Édition internationale

VOYAGE – A vélo, de Panama City à Vancouver

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 29 avril 2015

"Voyager à vélo pour être libre". Après 3300 kilomètres parcourus et six pays traversés, Orféo Pueyo est arrivé à Mexico la semaine dernière. Parti pour un périple à vélo seul avec son hamac à travers l'Amérique centrale et l'Amérique du nord afin de rallier Panama City à Vancouver (Canada), l'ex-coursier parisien de 24 ans a décidé de rester quelques jours dans le DF, une ville qu'il aime bien. L'occasion pour Le Petit Journal de rencontrer ce sportif (un peu hipster) pour parler voyage, tamales et vélo bien sûr...


Pour Orféo, "voyager seul est aussi un moyen de se découvrir soi-même, d'autres manières de vivre, de se rappeler que rien ne va jamais de soi." (Photo Luca Pueyo)

Des gens sur la route, l'Amérique en regorge. De l'Argentine à moto (Che Guevara) à l'Alaska en stop façon Into The Wild, elle véhicule depuis longtemps une certaine tradition routarde et attire toujours les globe-trotters. Le goût des voyages, Orféo Pueyo l'a depuis des années et après diverses virées en Espagne, au Portugal, en Suisse ou au Maroc, il a choisi de partir vers le "Nouveau Continent". "Cela me disait bien de faire l'Amérique du nord, mais je ne voulais pas faire que ça. Le Costa Rica est un pays qui me fascinait et puis l'année dernière j'étais déjà venu à Mexico pour les championnats du monde des coursiers à vélo !". Il a atterri le 17 février à Panama City, "parce que c'est moins cher", dans l'objectif de rallier Vancouver au Canada. "C'est pas encore mon plus long voyage, mais ça va sûrement le devenir..."

Le vélo comme une évidence

Mais pourquoi le vélo ? Et pourquoi en solo ? Voilà les questions qu'on a envie de poser quand on rencontre un type qui traverse l'Amérique seul en deux-roues. Et pourtant, même si le vélo ne semble pas le moyen de transport le plus pratique en Amérique centrale, c'était peut-être la seule évidence pour Orféo. "J'ai toujours fait du vélo, pour aller à l'école, puis à 16 ans je suis parti comme ça en Espagne avec deux cousins et on y est retourné l'année d'après. En fait, c'est le moyen de transport le plus libre. A vélo tu es rapide, tu peux faire des détours facilement. Par rapport à la voiture, il y a un côté sportif évidemment, mais aussi une autre relation au voyage, tu es plus en lien avec ce qui t'entoure, les bruits, les odeurs. Cela facilite les rencontres aussi je pense, vu qu'à vélo on n'arrive pas avec cette espèce de supériorité financière qui peut parfois bloquer."

Après 3 mois de voyage, le cycliste a des cuisses bi-goût marquées par le bronzage, mais pas grave. On s'y habitue, et puis le vélo, c'est pas cher ! "Voyager à vélo c'est quasiment gratuit, il n'y a presque pas de frais hormis la nourriture ou les petits hôtels quand je ne peux pas dormir dehors. C'est d'ailleurs ça ma plus grosse dépense, je pensais pouvoir dormir plus souvent dans mon hamac mais j'ai dû passer quelques nuits à l'hôtel par-ci par-là. Je l'explique par le fait qu'ici, contrairement à l'Europe, il y a moins la culture du camping, du bagpacking. C'est sans doute aussi un peu plus dangereux, parfois les gens te recommandent de ne pas dormir dehors, et quand dix personnes te disent ça, tu les écoutes."
Mexico, une ville qu'Orféo aime beaucoup. (Photo Luca Pueyo)

Voyager seul pour se découvrir soi et les autres


Cela fait trois mois qu'Orféo voyage seul. Il ne serait pas un peu misanthrope ? "Non au contraire, voyager seul cela permet d'aller plus facilement vers les gens, ou plutôt cela t'oblige à communiquer. C'est aussi un moyen de se découvrir soi-même, d'autres manières de vivre, de se rappeler que rien ne va jamais de soi." De son propre aveu, il parle espagnol más o menos : "parler la langue n'est pas forcément important mais c'est plus agréable, ça permet de pouvoir communiquer un peu plus que pour la simple survie, apprendre un peu plus." C'est important les rencontres alors ? "Ben disons que c'est un plus, je suis plus là pour la nature, mais des rencontres il y en a forcément et parfois des biens marrantes. J'ai passé la nuit chez les flics au Nicaragua, dans une petite ville avec aucun endroit où dormir. Une soirée à parler bouffe avec la policière qui était de garde. Ils aiment bien manger là-bas, dans toute l'Amérique centrale d'ailleurs. Vraiment cool  !".

