Californie du Sud et Guanajuato) et quatre autres en coalition (Oaxaca, Puebla, Sinaloa et Basse-Californie), et dispose de 114 députés au Congrès de la Fédération, ce qui en fait le deuxième parti après le PRI et ses 213 élus. En effet, au lendemain de la présidentielle de 2012, la gauche unie autour d'AMLO disposait de 135 députés mais a depuis explosé, laissant le champ libre aux blanquiazules. Le PRD (Partido de la Revolución Democrática, centre-gauche) ne dispose que de 104 députés.

Remis de ses émotions, le PAN compte revenir en force. Gustavo Madero Muñoz l'a réaffirmé lors d'un déplacement à Cuernavaca lundi 27 avril comme le relate La Jornada, l'objectif du PAN pour ces élections sera de "gagner le plus de députés possible" pour pouvoir contrer le PRI au Congrès, en lui arrachant la majorité à lui et ses partis satellites. "Le tricolor (PRI) fait ce qu'il veut, a-t-il clamé ce lundi. Dévaluation, corruption, autoritarisme, privilèges, les élus priistes n'ont pas tenu les promesses faites en 2012. Il n'y a eu aucune amélioration de l'économie ou de la stratégie de sécurité et on a vu de nombreux cas de corruption".

Gustavo Madero Muñoz, président du PAN. (Photo DR)

Les scandales n'en finissent pas d'éclabousser le PRI (affaire de la Casa Blanca, absence de diplôme de Enrique Peña Nieto, détournement de fonds dans le Veracruz, massacre de vigiles à Apatzingán) et le PRD reste extrêmement impopulaire depuis la disparition des 43 étudiants à Iguala. De ce point de vue, jouer la carte de la critique semble habile de la part du PAN, qui pourrait bénéficier du vote ras-le-bol d'électeurs lassés de tant d'affaires. Parmi les slogans de campagne du parti, on retrouve d'ailleurs "participation citoyenne" ou encore "prévention des délits". Attaquant le PRI sur le thème de la corruption, le PAN a récemment déclenché une campagne contre un leader du PRI, César Camacho, publiant des affiches sur lesquelles on pouvait voir des photos de montres achetées par le politique, pour une valeur totale de plus de 2 millions de pesos. Son portrait était accompagné de commentaires comme "rendez ce que vous avez volé". Mais à l'unanimité, les magistrats de la Salle Régionale Spéciale du Tribunal Electoral du Pouvoir Judiciaire de la Fédération (TEPJF) ont jugé que ces images étaient "calomnieuses" et qu'elles portaient atteinte à la dignité du politique.  
Le PAN a aussi récemment exigé vouloir "organiser la protection des élections", face à l'impuissance du gouvernement, affirmant que la vie des candidats était trop souvent mise en danger lors des processus électoraux. A la recherche de ses "votes durs" (droite conservatrice), le PAN a par ailleurs commencé à placarder des affiches de ses candidats à la sortie des églises, comme au Temple de La Piedad à México.

Mais il doit se garder de trop d'assurance, car le PRI est loin d'être K.O. Selon les dernières enquêtes (El Financiero y Parametria réalisées du 18 au 22 avril), le tricolor reste en tête pour les élections fédérales, avec 32% des votes, suivi du PAN à 26% et du PRD à 13%. De plus, ce dernier  reste sur une percée impressionnante de +40% de députés aux dernières législatives, et il lui suffirait de peu pour repasser devant le PAN. Enfin, cette méthode de dénigrement systématique pourrait lasser un électorat pas si dupe et avide de propositions constructives.

