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Le petit miracle économique portugais, l’heure du bilan

Par Lucie Etchebers-Sola | Publié le 14/12/2018 à 01:32 | Mis à jour le 14/12/2018 à 12:27
Photo : ©M.J. Sobral
Drapeau Portugal

Le Portugal affiche depuis trois ans un dynamisme économique et social remarquable, soutenu par un gouvernement de coalition unique en son genre et une politique pourtant opposée à celle préconisée par Bruxelles.
 
En trois ans, le Portugal est devenu le meilleur élève de la zone euro. Un chômage au plus bas 7,8 % fin 2017 contre 16% en 2013), des investissements tous azimuts qui ne fléchissent pas, de l’énergie verte à revendre et un déficit public proche de zéro (1,4% en 2017), ce petit pays du sud de l’Europe revient de loin. Mais ce n’est pas en réduisant les dépenses publiques que le Portugal a réduit ses dettes, ni en abaissant les protections sociales ou en "assouplissant"les droits des travailleurs, comme le préconisait la Commission européenne. C'est même la stratégie inverse que le gouvernement du Premier ministre socialiste Antonio Costa a choisi d’appliquer depuis son arrivé au pouvoir en novembre 2015.
 

Anti-austérité, la coalition portugaise poursuit sa voie de gauche

À l’issue d’élections législatives, remportées par la coalition de droite sortante le 4 octobre 2015, l’ancien maire de Lisbonne, Antonio Costa, avait décidé de négocier une alliance improbable entre le PS, le Parti communiste portugais (PCP), et le Bloc de gauche (l’extrême gauche portugaise) qui lui permettait d´obtenir la majorité. Une coalition au départ un peu mal ficelée que des opposants politiques se sont amusés à appeler de "geringonça" -"un machin"-, mais qui a tenu ses promesses. En trois ans, celle-ci est parvenue à tirer profit d'une amélioration de la conjoncture économique pour continuer à assainir les comptes publics grâce à des choix économiques et sociaux à l’opposé de la politique d'austérité adoptée par son prédécesseur de droite, Pedro Passos Coelho. Durant le plan de sauvetage international mené par le FMI et l’UE de 2011 à 2014, les mesures du gouvernement de Passos Coelho (gel du salaire minimum, augmentation des impôts, réduction des aides publiques) avaient en effet plongé le pays dans une précarité profonde.  


De vraies avancées économiques

Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l'Europe comme la Grèce, l’Italie ou l’Espagne, n'ont pas réussi à sortir la tête de l'eau avec autant de succès que le Portugal. En trois ans, ce dernier a montré une volonté féroce de ne pas se plier aux politiques d´austérité réclamées par Bruxelles, et il a prouvé qu’une politique basée sur une relance par la demande et une amélioration des dispositifs sociaux pouvait fonctionner. Des mesures économiques à vocation sociale ont été prises ces trois dernières années, comme l’augmentation des retraites et des allocations familiales, un renforcement du droit du travail, l’augmentation du salaire minimum (qui est passé de 505€ à 580€ entre 2016 et 2018), la baisse des impôts pour les salariés les plus modestes ou encore un programme de lutte contre la précarité. Attirés par l’explosion du tourisme et une fiscalité avantageuse, de nombreux investisseurs et industriels (notamment dans l’industrie textile et automobile) qui avaient migré vers l’Europe de l’Est ou l’Afrique du Nord pour la main d’œuvre bon marché reviennent au Portugal et la croissance économique s’en ressent : elle a culminé à 2,7% en 2017, contre un petit 2,2% en France et 2,4% en moyenne dans la zone euro selon les chiffres officiels de la Commission Européenne. Pour l'instant, au vu de ces résultats et de la vitesse à laquelle ils se sont développés, il semble que le Portugal n’ait qu’un seul vice : une certaine insolence vis à vis de la ligne dictée par la Commission européenne.

15 Commentaire (s)Réagir
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MF sam 15/12/2018 - 12:36

La politique d’austérité de l’ancien gouvernement de centre droit a fait baisser le déficit au prix de très fortes baisses des pensions et des´ salaires des fonctionnaires et au départ à l’étranger de 400.000 jeunes ! Pas rien ! Parallèlement les mesures fiscales favorables aux étrangers ont apporté des investisseurs et relancé le bâtiment (mesures non remises en question par le nouveau gouvernement), les subventions de l’europe de 20 milliards jusqu’en 2020, les salaires bas favorables à la sous traitance industrielle ont permis le retour de la croissance et Costa a pu dans ce contexte redonner un peu de pouvoir d’achat et relancer la demande. Ce gouvernement agit avec bon sens sans dogmatisme car on ne peut redistribuer que quand il y a un pactole à se partager .

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Helder ven 14/12/2018 - 14:29

Bravo au Portugal mais attention. Le tourisme est une mode, et les modes changent. Qu’adviendra-il du Portugal une fois que l’indus Touristique s’essoufflera ? Pour garder l’attrait il faudra des investissements massif pour rester « au goût du jour ». Peut-être les gisements de Lithium vont sauver le pays, mais le salaire minimum comparé à celui ou j’habite ( Québec, au Canada ) qui est de 11,50$/ heure pour des semaines de 40 heures mais avec la pénurie de main-d’oeuvre, la moyenne c’est 15$/h

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Smbellew dim 16/12/2018 - 10:27

Pour garder le tourisme et assurer son développement dans l'avenir, au moins en Algarve, il faudrait que l'Etat portugais limite d'urgence les privilèges accordés aux Hubel, Agrivabe et autres émanations de l'hydre Driscoll et l'expansion démesurée des estufas. Outre les dommages au paysage, ces industries largement financées par Bruxelles tuent la terre pour des décennies

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Rolandguincho ven 14/12/2018 - 13:20

Vos commentaires sont complètement Erronés Quand on voit le salaire minimum au Portugal alors on comprend que ce n’est pas la joie de vivre pour tout le monde Quand on voit la précarité de la sécurité sociale au Portugal alors on comprend que ce n’est pas la joie pour tout le monde non plus Certes le Portugal évolue terriblement je le sais puisque j’y vis Toutefois il faut dire que les mesures les plus graves et les plus impopulaires ont été prises par un ancien gouvernement De plus les syndicats et partis politiques sont beaucoup moins stupides qu’en France Il y a au Portugal comme dans beaucoup d’autres pays le souhait de trouver des solutions. En France il y a des envies de tout démolir, de tout refuser, pour tout tenter de se mettre au premier plan Il faut dire que les places des élus tant des politiques que des syndicats rapportent beaucoup Le vrai drame de la France

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Smbellew dim 16/12/2018 - 10:33

Le problème ici est que les portugais empoisonnent la croissance de leur pays en persistant à travailler au noir et à insister pour livrer des travaux et des prestations sans factures. Cette pratique concerne même de grandes entreprises. Il faut dire que les taux d'IVA et les charges sont très lourds. Les modérer progressivement augmenterait la part des situations régulières, donc ce qui serait donné d'une main serait récupéré de l'autre. Les travailleurs amélioreraient leurs droits à des retraites décentes, les cotisatiosn sociales permettraient d'améliorer le système de santé etc...

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