Et "l'esprit bikers" alors, il existe ? "Il n'y a pas d'esprit spécifique je pense. C'est toujours un plaisir de rencontrer des voyageurs à vélo, on a en commun des expériences, mais on peut retrouver le même esprit ailleurs." Quand on regarde la liste des pays traversés par Orféo (Panama, Nicaragua, Costa Rica, Guatemala, El Salvador, Honduras, Mexique) on remarque que pas mal d'entre eux sont classés comme "pays à risques", mais là aussi, voyager permet de relativiser. "Jusqu'à maintenant il ne m'est rien arrivé. Juste une fois, à San Salvador je me suis senti étrangement mal à l'aise, sans pouvoir dire pourquoi. Je n'ai pas dormi dehors ce soir-là, j'ai fini dans un hôtel borgne qui louait ses chambres à l'heure, un hôtel de passes avec miroirs au plafond. Je ne prend pas trop de risques non plus, par exemple j'ai traversé le Honduras en bus, parce qu'on m'a dit que c'était trop dangereux en vélo."

Des souvenirs que procure la route et du plaisir d'arriver au Mexique

Bon, il ne faut pas non plus dramatiser, le voyage c'est avant tout du plaisir et des souvenirs. Et cela passe aussi par la nourriture. "Je voyage en budget serré, le matin je plie le hamac et c'est parti. Là je peux dresser une carte culinaire de l'Amérique centrale. C'est pas très compliqué, c'est beaucoup de poulet, des ?ufs et du riz ! Bon il y a aussi de la banane frite, super bon. J'ai aussi découvert une boisson au maïs géniale au Nicaragua mais impossible de la retrouver après. N'empêche, je suis content d'être au Mexique, pour retrouver les tamales et les tacos. On a beau croire, il n'y en pas du tout dans les pays plus au sud."

D'ailleurs, c'est le Mexique qu'a choisi Orféo pour faire une pause : il connaît un peu le pays et il est agréable pour les cyclistes. "Franchement, si on me demande un pays difficile et un pays buena onda, je dirais que le Panama est un pays dur, au niveau du climat, de la nature peu accueillante, mais aussi des gens qui sont assez fermés, peu aimables. C'était une semaine et demie de solitude là-bas. Mexico c'est l'endroit le plus cool, une ville à la fois très moderne et assez verte malgré tout, toujours dans la contradiction, qui fourmille mais sait rester calme. Bon après, je n'ai pas tout fait, je suis passé par le Chiapas, Tabasco, Veracruz, et le DF, pas très représentatif vu la taille du pays, mais en tous cas, j'adore le Mexique pour voyager à vélo."
Petite pause détente bien méritée. (Photo Luca Pueyo)

Et la suite ?

Pour Orféo, la suite du périple est plus ou moins floue. L'objectif officiel c'est Vancouver, où un ami l'attend, mais ça pourrait vite changer. Peut-être l'Alaska ou le Québec si le c?ur lui en dit... et les économies. "Je ne suis pas trop fixé, mais le trip finira un jour. C'est pour ça qu'on appelle ça un voyage. Cela dépend aussi de mes sous. Je voyage parce que j'aime ça, mais rien n'est éternel. J'ai étudié par-ci par-là sans rien finir, puis j'ai bossé avant de devenir coursier à vélo à Paris pendant 2 ans et demi. J'ai économisé depuis que je commence à bosser, et mon argent vient de là. Pour l'instant, j'avance plutôt vite par rapport à mes prévisions alors qui sait... J'avoue que pour voyager loin, il faut de l'argent, ne serait-ce que pour le billet d'avion, mais après on peut toujours se débrouiller, c'est plutôt une question de confort."
 
Il y a au moins une chose de prévue au retour, "un café, un croissant et un Courrier International en terrasse. En fait quand on voyage, on ne suit plus les nouvelles", rigole-t-il. Et pour un prochain voyage ? "La France, à pied ou à vélo, un pays formidable pour voyager." Et il dort où ce soir ? "Pas de hamac pour l'instant, j'ai un cousin qui m'héberge." Une petite pause avant de repartir. Après tout, il n'est qu'à mi-chemin...

Les photos de ses voyages sur son Tumblr.

Luca Pueyo (Lepetitjournal.com/mexico) Lundi 27 avril 2015


lepetitjournal.com Mexico
Publié le 27 avril 2015, mis à jour le 29 avril 2015
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos