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EDUCATION - Qui sont "los normalistas" ?

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 09/10/2014 à 11:29 | Mis à jour le 06/01/2018 à 10:04

Spécialiste des questions éducatives au Mexique, Juan Rodríguez revient pour Le Petit Journal de Mexico sur la "croisade éducative" menée par le premier ministre de l'Education mexicain José Vasconcelos afin de nous éclairer sur le fonctionnement des écoles normales en milieu rural et la formation des professeurs aujourd'hui. Un autre regard sur le drame qui touche les normalistas de l'École Normale Rurale "Raúl Isidro Burgos", située dans la communauté d'Ayotzinapa dans l'Etat de Guerrero.

La disparition de 43 étudiants issus de la communauté d'Ayotzinapa dans l'Etat de Guerrero place au coeur de l'actualité les conditions de travail et les revendications des normalistas. (photo @SIPAZ)

L'éducation d'un pays ne peut pas être comprise sans le contexte social qui l'entoure et qui la définit. Au Mexique, l'éducation nationale est l'un de plus grands atouts de la Révolution de 1910 et qui a eu comme résultat, la création de la Constitution Politique des Etats Unis Mexicains dont l'article 3ème établit le droit à l'éducation.

Cet article a posé les bases de l'actuel système éducatif national et pourtant, à l'époque, on savait déjà que cela était à peine le premier pas d'un long chemin. Un chemin que l'on continue toujours à parcourir, à construire et ? il faut bien le dire ?, à défendre. 

La "croisade éducative" de José Vasconcelos

José Vasconcelos Calderón est né le 28 février 1882 à Oaxaca, et décédé le 30 juin 1959 à Mexico. Ecrivain, penseur et politicien mexicain, il fut le premier ministre de l'Education du Mexique de 1921 à 1924. (photo DR)

Éducation et Révolution ne sont pas des synonymes et pourtant, au Mexique, elles coexistent. L'une ne peut pas se comprendre sans l'autre car le projet de pays dans les domaines social, économique, culturel et politique s'est configuré à partir du modèle éducatif créé par le premier Ministre d'instruction publique du Mexique, José Vasconcelos.

Pendant sa gestion (1921-1924), Vasconcelos a développé plusieurs actions publiques dirigées à éduquer la population mexicaine, parmi lesquelles on trouve la création de l'éducation indigène, rurale et technique ; la création des bibliothèques publiques et la publication et distribution des livres de texte gratuits. De même, quand le ministre a constaté que plusieurs élèves souffraient à cause d'une malnutrition, il a instauré le petit-déjeuner scolaire qui a donné lieu aussi à une instruction à propos des bonnes habitudes d'hygiène et de nutrition. 

Mais, connaisseur de la condition humaine, José Vasconcelos a considéré comme indispensable de "nourrir aussi l'esprit des gens" et c'est pour cela qu'il a décidé de publier les ?uvres des grands philosophes classiques adaptées pour les enfants. En même temps il dédiait ses efforts à la diffusion de la culture à travers des bourses destinées aux artistes, notamment les muralistes, qui ont laissé leurs traces, pour en donner deux exemples sur les murs du Ministère de l'Education Publique (SEP) et du Palais National. 

Cette "croisade éducative", comme Vasconcelos l'a appelée lui même, a considéré la construction des écoles tout au long du territoire national mais aussi, l'aspect le plus important : la formation de professeurs.  Et c'est là que l'on trouve les Ecoles Normales et les Ecoles Normales Rurales. 

Pour José Vasconcelos, le professeur était un missionnaire qui avait pour premier objectif, l'enseignement de la lecture et de l'écriture pour permettre à chaque individu le développement de toutes ses capacités pour les intégrer au progrès social. À l'époque, le Mexique avait une population d'environ 15 millions de personnes dont la plupart était analphabète et pauvre. 

