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SOCIETE - Le bakchich, un modus vivendi égyptien

Par Lepetitjournal Le Caire | Publié le 09/09/2009 à 01:00 | Mis à jour le 09/09/2009 à 04:22
69000. C'est le nombre de cas de pots-de-vin recensés en Egypte au titre de l'année 2008 selon un rapport gouvernemental, soit près d'un bakchich toutes les sept minutes. Pourtant, à l'origine de ce terme se trouvait une toute autre signification, celle du cadeau de bienvenue.

Etat vendu, Etat corrompu, Etat pourri?La liste des qualificatifs est loin d'être exhaustive. Des policiers gourmandant une rétribution aux automobilistes jusqu'aux hauts dirigeants qui monnayent leur intervention, l'omniprésent bakchich dans les usages du quotidien s'est enhardis d'une valeur quasi-institutionnelle. Mais du simple pourboire en échange d'un service rendu à la corruption avérée, la frontière reste ténue dès qu'elle atteint les rivages de l'administration.

C'est, sans doute, pour tordre le coup au déni de l'Etat concernant de telles pratiques que le gouvernement a publié un rapport estimant à 69000 les cas de pots-de-vin pour l'année 2008 soit un cas toutes les sept minutes environ. Un chiffre accablant certainement sous-estimé. Il suffit de pousser les portes d'une administration ou de marcher dans la rue pour se rendre compte que la réalité est bien pire. L'initiative en question, censée produire un choc des consciences dans le pays, ne se borne qu'à un constat biaisé. Car l'Etat semble démuni quant aux moyens de lutter efficacement contre le fléau, bien davantage encore lorsque le fameux bakchich est presque synonyme de légalité pour les citoyens. Photo LPJ - Corruption quand tu nous tiens

Symbole d'une société paupérisée, du délitement des liens Etat-citoyens, le bakchich s'impose là où l'Etat déficient n'est pas en mesure de rationaliser le fonctionnement de son administration. Dans cette mécanique mal huilée, les fonctionnaires, victimes collatérales de part leur détresse financière, n'ont alors comme autre recours qu'une marchandisation souterraine de leur service. Le phénomène tend d'ailleurs à s'aggraver. L'organisation mondiale Transparency International a classé les différents pays selon son indice de perception de la corruption. L'Egypte occupe le 115e rang sur 180, en recul de dix places par rapport à 2007.

Un cadeau nommé "bakchich"
Charité envers les mendiants au Pakistan, pourboire en Occident et pot-de-vin au Moyen-Orient et Asie du Sud-Ouest, la polysémie appliquée au bakchich démontre son emploi abusif. D'origine persane, le mot bakshish, signifiant le "don"en arabe, désignait le cadeau de bienvenue, en signe d'hospitalité et d'amitié. Une manière simple et commode de prouver à son invité l'intérêt que l'on portait à sa présence. Aujourd'hui, nous sommes loin de l'aumône et, en la matière, le tourisme international en Egypte n'est pas étranger dans l'aggravation de cet état de fait.

Sébastien ACEDO (www.lepetitjournal.com - Le Caire - Alexandrie) mercredi 9 septembre 2009
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