Depuis 2003, un protocole de l'Union africaine condamne la pratique de l'excision. Mais l'Egypte rechigne toujours àle ratifier, confortant ainsi son triste statut de pays parmi lesquels les mutilations génitales féminines sont les plus répandues.
Cette année encore pendant le mois de juillet, période traditionnelle de l'excision en Egypte, des milliers de jeunes égyptiennes vont être mutilées dans des conditions d'hygiène déplorables. La pratique de l'excision est toujours très répandue en Egypte. Sans doute àcause de la politique hésitante menée par le gouvernement depuis une dizaine d'années.
En 1997, le Conseil National égyptien de la Population publiait un rapport accablant selon lequel 97% des Egyptiennes ? musulmanes et chrétiennes confondues - étaient excisées. Un triste record qui place l'Egypte au sommet des pays qui pratiquent encore les mutilations génitales féminines. Pourtant, dès 1994, Le Caire accueillait une des toutes premières conférences internationales dédiées àla lutte contre cette pratique barbare, qui concerne une trentaine de pays africains (voir la carte en encadréplus bas).
A l'époque, Suzanne Moubarak s'était même posée en leader de la lutte nationale que l'Egypte comptait livrer aux MGF (Mutilations Génitales Féminines). Ouvrant la conférence du Caire, la première dame d'Egypte déclarait alors : "Les femmes ne doivent plus être privées de leur humanité"
Pourtant, douze ans plus tard, l'Egypte est àla traîne, loin derrière les autres pays africains. Sous l'égide de l'Union africaine, le Protocole de Maputo, relatif aux droits de la Femme, condamne explicitement toute forme de mutilations génitales. Trois ans après son adoption par 53 pays africains, le protocole n'a toujours pas étésignépar l'Egypte.
Tradition pharaonique
La faute àune politique contradictoire et au poids des traditions. En 1994, le ministère de la Santédécidait d'autoriser la pratique de l'excision dans les hôpitaux. Une médicalisation presque synonyme de légitimation. Face àla volée de critiques internationales, le gouvernement annule cette décision, avant que le tribunal administratif, saisi par le cheikh radical Youssef al-Badri ne refasse marche arrière début 1997. Il faudra attendre la fin de cette même année pour que le Gouvernement n'interdise définitivement l'excision dans les hôpitaux. Une mesure volontaire loin de suffire àenrayer une pratique profondément ancrée dans la tradition. La pratique de l'excision remonte certainement àl'époque des premiers pharaons. D'ailleurs, les MGF suivent d'abord le Nil, d'Egypte en Ethiopie, avant de se propager, dans une moindre mesure, aux pays de l'Ouest africain.
Soutien insuffisant d'El-Azhar
En traversant les âges, l'excision a étérécupérée par de fausses justifications religieuses. Pure invention qui ne résiste pas àla réalitégéographique du phénomène : dans des pays aussi conservateurs que l'Arabie Saoudite, l'Iran ou le Pakistan, l'excision n'existe pas. Pourtant, le gouvernement peut compter sur l'appui de la puissante institution d'El-Azhar, qui s'est prononcée àplusieurs reprises contre l'excision. Dès 1997, le cheikh Tantawi, àpeine introniséàla tête d'El Azhar, rappelait que l'islam ne prescrit pas cette pratique, le prophète Mahommed n'ayant lui-même pas fait exciser ses filles. Mais les traditions, alourdies par le tabou qui entoure les questions sexuelles, défient le rationnel. Arnaud Saint Jean (LPJ - Le Caire) 4 juillet 2006
L'excision est l'ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme. En Egypte, il s'agit surtout de l'ablation du clitoris.
Sur cette carte des pays pratiquant les mutilations génitales féminines, les pays en noir connaissent un taux d'excision supérieur à90%. (source : npwj)








