Le candidat ultraconservateur à la présidentielle au Pérou, Rafael Lopez Aliaga, a rassemblé mardi des centaines de partisans à Lima, et donné "24 heures" aux autorités électorales pour annuler le scrutin, qu'il a dénoncé comme "une fraude".


Keiko Fujimori, 50 ans, arrive en tête des résultats partiels, tandis que la bataille pour la deuxième place reste ouverte en vue d'un second tour le 7 juin.
Empêchés de voter dimanche, en raison de dysfonctionnements dans l'acheminement du matériel électoral, plus de 50.000 électeurs ont dû se rendre aux urnes lundi.
"Je leur donne 24 heures pour déclarer la nullité absolue de cette fraude électorale", a lancé l'ancien maire de Lima, entouré d'une foule de plusieurs centaines de partisans, appelant à une mobilisation à l'échelle nationale en cas de refus.
"Je suis indignée par cette fraude dégoûtante", a déclaré à l'AFP Jennifer Jimenez, 38 ans, parmi les manifestants réunis devant les bâtiments de l'autorité électorale (JNE). "Nous voulons de nouvelles élections", scandait la foule.
L'autorité électorale "doit agir, déclarer nul tout ce processus ou trouver une solution", avait déclaré plus tôt M. Lopez Aliaga, l'un des favoris à l'issue du premier tour, qui avait appelé, sur ses réseaux, au rassemblement.
Keiko Fujimori, fille de l'ancien président autocrate Alberto Fujimori (1990-2000), arrive en tête avec près de 17%, selon un comptage toujours en cours portant sur plus de 82% des bulletins.
Les résultats, initialement dominés par les votes dans la capitale, font pour l'heure arriver en deuxième position Rafael Lopez Aliaga, 65 ans, mais son avance se réduit.
Des projections de l'institut Ipsos donnent le candidat de gauche radicale Roberto Sanchez, 57 ans, proche de l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, en position d'accéder au second tour.
Ce dernier apparaissait en progression à plus de 11%, contre un peu plus de 13% pour Rafael Lopez Aliaga. "Ces élections doivent être respectées", a déclaré mardi à l'AFP M. Sanchez.
- Scrutin serré -
Les couacs du scrutin ont "donné des arguments, au pire moment, à de nombreux acteurs qui, s'ils ne sont pas satisfaits du résultat, crieront à la fraude, voire pire", souligne auprès de l'AFP le politologue Eduardo Dargent.
"Nous n'avons trouvé aucun élément objectif étayant des accusations de fraudes à ce stade (...) mais il est clair qu'il y a eu de graves dysfonctionnements", a réagi au cours d'une conférence de presse Annalisa Corrado, la cheffe de la mission d'observation de l'Union européenne.
Le JNE a porté plainte contre le chef de l'Office national des processus électoraux (ONPE), Piero Corvetto, et d'autres responsables pour atteinte au droit de vote et entrave au scrutin, tandis qu'un responsable a été arrêté et que des investigations visent également un sous-traitant.
"Les écarts entre les candidats sont très serrés, il faut attendre avec prudence et respect", a commenté Keiko Fujimori.
Dans un pays où l'instabilité politique est chronique, avec huit présidents en dix ans, certains Péruviens faisaient état de leur exaspération.
"Il n'y a aucun contrôle. On ne sait même pas si les résultats sont vrais. Il faudrait refaire des élections", juge à Lima Yeraldine Garrido, une réceptionniste de 35 ans.
Plus de 27 millions d'électeurs étaient appelés à élire président et parlementaires à l'occasion de ce vote obligatoire, qui marque le retour d'un Parlement bicaméral pour la première fois depuis 1990.
Sur fond de flambée de la criminalité, les candidats a rivalisé de propositions radicales, allant de la construction de prisons dans la jungle, à des primes pour les policiers tuant des criminels ou au rétablissement de la peine de mort.
Le prochain président doit être investi le 28 juillet.





