

La première édition du Festival International de cirque et "chou" (spectacle) du Mexique ou FICHO aura lieu à Guadalajara. L'occasion de rencontrer César Omar Barrios, directeur artistique du collectif Cabaret Capricho et du festival, qui nous offre un regard croisé sur le secteur du cirque contemporain en France et au Mexique
Cesar Omar Barrios, Directeur artistique du FICHO (photo Claire Rozier)
LePetitJournal.com: Pouvez-vous nous raconter en quelques mots l'histoire du FICHO ?
César Omar Barrios: La naissance de ce festival est le fruit de plusieurs années de pratique, d'exploration du cirque contemporain au Mexique et à l'étranger, de rencontres et de débats passionnés. Notre dernière tournée européenne l'été dernier a été une étape décisive dans la concrétisation de ce projet. Cette première édition est possible avant tout grâce au soutien et à l'implication de nombreux artistes internationaux et nationaux, qui ont répondu présent à l'appel montrant ainsi leur adhésion à la proposition artistique défendue par le FICHO.
Quelles sont les particularités de cette proposition artistique?
Le FICHO, c'est avant tout la célébration de l'inspiration ! L'idée est de promouvoir et d'inciter la création, et d'offrir un espace d'exploration et de mélange des disciplines, tout en proposant des spectacles innovants de qualité.
Cette vocation se traduit notamment par l'organisation durant le festival du Concours National de Cirque de Création, ouvert à toute personne désireuse de présenter son travail et d'être évalué. Les membres du jury (parmi lesquels les artistes français Morgan Cosquer et Eric Longequel, tous deux médailles d'argent du festival Mondial du Cirque de Demain de Paris, ou encore Yves Dagenais de l'Ecole Nationale du Cirque de Montréal) récompenseront davantage la créativité que la technique des propositions.
En quoi le FICHO répond-il à un besoin du secteur du cirque contemporain mexicain ?
Le cirque contemporain au Mexique manque cruellement de reconnaissance institutionnelle. Un exemple clair de ce manque: les demandes de bourses offertes par le FONCA ou la CONACULTA au niveau régional ne proposent pas la catégorie "cirque".
Pour pallier à ce manque, les artistes eux-mêmes s'organisent et mettent en ?uvre leurs compétences en gestion, production, recherche de fond, comptabilité et communication pour concrétiser des initiatives ponctuelles : festivals, conventions de cirque, programmes intensifs de formation pour palier à l'absence d'écoles de cirque publiques, etc. Ces initiatives répondent à un véritable besoin et sont toujours couronnées de succès en terme d'affluence et d'adhésion au projet mais le manque de ressources menace la pérennité et le développement long-terme du secteur.
Shake That de Belgique. (Photo: Courtoisie FICHO)
Comment expliquer ce manque de reconnaissance institutionnelle ?
Il semble que le gouvernement mexicain ne conçoit pas la culture comme une priorité mais comme un luxe secondaire. Ce choix est regrettable dans le sens où il limite les opportunités et espaces d'expression, qui pourraient être envisagés comme une des réponses aux problèmes d'insécurité et de violence. Le contexte social joue également un rôle indéniable: le terme "artiste de rue" par exemple reste péjoratif dans l'imaginaire collectif mexicain et renvoie à une idée de pauvreté et de misère, et est difficilement conçu comme un choix d'orientation professionnelle.
Quelles différences majeures avez-vous pu observer en France ?
A la différence du Mexique, la France dispose d'une véritable industrie du cirque contemporain. Les institutions et écoles de cirque françaises font le pari de l'innovation et incitent les artistes à l'exploration par le biais de bourses consacrées à la création. En parallèle, une offre massive de filières universitaires prépare les futurs administrateurs et gestionnaires de la culture. Cette séparation parfois trop arbitraire entre artistes et administrateurs peut également devenir source de conflit et de polémique, notamment lorsque la rationalisation excessive de la production tend à éclipser "l'esprit" de la proposition artistique d'un évènement, mais elle a au moins la vertu de permettre une certaine professionnalisation et une meilleure reconnaissance et valorisation du secteur.
Que réserve la programmation de cette première édition ?
Le FICHO est l'occasion de découvrir ou redécouvrir le talent de nombreux artistes français ainsi que de plusieurs pointures de la scène belge, argentine, espagnole, danoise, et bien sûr mexicaine. Outre leur spectacle, ces artistes proposeront au public des ateliers de formation de leur discipline respective.
Au total, le FICHO représente plus de 70 artistes du monde entier, des concerts, des tables-rondes, et de nombreuses autres surprises. Quatre jours de fête et de convivialité auquel le public ne sera pas seulement spectateur/observateur mais bien partie intégrante du festival, et invité à toucher, à goûter, à danser, rire et chanter, ou encore à se déguiser et à faire de ce première édition du FICHO un évènement artistique par tous et pour tous. Venez nombreux !
Claire ROZIER (www.lepetitjournal.com/Mexico) lundi 7 novembre 2011
Pour plus d'informations : www.fichofest.tk







