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RENCONTRE – Le tout premier vaccin contre la dengue mis au point par Sanofi Pasteur

Par Lepetitjournal Kuala Lumpur | Publié le 13/05/2015 à 19:30 | Mis à jour le 13/05/2015 à 16:42

Leader mondial dans son domaine, Sanofi Pasteur, la division vaccin du groupe Sanofi, est en passe de commercialiser d'ici fin 2015 le tout premier vaccin contre la dengue. Face à ce fléau en pleine recrudescence depuis plus d'un an, le laboratoire pharmaceutique signe une grande victoire.  

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère qu'aujourd'hui 3.5 milliards d'individus sont exposés, dans une centaine de pays environ, et que 50 millions sont infectés chaque année. Il s'agit d'ailleurs de la deuxième maladie tropicale après le paludisme, de par sa fréquence. Plus préoccupant encore, la dengue hémorragique touche 500.000 enfants parmi lesquels 12.500 en meurent. Bien que ce virus soit majoritairement présent en dessous des tropiques (Amérique du Sud et Asie du Sud-Est), des cas ont été relevés dans plus d'une dizaine de pays européens, dont la France.  Sanofi Pasteur nous a ouvert ses portes, nous offrant la possibilité de mieux appréhender un progrès technologique et humain sans précédent, dont les effets annoncent une répercussion à l'échelle planétaire. 

Un virus qui touche la moitié de la population mondiale

Il représente une menace constante qui tend à s'accroître du fait de l'urbanisation grandissante. La dengue a communément été nommée fièvre rouge, grippe tropicale et petit palu en référence au paludisme. Aujourd'hui, mieux connue, elle est transmise par les moustiques de type Aedes, porteurs eux-mêmes du virus. Particulièrement dangereux, ils sont les vecteurs de virus tels que la fièvre jaune ou encore le chikungunya. En ce qui concerne la dengue, deux catégories en sont porteuses, les Aedes aegypti et les Aedes albopictus. Tous deux évoluent en zones tropicales et affectionnent particulièrement les milieux urbains. Ils se reproduisent généralement dans des conteneurs créés par l'homme. Ils contaminent les êtres humains à deux moments charnières : à l'aube et au crépuscule. Un individu contaminé s'avère également être un vecteur essentiel de la propagation de la dengue. En effet, si un moustique qui n'en est pas porteur le pique, ce même moustique devient à son tour agent de contamination. Cette transmission du virus de l'homme à l'insecte peut survenir au maximum 12 jours après la manifestation des premiers symptômes, et ce pour une durée comprise entre quatre à cinq jours. 

La dengue comporte quatre sérotypes ou souches différents. Cela signifie que la contamination peut se renouveler plusieurs fois au cours d'une vie, accentuant l'intensité de la dengue et le risque potentiel d'effets irréversibles. L'immunisation qui est obtenue après guérison ne concerne qu'un sérotype et non l'ensemble du virus, d'où la nécessité de maintenir le niveau de prévention et d'alerte. C'est d'ailleurs pour cela qu'une distinction est faite entre la dengue dite classique et la dengue hémorragique. La période d'incubation est comprise entre deux et sept jours, auxquels succède l'arrivée des premiers symptômes plus ou moins violemment : forte fièvre, éruption cutanée, céphalées, nausées, vomissements, douleurs musculaires et articulaires. D'autres éléments peuvent s'y ajouter tels que des saignements du nez, des hémorragies conjonctivales, et des ecchymoses. Dans le cas de la dengue classique, ils finissent par perdre en intensité au bout d'une semaine mais une convalescence d'au moins 15 jours est nécessaire. Quant à la dengue hémorragique, elle est perceptible par une baisse de la température (inférieure à 38 degrés), des hémorragies diverses, et un ensemble de signes qui dénotent une défaillance circulatoire. Cette forme extrême touche moins d'un pourcent de la population mondiale. 

Après avoir dressé le portrait et le bilan de ce virus, il convient à présent d'exposer les solutions présentes dans l'attente de la commercialisation du vaccin. En effet, depuis l'apparition et l'identification de la dengue en 1944 à Hawaï, la prévention et la sensibilisation demeurent les seuls outils pour endiguer ce phénomène dévastateur. Des gestes simples, tels que conserver un environnement propre, prêter attention aux conteneurs, poser des moustiquaires, utiliser des insecticides et des fumigations, permettent de réduire la propagation de la transmission du virus. 

20 ans de recherches pour Sanofi Pasteur

Généralement porté sur les maladies virales et bactériennes qui touchent les pays du Nord, le laboratoire a changé sa trajectoire au profit d'une recherche davantage axée sur une maladie virale qui touche la moitié de la population mondiale. Les recherches ont ainsi démarré en 1994 lorsque Sanofi Pasteur s'est rapproché d'un laboratoire thaïlandais ayant déjà entamé une phase de recherches depuis les années 1970. 

