

Réalisateur franco-espagnole de documentaires et photoreporter, Christian Poveda, 52 ans, fut assassiné le 2 septembre passé, après avoir réalisé son dernier documentaire La Vida Loca sur les «pandillas» des banlieues de San Salvador. 16 mois de tournage pour 90 minutes de documentaire où la vie va et vient, au rythme des coups de feu entre «pandillas»
(Photo: Affiche du film 'La Vida Loca')
Mardi 14 septembre, les sociétés productrices el Caiman et la Femme Endormie, la Cineteca Nacional, l'ambassade de France du Mexique, l'Institut Mexicain de Cinématographie, Canal 22, Canana Distribución et Article 19 rendaient hommage à Christian Poveda par la diffusion de son film, coproduction hispano-franco-mexicaine.
Christian Poveda fit ses débuts en tant que photoreporter dans les années 1970 au Vietnam. C'est là qu'il prit conscience de l'impact que des photos pouvaient avoir sur l'opinion publique. Il se consacra dès lors au photoreportage mais aussi à la réalisation de documentaires touchant des sujets souvent graves, sans jamais sombrer dans le misérabilisme. Co-fondateur des agences de presse Atelier, Visions, Sipa Press, Keystone, Vu et Corbis, il collabora également avec Le Monde et Newsweek. Réalisateur de documentaires sur l'Amérique latine, le sport à des fins sociales, le sida, mais aussi des sujets politiques comme la double peine ou l'extrême droite, il s'opposa toujours au cinéma «grand spectacle» pour coller au plus près à la réalité.
La Vida Loca
Il paya de sa vie sa dernière oeuvre, La Vida Loca, documentaire sans concessions ni préjugés, sur la vie d'un des gangs les plus violents d'Amérique latine, «la Pandilla 18». Aussi appelées «maras», les «pandillas» sont nées de la déportation d'émigrés délinquents des Etats-Unis et du Mexique vers l'Amérique Centrale. Après 15 ans de guerrilla au Salvador, une nouvelle guerre civile secoue aujourd'hui le pays, qui confronte, à travers différentes pandillas (principalement la «18» et la «Salvatrucha»), les jeunes les plus marginalisés de la population. La plupart ayant moins de 25 ans, ces jeunes, descolarisés très tôt, entrent dans la spirale infernale du meurtre et de la drogue, où ils pensent trouver argent et sécurité. Nous suivons plusieurs jeunes de ces gangs dans ce documentaire poignant, qui ne triche ni sur les personnages, ni sur les décors, ni sur la brutalité de certaines scènes et qui révèle les convictions profondément humaines de son réalisateur. Il filme la désinvolture, la solitude, la tristesse, la haine née de l'absence de tout, la haine de la soumission, la haine de l'exploitation et de l'humiliation quotidienne. Plus qu'un choc des générations, ce que nous montre là Christian Poveda, c'est une vision critique et lucide sur l'échec d'un pays face à sa jeunesse.
Sortie en salle au Mexique le 27 octobre prochain.
Charlotte Morvan (www.lepetitjournal.com/Mexico) jeudi 17 septembre 2009







