Édition internationale

CAN 2025 : quel bilan tirer de cette édition au Maroc ?

Après un mois de compétition, la Coupe d’Afrique des Nations s’est achevée ce dimanche 18 janvier 2026 avec le sacre du Sénégal face au Maroc (1-0) dans une finale sous haute tension. Le moment est venu de faire le bilan de la compétition sur le plan sportif mais aussi sur l’organisation générale du tournoi.

Stade de TangerStade de Tanger
Stade Ibn Batouta - Tanger ©Abdoul-Aziz Diagne
Écrit par Patrice Ajavon
Publié le 17 janvier 2026, mis à jour le 19 janvier 2026

La Coupe d’Afrique des Nations s’est achevée ce dimanche 18 janvier 2026 au terme d’une finale sous haute tension, remportée par le Sénégal face au Maroc. Entre décisions arbitrales contestées, tensions dans les tribunes et scénario renversant, cette rencontre a marqué les esprits. Au-delà de ce dernier acte électrique, le Maroc, pays hôte, a surtout démontré sa capacité à accueillir un événement d’envergure internationale. « Le Maroc a prouvé qu'il avait la capacité d'accueillir des événements d'ampleur internationale », confie Vincent Marcelin, journaliste pour Le Parisien. Infrastructures modernes, matchs intenses et moments humains forts : journalistes et supporters reviennent sur ce qui a fait le succès mais aussi les limites de cette CAN 2025.

 

Une finale sous haute tension

La finale qui opposait le Sénégal au Maroc restera longtemps gravée dans les esprits mais pas pour les bonnes raisons. Tout commence à la 91e minute lorsque les Lions de la Teranga pensent ouvrir le score mais voient leur but refusé par l'arbitre pour une faute plus que contestable sur Achraf Hakimi. Cinq minutes plus tard, léger contact sur Brahim Diaz qui réclame une faute. Après consultation de la VAR, l'arbitre accorde le pénalty au Maroc. Cette décision déclenche la colère des supporters sénégalais qui manifestent leur frustration en tentant d'envahir la pelouse. Sur le terrain, la situation devient ingérable jusqu'à ce que les hommes de Pape Thiaw décident de retourner au vestiaire pour montrer leur contestation.

 

 

Les joueurs sénégalais reviendront quelques minutes plus tard sous l'impulsion de leur leader, Sadio Mané. Le meilleur buteur de cette CAN 2025, Brahim Diaz manquera son pénalty face à Edouard Mendy. Les Sénégalais s'imposeront en prolongation grâce à un but de Pape Gueye offrant la seconde CAN à son pays. Brillant durant la compétition, Sadio Mané a été élu meilleur joueur du tournoi.

 

CAN 2025 : Des infrastructures à la hauteur de l’évévénement

Le Maroc était très attendu pour l’organisation de la compétition. Et pour cause, le pays accueillera la Coupe du monde 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal. Cette CAN faisait donc office de répétition générale avant 2030. Pari réussi ! Cette Coupe d’Afrique des Nations a brillé par la qualité de ses infrastructures. De magnifiques stades ont accueilli la compétition. Parmi lesquels, le stade Prince Moulay Abdellah à Rabat ou encore le stade Ibn-Batouta de Tanger. Les déplacements ont été facilités par une offre spéciale sur les trains entre villes hôtes : « Pour faire Rabat-Casablanca, je payais entre 7 et 8 euros », explique Aboubacar Konte, journaliste indépendant. Côté hébergement, les 24 équipes ont été logées dans des hôtels cinq étoiles, garantissant un séjour idéal pendant la compétition.

 

 

 Le budget de la CAN révélé : un montant historique de 264 millions d’euros

 

Une compétition qui a tenu ses promesses

Cette CAN au Maroc avait pour ambition d’être la meilleure de l’histoire, mais a-t-elle atteint cet objectif ? Lors de cette édition, la compétition a été d’un haut niveau. Là où les anciennes laissaient place à des surprises lors des phases de poules, cette fois-ci tous les favoris ont répondu présent. La compétition a été marquée par des images fortes comme les retournées acrobatiques d’Ayoub El Kaabi (Maroc) : « J'étais au stade pour les deux buts, c'était super impressionnant à voir. Je pense qu’on s’en souviendra longtemps », raconte Vincent Marcelin. Ou encore, le but salvateur d’Adil Boulbina avec l’Algérie en huitièmes de finale face à la RD Congo.

 

 

Les stars africaines comme Sadio Mané, Mohamed Salah ou encore Victor Oshimen ont répondu présent conduisant leurs sélections jusqu’en demi-finale.