Les Ecoles Normales Rurales

C'est dans ce contexte que les Ecoles Normales Rurales sont nées. Aujourd'hui, presque cent ans plus tard, ces écoles continuent à exister et leur vie est toujours liée aux conditions sociales et économiques des communautés où elles sont installées. Au présent, on peut dire que le chemin commencé par José Vasconcelos a trouvé plusieurs sentiers, plusieurs voies, et répond à plusieurs besoins. 

Et pourtant, les Ecoles Normales Rurales restent toujours les écoles qui nécessitent des besoins de formation de professeurs des communautés les plus pauvres et, d'une certaine façon, elles représentent le témoignage de l'engagement d'une éducation qui cherche l'amélioration des conditions de vie des communautés rurales. Ces écoles éprouvent de grandes difficultés financières et d'infrastructure, pour ne signaler que deux de leurs plus grands problèmes. De même, l'orientation sociale de ces institutions a permis la création, dans leur sein, de plusieurs mouvements sociaux comme celui d'Othon Salazar et même des "guerrillas" comme celles de Lucio Cabañas et Genaro Vázquez (lire aussi notre l'article, Guerreo : Des "desaparecidos" aux "levantados", un demi-siècle de disparitions forcée). 

En effet, l'éducation dans ces écoles est conçue comme un droit non seulement fondamental mais populaire, de sorte qu'il n'est pas rare d'écouter dans les discours de ses étudiants et de ses professeurs de mots tels que : concientización, lucha, liberación, transformación, organización

Ces écoles suivent le programme d'études officielle de la SEP  et intègre aussi certains cours de capacitación aux activités de production agricole, de danse et musiques traditionnelles ainsi que de sports et bien sûr, des cours de politique avec une orientation plutôt marxiste-leniniste, héritage de la reforme faite par le Président Lázaro Cárdenas à l'article 3 de la Constitution pendant son mandat (1934-1940) qui prévoyait une éducation socialiste. (Il faut dire que cette réforme a était abrogée par le gouvernement suivant.)

Les normalistas

Aujourd'hui, la plupart des élèves des Ecoles Normales Rurales sont des fils de paysans, des gens pauvres qui n'ont pas un autre choix pour suivre leurs études mais aussi par de gens qui se sent concernés par la réalité qui vivent ces communautés. Aujourd'hui, malheureusement, les "normalistas" sont au c?ur des informations dans tous les journaux et cela n'est pas grâce à l'histoire que l'on vient de remémorer mais dû à un déplorable succès : la disparition de 43 étudiants depuis plus de 10 jours.

http://guerrero.gob.mx/L'École Normale Rurale "Raúl Isidro Burgos", située dans la communauté d'Ayotzinapa dans l'Etat de Guerrero était déjà connue par les guerrilleros mentionnés auparavant mais aujourd'hui elle est encore une fois dans les médias et ce n'est pas grâce au projet éducatif de José Vasconcelos. 

L'École Normale Rurale "Raúl Isidro Burgos", située dans la communauté d'Ayotzinapa dans l'Etat de Guerrero (http://guerrero.gob.mx/)

Le passé mexicain risque d'apporter à notre mémoire la date fatidique du 2 octobre 1968 et les diverses manifestations d'étudiants que l'on a connu à partir de cette année-là, mais il ne faut pas mélanger les choses. Ce que l'on voit aujourd'hui est différent, même si on soupçonne le pire, la société et le contexte historique sont différents. Aujourd'hui l'opinion publique, les informations sur les réseaux sociaux ainsi que l'intérêt réveillé dans la société mexicaine pour connaître ce qui s'est passé à Guerrero, permettent les témoignages de ce que l'éducation cherchait dans ses origines : Une éducation engagée avec la transformation de la société.

Plusieurs questions restent en suspens et cet article ne fait qu'évoquer les antécédents qui ont donné lieu à la création des Écoles Normales Rurales? le reste appartient à notre présent. La réalité qui nous entoure dépasse les idées de José Vasconcelos mais elle nous incite à nous informer, à connaître, à réfléchir, à questionner.

Pour connaître un peu mieux l'auteur : Journal de bord de Juan Rodríguez 

Juan Rodríguez (www.lepetitjournal.com/mexico) Jeudi 09 octobre 2013

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