

Selon la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), le Mexique est le seul pays d'Amérique latine dans lequel le salaire minimum ne permet pas aux travailleurs de sortir de la pauvreté et ne couvre pas les besoins essentiels d'une personne. Un constat qui a fait réagir une partie de la classe politique qui souhaite réouvrir le débat.
Comment vivre avec un salaire minimum au dessous du seuil de pauvreté ? Les travailleurs mexicains ont bien du mal à se démêler de cette réalité. (Photo Léo Robin)
Deuxième plus grande puissance économique d'Amérique latine après le Brésil, le Mexique offre les salaires les plus bas de la région. Le salaire minimum est officiellement de 67,52 pesos par jour dans la zone ?A?, qui comprend le Distrito Federal, Guadalajara et Monterrey, et de 63,77 pesos dans le reste du pays soit environ 3,5 et 4 euros. En parité de pouvoir d'achat, le salaire mexicain est deux fois moins élevé que le salaire minimum au Brésil, Salvador, Pérou, Honduras Trinidad et Tobago ou encore Uruguay et Venezuela.
Pour Alicia Bárcena, secrétaire de la Commission économique pour l'Amérique Latine et les Caraïbes (Cepal), le Mexique est le seul pays de la région dans lequel "le salaire minimum est en dessous du seuil de pauvreté extrême". Une déclaration qui résonne comme un véritable pavé dans la marre auprès de la classe politique mexicaine engagée dans de grandes politiques de réformes notamment la réforme énergétique.
Un débat que le gouvernement veut éviter
Mais le gouvernement mexicain ne souhaite pas pour l'instant augmenter le salaire minimum, craignant des répercussions négatives sur l'économie du pays. "L'analyse et le débat autour du salaire minimum doivent être indépendants des idéologies et postures politiques", a commenté Rafael Avante Juárez, le secrétaire du travail et prévision sociale (STPS). Une réponse sans doute aux attaques de l'opposition, notamment Gabriel Mancera, chef du gouvernement du DF (PRD), qui a jugé que le débat à propos d'une augmentation du salaire minimum devait être lancé dans la pays. Certaines figures du PAN (Parti d'action nationale) se sont montrées aussi en faveur d'une réflexion sur le sujet.
En 2013, le salaire minimum horaire mexicain avoisinait 0,50 dollar. Avec 3 dollars de l'heure, les salaires chiliens sont 6 fois plus élevés et les salaires américains 14 fois plus élevés. (Source OCDE)
Le Mexique pratique en effet une politique de (très) bas salaires notamment dans l'industrie qui est tournée principalement vers l'exportation. Pour les défenseurs de cette politique libérale, la main-d'oeuvre mexicaine bon marché représente un gage d'attractivité pour les investisseurs et crée du point de vue productif un atout compétitivité dans un monde globalisé. Mais, pour d'autres économistes, cette politique économique prive le pays d'une forte consommation nationale à cause d'une population au faible pouvoir d'achat et ne garantit pas le développement économique du pays.
Pour beaucoup de Mexicains, "le salaire minimum proposé est indécent" car il est impossible d'avoir une vie normale avec si peu. Certaines études prônent en effet qu'il faudrait un salaire minimum multiplié par 4 ou 6 pour vivre correctement dans la capitale c'est-à-dire avoir accès à un logement près de son travail, se nourrir sainement, bénéficier d'un bon service de santé et d'éducation... Pour illustrer cette "anomalie" mexicaine, une blague circule sur les réseaux sociaux : "Que dit un Chinois mécontent de son salaire ? Je suis payé comme un Mexicain."
Léo Robin (www.lepetitjournal.com/mexico) Mardi 12 août 2014







