

Occupation de la Sorbonne, grèves massives, fuite du général De Gaulle, accord de Grenelle... la France a fêté les soixante ans de Mai 68. Pour marquer l'évènement, Le Petit Journal revient sur l'année 1968 en Egypte
Affiche française de mai 68 (Photo FdM LPJ)
Le Caire, février 1968. La ville sort de trois jours d'affrontements avec la police, entre pavés et gaz lacrymogènes, après l'occupation de l'Institut Polytechnique par des étudiants. La vague de protestation a commencé quelques jours plus tôt, après que des ouvriers d'Helwan aient occupé un poste de police près du siège du parti de Nasser. Malgré la répression, les étudiants de l'Université du Caire les rejoignent dans plusieurs manifestations devant les bureaux d'Al-Ahram, le palais présidentiel ou encore l'Assemblée Nationale.
Quelques années après la Révolution de 1952, l'esprit de révolte est encore présent en Egypte, mais les protestations de 1968 sont d'abord la conséquence de la défaite de 1967. Contraint de lâcher du lest face à Israël, Nasser est vivement critiqué. En février 1968, les traîtres militaires de 67 sont jugés condamnés à des peines très indulgentes;c'est l'étincelle qui déclenche le mouvement.
Nasser accède aux demandes des étudiants et augmente les salaires, tout en prononçant quelques discours à la gloire des luttes du peuple palestinien. Il parvient ainsi à maintenir le calme jusqu'en décembre 68, où une incursion de l'armée de l'air israélienne entraîne une coupure d'électricité dans tout le sud de l'Egypte. Les soulèvements reprennent et l'URSS fournit l'armée égyptienne en dispositifs anti-émeutes. A Alexandrie, les étudiants occupent l'université et kidnappent le gouverneur pour obtenir la libération de leurs camarades arrêtés.
Que reste-t-il de 68 ?
Ce mouvement étudiant et ouvrier conteste le régime et les valeurs conservatrices de la société, mais ni lié ni directement influencé par les évènement de 1968 dans le reste du monde, notamment en France, en Tchécoslovaquie ou au Liban tout proche. En Egypte, la vague de protestations durera jusqu'en 1973. Sadate fera ensuite emprisonner massivement les opposants, mais les étudiants resteront le milieu influent de des années 70.
Certes, on retrouve aujourd'hui certains des leaders de l'époque au sein du mouvement Kifeyah, mais le mouvement ressemble à une page jaunie d'un vieux livre d'histoire, à laquelle ni les jeunes ni la presse ne font référence. Peut-être est-ce dû au manque de trace écrite, comme si l'idéologie n'était pas le coeur du mouvement. Il y a bien eu une revue iconoclaste, Gallery 68. Cette tribune politique et littéraire, fondée par des leaders de l'époque tels qu'Ibrahim Mansur ou Aswar Al-Kharat, montre qu'ici aussi la contestation était politique et artistique à la fois. Pourtant, Mansur n'a par exemple publié qu'un livre pendant sa vie.
Elsa FOUCRAUT. (www.lepetitjournal.com ? Le Caire ? Alexandrie) mardi 3 juin 2008