Malgré tous ces points positifs, cette Coupe d’Afrique des Nations souffre de la comparaison avec l’édition 2023 en Côte d’Ivoire. Pour Vincent Marcel, l’édition précédente a été supérieure dans bien des aspects :  « Sur le spectacle, les rebondissements, le suspense ou encore le storytelling, je pense qu'on est légèrement en dessous. »

 

Une ambiance chaleureuse 

Abdoul-Aziz Diagne, 23 ans, Français d’origine sénégalaise-algérienne, a vécu l’ambiance dans les stades marocains : « Je me souviens de tous ces sourires échangés, des accolades, avec des gens que je ne reverrai sans doute jamais. » Les spectateurs ont assuré le spectacle avec des danses, chants ou encore des costumes, à l’image de la richesse culturelle africaine.

 

 

Certaines scènes restent gravées dans les mémoires en particulier pour Aboubacar Konte. Lors du match Algérie-Nigéria, une jeune bénévole a failli faire un malaise dans l’ascenseur après le match : « La tension était telle que j’avais l’impression que mon cœur allait lâcher », raconte-elle. Pour Aboubacar Konte, ces moments témoignent de la passion et de l’émotion que suscite cette CAN auprès des fans.

Autre incontournable de la Coupe d’Afrique des Nations, le chambrage entre supporters. Sur les réseaux sociaux ou avant les matchs, les supporters ne se gênent pas pour taquiner leurs adversaires tout en restant dans un esprit bon enfant. Avant le match de la RD Congo face à l’Algérie, Boris Becker, influenceur d’origine congolaise, avait déclaré « on va les chicoter  »  au micro de Brut. Score final : défaite du Congo 1-0.

 

Le Maroc, pays hôte, au rythme de son équipe

Pendant cette CAN 2025, la ferveur populaire était palpable lors des matchs du Maroc. Et pour cause, le pays attend ce trophée depuis 50 ans. Les villes ont vibré, et chaque performance des Lions de l’Atlas a été vécue comme un événement national. « Les gens sortent dans la rue avec leurs maillots, klaxons et drapeaux. L’ambiance montait à chaque match » , explique Aboubacar Konte. Au stade, le public a parfois été très exigeant envers les joueurs : « À la mi-temps du premier match contre les Comores (0-0 après un penalty manqué), les joueurs sont rentrés au vestiaire sous les sifflets. », raconte Vincent Marcelin, présent lors de la rencontre. Globalement, le peuple marocain a été un atout de poids pour les Lions.

 

“Lumumba” : la belle histoire de cette CAN au Maroc

Au Maroc, le grand public a découvert plusieurs personnages emblématiques qui représentent fièrement leur pays, parmi eux, Michel Kuka Mboladinga, alias Lumumba. Ce supporter s’est distingué en restant debout et immobile durant les matchs de la RD Congo. Ce geste surprenant rend hommage à Patrice Lumumba, figure du mouvement indépendantiste face à la colonisation belge. Au fil de la compétition, Michel Kuka Mboladinga est devenu une vraie icône. À tel point que le joueur nigérien, Akor Adams, lui a rendu hommage en reprenant cette célèbre position lors de la célébration de son but face à l’Algérie.

 

 

À son retour au Congo, Lumumba a reçu une voiture, cadeau du ministre des Sports pour le remercier de l’image qu’il a donnée du pays durant la compétition.

 

 

Un arbitrage contesté et des incidents regrettables

Malgré un bilan globalement positif, cette édition n’a pas été exempte de critiques. Des décisions contestées ont alimenté les polémiques, notamment lors des matchs du Maroc et en particulier lors d'une finale très mouvementée. Sans évoquer de corruption, ces controverses soulignent surtout un manque de cohérence et de maîtrise de la part du corps arbitral. Un constat qui ne s’applique pas uniquement à la CAN. Autre incident regrettable : les débordements survenus à l’issue du match entre le Nigeria et l’Algérie. Au coup de sifflet final, une altercation a éclaté entre les joueurs des deux équipes, ternissant l’image d’une compétition qui aurait pu s’en passer. La gestion de la billetterie a également été critiquée, donnant lieu à des matchs dans des stades presque vides. Les organisateurs ont su réagir en ouvrant l’accès à certains stades gratuitement.

Malgré quelques couacs, la CAN 2025 s’impose comme une réussite, tant sur le plan sportif qu’organisationnel. Hôte de la compétition, le Maroc a relevé le défi en offrant un tournoi maîtrisé et en renforçant son image sur la scène internationale. Une gestion convaincante qui laisse présager des échéances prometteuses pour le Royaume, avec le Mondial des clubs en 2029 et la Coupe du monde en 2030.

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