

Sur les 27 centres de recherche français dans le monde, seuls deux se trouvent sur le continent américain : l'Institut français d'études andines et le Centre d'études mexicaines et centraméricaines (CEMCA). Delphine Mercier, sociologue et directrice de l'établissement basé à Mexico, nous en explique le fonctionnement.
Delphine Mercier dirige le CEMCA depuis 2009. (Photo Romain Thieriot)
"C'est exceptionnel d'avoir un centre sur place, rien ne remplace le contact direct entre les personnes, affirme Delphine Mercier, sociologue et directrice du Centre d'études mexicaines et centraméricaines (CEMCA). Cela développe la relation franco-mexicaine et centraméricaine. Les chercheurs sont de vrais ambassadeurs de la France au Mexique et du Mexique en France."
Créé en 1961 par Guy Stresser-Péan sous le nom de Mission archéologique et ethnologique française, le CEMCA, sous tutelle du ministère des Affaires Etrangères et du CNRS, est l'un des 27 centres de recherche français dans le monde. Sur le continent américain, l'Institut français d'études andines est l'autre centre de ce "modèle français".
"Le CEMCA est le seul dépositaire de l'organisation et des pièces archéologiques des projets français, explique Delphine Mercier. C'est un accord avec l'Instituto nacional de antropología e historia (INAH) au Mexique et l'Instituto de antropología e historia (IDAEH) au Guatemala. A la fin du projet, nous restituons les pièces, comme celles de Balamkú qui font partie de l'exposition « Mayas, revelación de un tiempo sin fin », au Palacio Nacional, et qui partira en France en septembre au musée du Quai Branly."
Basé à Mexico, avec une antenne au Guatemala, le CEMCA s'est très vite diversifié en intégrant les différentes sciences sociales et sciences de la vie dans le montage de projets pluridisciplinaires.

Une foule de projets
Quatre chercheurs titulaires sont affectés au CEMCA, plus deux ou trois du CNRS en fonction des années. Mais près de 50 chercheurs associés viennent dans le cadre de missions longues pour les archéologues (de 3 à 4 mois), ou plus courtes pour les historiens, sociologues, anthropologues, géographes... Au sous-sol du centre, des salles sont investies par les archéologues et les anthropologues notamment qui y installent les pièces découvertes sur les chantiers pour les étudier, les protéger, les répertorier... Commencent alors parfois de vrais puzzles géants. De nombreux objets sont ensuite exposés dans les locaux du CEMCA, qui disposent aussi de studios pour les chercheurs de passage.
Le CEMCA répond en outre à des appels d'offre pour décrocher des projets importants sur lesquels 35 chercheurs peuvent être affectés pendant trois ans. En janvier vient de démarrer le projet sur "Les luttes pour l'or bleu", tandis qu'en mars se terminera celui sur la "Fabrique des migrations".
Former les jeunes
Dans cet établissement en autonomie financière sont également gérées les thèses (27 actuellement) dont certaines sont financées grâce à des bourses attribuées par le CEMCA.
Tous les ans est organisée la Journée des Jeunes Américanistes : 35 jeunes sont réunis autour d'une thématique en lien avec les Amériques. L'an dernier, au Guatemala, des jeunes d'une quinzaine de nationalités ont planché sur la violence. Cette année, ce sera sur le thème environnement et sciences sociales.
Le CEMCA a également créé avec l'Institut français d'Amérique latine le Collège franco-mexicain en sciences sociales, extension Amérique centrale, qui permet tous les ans la mobilité de chercheurs français, mexicains et centraméricains pour faire des interventions sur le terrain (séminaires, conférences, cours, etc.).

Diffusion du savoir
L'autre vocation du CEMCA consiste en effet à organiser de nombreux événements : séminaires, colloques, présentations d'ouvrages... Environ 50 événements ont été organisés l'an dernier comme le colloque sur les migrations à l'Université del Claustro de Sor Juana ainsi que l'hommage au grand anthropologue mexicain Alfredo López Austin (auteur notamment de Una Vieja historia de la mierda), avec l'INAH et l'UNAM. Une Caravane des savoirs a relié Mexico au Panama en voiture, ce qui a permis de promouvoir la diffusion scientifique auprès du public, l'un des objectifs du CEMCA. Ce dernier est de plus partenaire d'événements se déroulant en France.
![]() | ![]() |
| Le centre de documentation. (Photo Romain Thieriot) | Les pièces trouvées sur les chantiers sont exposées. (Photo Romain Thieriot) |
Des ouvrages en espagnol
Le CEMCA coédite entre 7 et 10 ouvrages chaque année et publie la revue TRACE à raison de deux numéros par an. Une collection de petits cahiers de valorisation scientifique, en partenariat avec l'Institut de recherche pour le développement, diffuse également les travaux de recherche des grands projets. Le fonds du CEMCA sera d'ailleurs bientôt entièrement numérisé, avec l'aide du CNRS, ainsi que son fonds d'images dont les premières dates des années 1960. Un centre de documentation est à la disposition des chercheurs et du public.
CEMCA, Sierra Leona 330, Lomas de Chapultepec, México DF. Site internet : www.cemca.org.mx
Instituts français de recherche à l'étranger : www.ifre.fr
Tristan Delamotte (Lepetitjournal.com/mexico) Mardi 11 février 2014









