

100 ans après la mort de José Guadalupe Posada (1852-1913), Daniel Camacho Ángel publie Haiga sido como haiga sido, el sexenio de Calderón, une chronique sur le sexennat du dernier président mexicain, composée des caricatures les plus marquantes parmi les 1500 réalisées au cours des six années du mandat de Felipe Calderón Hinojosa. Virtuose du dessin et ?il de lynx, Daniel Camacho est l'un des grands caricaturistes de son temps.
Couverture de Haiga sido como haiga sido, el sexenio de Calderón. Courtoisie Daniel Camacho
Les démons du Mexique
À travers ses caricatures, Daniel Camacho ne recherche pas le rire facile mais plutôt à provoquer un moment éphémère de réflexion devant des réalités que les politiques préfèrent souvent ignorer. Et c'est un regard sévère que le caricaturiste porte sur le sexennat de Calderón (2006-2012). Sans fard ni détour, Daniel Camacho dénonce les plaies du Mexique : une pauvreté et une misère sociale accablantes face, à l'autre bout de la pyramide sociale, des riches se réservant la plus grande part, si ce n'est tout le gâteau, les inégalités sociales scandaleuses, la guerre meurtrière contre le narcotrafic, le "tsunami" de violence qui a déferlé sur le pays avec ses milliers de morts anonymes et ignorés de Felipe Calderón pour qui ils ne représentaient que "les dommages collatéraux", un système éducatif gangréné par la corruption avec des générations d'élèves sacrifiés sur l'autel des intérêts particuliers, une vie politique aux allures de cirque grotesque. Les caricatures de Daniel Camacho sont puissantes et déstabilisantes puisqu'elles donnent à voir la face obscure, les démons du Mexique.
La liberté d'expression
"Je dessine ce que je vois. Je suis un observateur de la vie politique et sociale. Je ne fais de cadeaux à personne, je critique tous les politiques : de gauche, de droite et d'extrême droite. Dans l'exercice de mon travail, je ne vote pas". Le journaliste ne devrait jamais sympathiser avec aucun politique, sous peine de perdre son regard critique. Il partage avec le journal Reforma, avec lequel il collabore depuis plus de six ans, une éthique et des valeurs communes : "j'ai toujours ressenti un respect absolu pour mon statut de journaliste et mon travail. Je n'ai jamais été censuré. La liberté d'expression est de la responsabilité de chacun d'entre nous".
Internet
Le développement fulgurant d'Internet dans les zones urbaines et touristiques représente un véritable espoir pour les générations futures, mais il contribue aussi à creuser les inégalités sociales. "Le Web est un lieu libre mais c'est aussi un labyrinthe où les messages, pareils à des bouteilles jetées à la mer, sont livrés à un sort incertain".
La transition démocratique est terminée
Au Mexique, l'évolution de la démocratie est complexe. Sur le fond, la législation électorale est bien faite. Bien sûr, les "petits arrangements", les tricheries et les financements illégaux - via des mécanismes de triangulation complexes - sont loin d'avoir disparus du paysage mexicain, il n'en demeure pas moins que la démocratie mexicaine "a des bases solides". En effet, les élections sont chapeautées et surveillées dans chaque cellule (les fameuses casillas que l'on peut voir sur les places les jours d'élection) par une assemblée constituée de citoyens tirés au sort et de représentants de l'ensemble des partis politiques. Les mécanismes de contrôle sont nombreux et l'IFE (Institut Fédéral Électoral) garant de l'équité de tous les Mexicains dans la vie démocratique. La méfiance des citoyens envers les institutions est palpable. Mais en même temps, les citoyens font preuve d'une grande générosité sociale. "La transition démocratique est terminée. Il s'agit désormais de perfectionner le système".
La religion
"Dieu soit loué, je suis athée!" (¡Gracias a dios, soy ateo!), comme disait Buñel. Mais je respecte toutes les croyances, chacun est libre de croire ou pas.
En el circo
Dans sa page Web En el circo parce que la politique mexicaine est un cirque, Daniel Camacho redevient "Monsieur tout le monde" (el señor de la banqueta). Ses caricatures et animations y sont peuplées de ses multiples avatars. La section "nouvelles de comptoirs" se déroule dans une atmosphère d'euphorie éthylique.
Le mot de la fin
J'espère que le Mexique parviendra à réformer son système éducatif, qu'il parviendra à mettre un terme à la spirale macabre de la violence et que le tissu social ne sera plus aussi dramatiquement fracturé, inégalitaire et discriminatoire. Je ne me fais pas d'illusion mais au début d'un sexennat, il y a encore le bénéfice du doute.
Marion Du Bron (www.lepetitjournal.com/mexico) mercredi 20 mars 2013
Pour en savoir plus:
Site internet: En el circo
Twitter: @cartoncamacho







