

Un mois après le scandale des Hummer, Elba Esteger Gordillo, la patronne du syndicat des enseignants que l'on surnomme ?la Maestra? continue de faire face aux protestations des enseignants contre l'Alliance pour la qualité de l'éducation (ACE), un pacte signé en mai dernier entre le gouvernement du président Calderón et Mme Gordillo.
Ecole publique mexicaine (Source Mélissa Malagardis LPJ)
L'ACE, une tentative de changement
Les professeurs de 18 états du Mexique ont relancé le 10 novembre dernier un plan d'action nationale contre l'Alliance pour la qualité de l'éducation (ACE) qu'ils veulent voir annulé au plus vite.
Depuis la rentrée scolaire 2008, plus de 300 000 élèves, dans l'état de Morelos principalement, se sont retrouvés sans professeurs, partis protester contre l'ACE. Cet accord prévoit de changer le mode actuel de recrutement et de rémunération des enseignants, qui souvent achètent ou héritent de leur poste. L'ACE propose un système plus transparent fondé sur des tests de qualification. Noble idée, mais l'erreur de Mme Gordillo et de M. Calderón a été d'imposer cet accord sans en discuter à la base, ce qui a suscité immédiatement une réaction épidermique de la part du corps enseignant dans tout le pays.
Plutôt que d'améliorer un système défaillant où les compétences pédagogiques d'un enseignant ne sont pas toujours prises en compte, le corps enseignant paraît ne rien vouloir changer.
Une bonne éducation au Mexique est une question d'argent
Le secteur éducatif, fierté du régime priiste au temps de sa splendeur, reflète très bien les inégalités sociales du pays.
Malgré un réel effort pour construire un système éducatif et des écoles accessibles à tous, l'éducation nationale a subi les effets de la politique de décentralisation engagée par l'Etat fédéral pour tenter de limiter ses dépenses. Depuis le milieu des années 1980, les institutions privées prennent peu à peu la relève d'un secteur public défaillant. Cela contribue à élargir la fracture entre les familles qui peuvent payer des droits d'inscription élevés et celles qui n'ont pas les moyens de le faire. Toutes ces familles pensent que pour donner une bonne éducation à son enfant, il faut payer. Ceux qui se retrouvent dans le secteur public n'y sont pas par choix.
Force est de constater que les écoles du secteur public doivent faire front à des problèmes d'employés (ses professeurs) mais pas seulement. Les conditions de travail sont un autre problème.
Infrastructures vieillissantes
Dans le journal El Universal du 1er novembre 2008, on pouvait lire un article sur une école survivant dans des conditions pénibles dûes au manque d'argent pour rénover ses installations. Elle est pourtant située dans l'un des quartiers les plus chics de la capitale, Lomas de Chapultepec, mais elle est majoritairement destinée aux enfants des employés des villas chics qui peuplent cette partie de la ville. Dans d'autres écoles, notamment dans la colonia Irrigación, les élèves se retrouvent sans locaux car ici leurs bâtiments sont en pleine rénovation ? après 7 ans d'attente - des travaux commencés en ?septembre. Résultat, les élèves se retrouvent avec seulement un jour de cours par semaine et cela pendant 3 mois, voire plus.
Il paraît urgent de réformer un système éducatif à deux vitesses qui laisse de côté une grande partie de la population. La tentative de Mme Gordillo constitue en tout cas une amorce.
Écrit par Melissa Malagardis ( www.lepetitjournal.com/mexico) jeudi 13 novembre 2008
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