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CULTURE - Les Nahuas parlent "mexicain" !

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018

Les indiens Nahuas souffrent encore du mépris des autres Mexicains alors que leur langue était déjà parlée par les Aztèques. Le virage vers plus de respect et de reconnaissance des cultures indigènes, initié au début des années 90, semble encore difficile à prendre

A Santa Catarina, dans le Morelos, on discute encore en nahuatl. (Photo : Karla Avilés)

Par "mexicain" comprenez "nahuatl", soit la plus parlée des langues indigènes au Mexique. Les Nahuas, eux, sont la communauté indigène la plus importante du pays. Ils ont raison de dire qu'ils parlent le "mexicain" le plus authentique, car c'est de l'empire Mexica, dominé par les Aztèques, que vient le nom du pays, et le nahuatl était la langue en usage à l'époque.
Outre la langue, on retrouve également des éléments culturels nahuas dans la culture mexicaine moderne. La fête des morts, colorée et sans complexes, est une forme de syncrétisme entre le catholicisme et les religions indigènes. Le souci du partage et l'importance du soutien de la communauté viennent également de la culture nahuatl.

De la colonisation?
Dès leur arrivée en Amérique, les Espagnols ont pratiqué une politique d'assimilation qui obligeait les indigènes du Mexique à apprendre le castillan. Dans les 1960, le gouvernement a tenté de faire naître le sentiment d'être des citoyens mexicains aux nahuas. En vain. Tout en essayant de les intégrer, le gouvernement et la majorité du peuple mexicain de langue espagnole, ont méprisé et essayé d'effacer les cultures indigènes, pourtant à l'origine de leur propre existence.
C'est seulement dans les années 1990, et notamment avec les accords de San Andrés Larráinzar, signés le 16 février 1996, et le combat de l'EZLN (Ejercito zapatista de liberación nacional), que les indigènes acquièrent, en droit, une certaine reconnaissance et un peu d'autonomie.

? à l'oubli de soi
Dans les faits pourtant, comme le note Karla J. Avilés, doctorante en Anthropologie au CIESAS (centre de recherche et d'études supérieur en Anthropologie sociale), les indigènes continuent à souffrir des quolibets et du mépris des autres Mexicains: "Ils en arrivent parfois à se nier eux-mêmes, leur propre langue et leur propre culture".
"Dans la communauté de Santa Catarina (Tepoztlan, Morelos, ndlr), que j'ai étudiée et avec laquelle j'ai vécu quelques temps, il y avait un haut degré de bilinguisme, nahuatl- espagnol, parmi les personnes âgées, mais les gens refusaient souvent d'avouer qu'ils parlaient encore le nahuatl", explique Karla J. Avilés. "L'explication m'a été donnée par un vieux monsieur, de San Salvador Atenco, à qui ont avait planté des pics sur la tête pour avoir parlé nahuatl. On disait de lui qu'il parlait la langue du diable. Environ une trentaine d'année plus tard, il refuse encore de parler sa langue maternelle", ajoute-t-elle.
L'ignorance, les moqueries et le mépris de leur langue et de leur culture sont autant de violences symboliques qui risquent à terme de voir vraiment disparaître cette langue et cette culture ancestrales.

Dominique SALOMON (www.lepetitjournal.com/mexico) 7 février 2006

Quelques chiffres
Sur 103 millions de Mexicains, six millions ont pour langue maternelle une des langues indigènes. Parmi les 85 idiomes indigènes, répertoriées au Mexique par l'INEGI (Institut national de statistiques géographique et informatique), 1,4 millions de personnes parlent le nahuatl, soit 24 pour cent des parlants de langues indigènes. Sont recensés les personnes de cinq ans et plus, de langue maternelle ou non, les personnes bilingues et celles qui ne parlent qu'une langue.

lepetitjournal.com Mexico
Publié le 7 février 2006, mis à jour le 9 janvier 2018
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