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CINÉ - Yacoubian, l’immeuble rétrécit à l’écran

Écrit par Lepetitjournal Le Caire
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018

L'adaptation du best-seller d'Alaa El Aswany sort aujourd'hui dans les salles. Si la version filmée semble un peu édulcorée, le long-métrage présente toutefois la réalitéd'une Egypte quotidienne confrontée àl'injustice et àses non-dits

C'est aujourd'hui que sort dans les salles le très attendu umaret Yacoubian (L'immeuble Yacoubian), adaptation du roman éponyme d'Alaa El Aswany. Et, il est déjàcertain que le film remplira les salles. A lui seul, le casting est une promesse de vente, le réalisateur Marwan Ahmed ayant réussi àrassembler une brochette de stars, autour de l'idole nationale Adel Imam, des pointures comme Nour El Sherif, Khaled El Sawy et l'actrice tunisienne Hind Sabry. Le film bénéficie aussi de l'engouement médiatique qui entoure le livre d'Alaa El Aswany depuis sa sortie.
Débarquéen 2002 comme un OVNI de la littérature égyptienne, L'immeuble Yacoubian dresse un portrait sans concession de l'Egypte et de ses maux cachés. Corruption du régime, violences policières, phénomène de radicalisation religieuse, l'Egypte se contemple dans un miroir et peut difficilement détourner le regard.
Le principal défi de Marwan Ahmed était donc de traduire en images le réalisme singulier qui a fait le succès du roman. Comme pour toute adaptation, l'exercice est périlleux : làoùl'écrivain peut consacrer un chapitre entier àun personnage, le réalisateur doit résumer quelques répliques en une attitude. Un risque d'autant plus élevéque le roman est construit sur une succession de portraits entremêlés.
Une surprenante libertéde ton
Logiquement, c'est làque le film pêche un peu. La déformation apparaît clairement, par exemple, avec le personnage de Hatem Rasheed (interprétépar Khaled El Sawy), journaliste homosexuel amoureux d'un jeune militaire. Si dans le roman, l'amant semble finalement prendre un certain plaisir àsa passion interdite, le personnage du film est davantage représentécomme la victime d'un homosexuel calculateur et grossièrement féminisé.
Ceux qui ont lu le roman noteront surtout l'absence du "grand homme", autoritésuprême, omniprésente au fil de pages. Une allusion trop peu voilée pour être acceptée sur grand écran. Quand un politique véreux vient réclamer son dû àun députéauquel il vient d'acheter le siège, ce sont simplement "d'autres personnes plus puissantes"qui tirent les ficelles. La nuance est peut-être faible, mais on y entend ce que l'on veut.
Le film de Marwan Ahmed jouit tout de même d'une surprenante libertéde ton. Parce qu'il évoque la réalitéquotidienne d'une Égypte confrontée àl'injustice organisée et parce qu'il place le spectateur face àces non-dits qui rongent la société. L'immeuble Yacoubian, même rétréci, reste un énorme pavéjetédans la marre du politiquement acceptable.
Arnaud Saint Jean. (LPJ ? Le Caire) 21 juin 2006

Publié le 21 juin 2006, mis à jour le 9 janvier 2018
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