Luisa Maria Calderón, la s?ur de l'ex-président Felipe Calderón, se présente dans le Michoacán. (Photo DR)

Le cas épineux des élections de gouverneurs

A côté des législatives fédérales se joueront aussi le 7 juin les désignations des gouverneurs de neuf Etats de la République (Sonora, San Luis Potosí, Colima, Basse-Californie du Sud, Michoacán, Campeche, Guerrero, Nuevo León et Querétaro), mais la tâche semble compliquée pour le PAN, ou plutôt, ces élections devraient se solder par un statu quo. Le PAN conservera probablement les Etats qu'il gouverne déjà, sans réussir à en gagner d'autres. Il n'y a pas beaucoup de marge pour le blanquiazul dans les Etats qui sont acquis au PRI et même si certains Etats sont gagnables pour le PAN, au final les turnover devraient s'équilibrer.

Ainsi Colima est aux mains du PRI et devrait le rester, même si le candidat panista Jorge Luis Preciado pourrait encore jouer un coup. De même pour Campeche, bastion historique du PRI depuis 85 ans et dont la conquête s'annonce très compliquée pour le PAN. Ces deux Etats sont les seuls qui n'ont jamais connu d'alternance politique et on voit mal les choses changer cette année.

Pareil pour Nuevo León et Querétaro, aux mains du PAN pendant de nombreuses années et tombés récemment dans l'escarcelle du PRI (respectivement en 2003 et 2009).

Après ces quatre Etats qui semblent verrouillés par le PRI, viennent cinq Etats un peu plus disputés. Gouvernés par le PRI ou le PAN, des Etats comme Michoacán, Sonora ou San Luis Potosí ont été gagnés de justesse lors des dernières élections, avec moins de 5% d'écart entre les candidats, et laissent donc présager un scrutin un peu plus ouvert. Surtout, ce sont des Etats au résultat incertain du fait des scandales successifs que ne cessent de déclencher les différents candidats.

Actuellement dirigé par le PAN, Sonora pourrait bien échapper au parti conservateur à la suite des multiples affaires de corruption qui touchent le gouverneur Guillermo Padrés. Accusé de polluer les fleuves sonorenses et de détourner des sources pour irriguer son ranch personnel, il place son potentiel successeur Javier Gandara dans une situation délicate... surtout que celui-ci s'est récemment empêtré dans l'affaire des "faux sonorenses", (on voit sur ses affiches de campagne des "panistes sonorenses" qui s'avèrent en fait être des images photoshopées de livres d'espagnol). Le ridicule ne tue pas, mais ne joue pas en sa faveur. Mais dans le Sonora le match s'équilibre car l'adversaire priiste de Gandara, Claudia Pavlovich, reste mêlée à une affaire de corruption et de prêt d'avion par des amis entrepreneurs...
Les méfaits de Photoshop. (Photo DR)

La lutte est plus serrée à San Luis Potosí et dans le Michoacán, où se présente sous les couleurs bleu et blanc Luisa Maria Calderón, la s?ur de l'ex-président. Mais là aussi, son adversaire PRD semble moins controversé.

Finalement, c'est dans le Guerrero qu'une OPA paniste semble la plus réalisable. Face au chaos qui y règne actuellement, entre violence, insécurité et pauvreté, le message de fermeté du PAN pourrait faire mouche. De plus, c'est "l'Etat des 43 disparus", un scandale qui touche autant le PRI que le PRD et dont le PAN ressort miraculeusement intact. Comme un signe, le 24 avril, des maîtres de la Coordination Etatique des Travailleurs de l'Education du Guerrero (CETEG) ont brûlé des affiches de campagne des différents candidats, se prononçant pour que l'ex-gouverneur du Guerrero, Angel Aguirre Rivero (PRD), ne revienne pas au gouvernement.

Quant à la Basse-Californie du Sud, gouvernée par le paniste Marcos Covarrubias, elle devrait rester la "valeur sûre" du PAN, son successeur Carlos Mendoza Davis caracolant pour l'heure avec 11 points d'avance sur le priiste Ricardo Barroso.

Luca Pueyo (Lepetitjournal.com/mexico) Jeudi 30 avril 2015

lepetitjournal.com Mexico
Publié le 30 avril 2015, mis à jour le 1 mai 2015
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