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ECOTOURISME - Le Mexique n'est pas réservé au tourisme de masse

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Présent depuis 2006 au Mexique, Maxime Kieffer travaille sur le tourisme communautaire, objet de sa thèse qu'il est sur le point de terminer. Membre d'Echoway, association fondée en 2003 pour la promotion de l'écotourisme, le jeune géographe explique la nécessité d'un tourisme plus solidaire

Lepetitjournal.com : Que représente le secteur de l'écotourisme au Mexique?
Maxime Kieffer
: L'écotourisme connaît une demande croissante au Mexique même si cela ne concerne encore qu'une minorité de Mexicains sensibilisés à la cause. Depuis quelques années, on remarque que des efforts institutionnels ont été réalisés. On parle désormais de "diversification de l'offre". Mais dans le passé, le Mexique a préféré mettre l'accent sur l'aspect culturel de son patrimoine (visite de sites archéologiques précolombiens, découverte des cités coloniales...) avant de sensibiliser le public sur l'écologie, la protection de l'environnement, le respect des populations locales, etc.
Durant les 30 dernières années, des milliers d'hectares de mangroves ont donc été vendus à de grands groupes hôteliers peu soucieux de la protection de l'environnement. Avec le problème de la corruption qui sévit dans le pays, les réglementations environnementales et sociales ne pèsent souvent pas très lourd face aux enjeux du tourisme de masse.


Le géographe Maxime Kieffer effectue son travail de terrain en concertation avec la population locale (photo Courtoisie)

Un développement parfois incontrôlé

Environnement et tourisme ne font donc pas bon ménage?
On remarque qu'il existe toujours une différence entre le discours et les pratiques à partir du moment où les questions financières sont en jeu. La Fonatur, (Fondo Nacional de Fomento al Turismo), c'est-à-dire l'institution responsable du développement de projets touristiques, négocie avec la Semarnat (Ministère de l'environnement et des ressources naturelles) pour vendre des zones touristiques entières aux investisseurs notamment étrangers. Les questions environnementales et sociales sont alors souvent secondaires.

Les excès de cette forme de tourisme sont-ils dénoncés?
Quelques médias osent parler des problèmes écologiques et des scandales de corruption liés au tourisme (1) mais le Mexique connaît malheureusement d'autres problèmes jugés "prioritaires".
Sur le site d'Echoway, nous adressons des cartons rouges aux sites touristiques les plus polluants et aux conséquences parfois néfastes du tourisme de masse sur le développement local. Par exemple, sur la Riviera maya dans les hôtels "tout inclus", les travailleurs mexicains rémunérés au salaire minimum ne peuvent habiter proches des zones touristiques où tout est très cher. Ils sont contraints de vivre dans des zones éloignées et pauvres souvent sans eau ni électricité. Le paradis de la côte se transforme alors souvent pour eux en enfer.


Dans la région aride de Tierra Caliente, les habitants vivent principalement d'agriculture. (photo: Courtoisie)

Favoriser le développement local

Pratiquer l'écotourisme permet donc de lutter contre ces dérives...
Effectivement, et grâce à la volonté de certains locaux et le soutien d'ONG, plusieurs sites d'écotourisme existent au Mexique. Les bénévoles de l'association EchoWay souhaitent les faire découvrir et les recensent sur leur site internet (2).
Les membres d'EchoWay ont pour objectif d'informer tous les voyageurs sur les lieux d'accueil du tourisme équitable, solidaire et écologique, ainsi que sur l'écovolontariat à travers le monde.
Le but est de sensibiliser le public au "voyager responsable". C'est aussi une manière de soutenir l'effort de conservation de l'environnement des populations locales et de développer des solutions pour limiter l'impact négatif des touristes.

Donc pas de réel écotourisme sans développement local?
Mon sujet de thèse s'intitule justement "Comment peut s'insérer le tourisme communautaire dans un processus d'amélioration des conditions de vie et de développement local". Mon travail de terrain s'effectue dans la région de Tierra Caliente située entre l'Etat de Guerrero, de Michoacan et du Jalisco. Les ONG présentes dans la région travaillent sur la problématique de l'eau et de l'agriculture biologique avec les populations locales pour justement générer un processus de développement, de protection des ressources naturelles et pour mettre en place des initiatives économiques comme des coopératives.
Le tourisme communautaire a pour objectif de trouver des solutions collectives aux problèmes de la communauté en faisant l'inventaire des ressources, en assurant des formations pour les locaux, en évaluant les conditions nécessaires pour accueillir des gens. Ces projets suscitent d'une part un important échange culturel et d'autre part exigent une adhésion de la communauté qui prend ses décisions au cours d'assemblées villageoises. Le tourisme s'inscrit ainsi dans un véritable projet de développement global profitable à tous.

Jean-Marie LEGAUD (www.lepetitjournal.com/mexico) lundi 19 septembre 2011

(1) Polémique autour de la création de deux nouveaux complexes touristique à Los Cabos en Basse Californie
(2) L'association EchoWay a publié en 2008 aux éditions Aventure au Bout du Monde le premier guide d'écotourisme solidaire au Mexique et Guatemala

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lepetitjournal.com Mexico
Publié le 19 septembre 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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