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LIVRE - « Dernières nouvelles des bolcheviks » de Philippe Videlier

Par Fernando Couto e Santos | Publié le 06/12/2017 à 01:00 | Mis à jour le 06/12/2017 à 01:06
« Dernières nouvelles des bolcheviks » de Philippe Videlier

L´écrivain et historien Philippe Videlier dans Les Dernières nouvelles des bolcheviks évoque, sous une perspective singulière, des événements et des acteurs majeurs de la révolution bolchevique -cent ans après qu´elle eut éclaté- et de la Russie de la période soviétique.

 

Le centenaire des  bolcheviks.

En 2017, on a signalé le centenaire de la révolution bolchevique, survenue en octobre (d´après le calendrier julien, en vigueur à l´époque en Russie) ou en novembre (selon le calendrier  grégorien, suivi dans la plupart des pays européens) de l´année 1917. Cette éphéméride a suscité la parution de nombre de livres sur le sujet, surtout des livres d´histoire, de politique ou de sociologie. Néanmoins, l´événement a également inspiré des fictions. L´un des recueils les plus intéressants à ce sujet est, sans l´ombre d´un doute, Dernières nouvelles des bolcheviks qui rassemble quatorze nouvelles écrites par Philippe Videlier. Cet écrivain, né en 1953 à Lyon et historien au CNRS, s´était déjà fait remarquer par d´autres livres où il menait son exploration de l´histoire ou, si l´on ose dire, il nous présentait l´histoire revisitée en quelque sorte par la fiction : Bakounine ou autres nouvelles de l´histoire (2001) ; Nuit Turque (2005) ; Dîner de gala (2012) et Quatre saisons à l´Hôtel de l´Univers (2017).

 

La révolution bolchevique

La révolution bolchevique a déclenché de par le monde un énorme engouement et plein d´espoir -surtout dans les milieux ouvriers et chez les intellectuels progressistes-, l´espoir en une société plus juste qui mettrait un terme à l´asservissement de l´homme. Si d´une part d´indéniables progrès se sont accomplis au niveau social dans un pays arriéré et rural, d´autre part, la bureaucratie, le manque de liberté, la terreur stalinienne, la persécution des dissidents et les camps de travail ont fait considérablement  pâlir l´étoile bolchevique.

Comme on peut lire dans la quatrième de couverture, Philippe Videlier dans ces quatorze nouvelles «allie la précision documentaire et une discrète férocité de ton, qui confère à ces nouvelles un charme particulier. Il a inventé un genre, le roman d´histoire : conter la vérité comme si c´était une fiction».

Ces nouvelles couvrent un ample spectre chronologique, de la révolution de 1905 -qui a échoué- jusqu´au début des années soixante et le premier vol spatial de Youri Gagarine.   

 Le recueil s´amorce justement par la nouvelle la plus longue (autour de trente pages), intitulée «Le dernier survivant» où il est question de la mutinerie du cuirassé Potemkine, survenue en 1905 et immortalisée en 1925 par le film du cinéaste Sergueï Eisenstein. Dans cette nouvelle, on invoque le décès de Louise Michel, institutrice révolutionnaire et anarchiste, et les comptes-rendus de journalistes comme Gaston Leroux ou Panaït Istrati qui en ce temps-là vivait encore en Roumanie et était loin de penser qu´il serait un jour l´écrivain de langue française qu´il est devenu par la suite. Philippe Videlier reproduit aussi des extraits du journal intime du tsar Nicolas II et les inquiétudes des milieux financiers devant l´instabilité en Russie. Les communications étaient à l´époque beaucoup plus difficiles et parmi les nouvelles en provenance de Russie on avait souvent du mal à faire la part entre ce qui s´était vraiment produit et les rumeurs qui allaient bon train : «Ces rumeurs ou ces faits créaient dans les capitales européennes de la finance et du négoce un émoi considérable. Odessa : le Marseille de la Russie ! La Mer Noire, les détroits, Bosphore et Dardanelles ! L´importation, l´exportation, grains, cuirs, peaux de renards, de loups, de moutons, d´Astrakan, laines, suif à chandelles, potasse, chanvre, tabac, huile de lin, rhubarbe, caviar…Un dixième  du commerce de l´Empire passait par là ! De quoi se tourner la bile».

Une des figures centrales de ce recueil est Maria Spiridonova. Appelée à l´étranger «la belle vengeresse», elle a tué en 1906 Loujenovski, vice –gouverneur de Tambov, qui avait mené une répression féroce contre une révolte paysanne : «Lorsque je vins dans ces villages où Loujenovski avait passé, confia Maria Spiridonova pour expliquer son geste, et que je vis le moujik qui était devenu fou après qu´on l´eut frappé de coups de fouet, lorsque je vis le désespoir de la mère de cette fille qui s´était jetée dans un puits après avoir été violée par les Cosaques, je sentis alors qu´il m´était impossible de rester en vie tant que cet homme, Loujenovski, resterait impuni». Arrêtée, elle fut torturée et violée. Condamnée à mort par pendaison, sa peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité et elle fut déportée en Sibérie. Libérée par la révolution de février 1917- celle où le tsar a abdiqué-, elle a tenu un temps le haut du pavé mais le futur pouvoir bolchevique ne tolérait nullement que l´on contestât ses décisions-quoique ce fût sous une perspective de gauche qui était celle de cette militante libertaire-et Marie Spiridonova fut emprisonnée à maintes reprises, enfermée en un hôpital psychiatrique (une façon courante de traiter la dissidence dans l´ex-Union Soviétique), et exécutée en 1941.

Dans ce recueil de nouvelles, on croise une foule de personnages légendaires tels l´écrivain Isaac Babel (dans la nouvelle «Cavalerie Rouge», titre emprunté à un livre de l´auteur) que les agents mandatés du NKVD ont arrêté le matin du 16 mai 1939 et ont emmené en prison avec ses manuscrits ficelés en liasse ; Friedrich Engels ; le maréchal Blücher ou, on l´a vu plus haut, Youri Gagarine.

Étonnantes, imprévues, cruelles, émouvantes ou parfois drôles, ces nouvelles racontent, sous un éclairage original, des événements et des acteurs majeurs de la révolution bolchevique et de la Russie de l´époque soviétique. 

 

Philippe Videlier, Dernières nouvelles des bolcheviks, éditions Gallimard, Paris, octobre 2017.  

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