Trois grandes phases jalonnent le parcours de la mise en place d'un vaccin. La phase I cherche à mettre en évidence s'il ne provoque pas d'effets secondaires. Si les résultats sont concluants, la phase II qui correspond à la vérification de la création d'anticorps chez le patient (soit la mesure de la réponse immunitaire) peut s'amorcer. Enfin la phase III est le test du vaccin sur des populations plus larges afin de vérifier si le vaccin est efficace. Sanofi Pasteur est entré dans cette ultime étape en juin 2010 et a débuté la phase de test l'année dernière. Ses deux grandes études se sont déroulées dans des pays d'Amérique latine et d'Asie, où respectivement 20.000 et 10.000 sujets ont participé. En Asie, le groupe de test correspondant au deux tiers des participants, a reçu le vaccin. Le groupe de contrôle a reçu un placebo. Ensuite, les cas de dengue ont été comparés dans les deux groupes afin de déduire l'efficacité réelle du vaccin. Ces deux études de grande ampleur de par le nombre de sujets qui ont participé à la phase III sont assez rares. Cela étant, ceci a permis de produire des données significatives en balayant différentes configurations. Déjà, le vaccin a pu être testé sur l'ensemble des quatre souches du virus. Les résultats ont montré qu'il était parfaitement capable de lutter contre les quatre sérotypes faisant de lui un vaccin quadrivalent. Par ailleurs, les conclusions ont mis en évidence une efficacité encore plus redoutable sur l'individu déjà infecté par la dengue. 

Pour aboutir à ces conclusions, l'investissement a été de taille, 1.5 milliards d'euros ont été nécessaires pour mener l'ensemble des études. D'ailleurs, Sanofi Pasteur a même bâti une usine à Neuville sur Saône, en France pour un montant de 300.000 euros afin d'y effectuer la production des doses. 100 millions de vaccins pourraient être produits chaque année, c'est en tout cas le chiffre avancé par le laboratoire, alors que 22 millions ont déjà été produits. Bien que conséquent, ce lourd investissement a fait de Sanofi Pasteur le premier entrant sur le marché, laissant loin derrière, ses principaux concurrents. L'avance qui lui est donnée est de l'ordre de cinq ans avant que d'autres laboratoires ne soient à même de proposer leurs vaccins. 

Un vaccin commercialisé à l'horizon 2016 ? 

La commercialisation d'un vaccin dépend des autorités règlementaires de chaque pays. Sanofi Pasteur a donc remis à l'ensemble des pays concernés (Brésil, Puerto Rico, Colombie, Honduras, Mexique, Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Vietnam, Singapour, etc.) un dossier comportant leurs données. Dans le cas de la Malaisie, c'est le NPCB (bureau du contrôle pharmaceutique national) qui est chargé de vérifier tous les éléments apportés. A ce jour, seule une première phase a été remise mais, Baptiste de Clarens, Directeur de Sanofi Pasteur en Malaisie, espère une homologation d'ici la fin de l'année : "nous sommes confiants quant au niveau de priorité que les autorités règlementaires accorderont à notre dossier. Nous nous tenons à leur disposition pour répondre à d'éventuelles questions (ou proposer notre appui si nécessaire).

Par ailleurs, le vaccin sera majoritairement, voire uniquement, distribué dans les pays à forte endémicité, où la dengue demeure un enjeu de santé publique. De cette façon, l'Europe et les Etats-Unis ne devraient pas être prioritaires dans l'obtention des doses. Plus spécifiquement, la Malaisie pourrait subventionner, voire financer, ces populations à risque. Le reste devant se le procurer par leurs propres moyens. Toutefois, le vaccin ne fera pas l'objet d'une obligation, même si les bienfaits qui en découlent incitent fortement les populations à se faire vacciner. D'ailleurs, comme le fait remarquer à juste titre Baptiste de Clarens, ?la Malaisie est un modèle dans l'exécution des programmes publics de vaccination?. En effet, 98% de la population est vaccinée, et 95% des jeunes filles âgées de 13 ans sont vaccinées contre le cancer du col de l'utérus. L'ensemble de ces éléments atteste de la bonne réception des vaccins auprès de la population malaisienne lorsque les bienfaits lui sont bien communiqués. 

Plus concrètement, après approbation des autorités, le vaccin devrait être accessible. Trois doses sur une période de 12 mois permettront une immunité contre la dengue. Le prix de vente devrait également être fixé à ce moment-là. Dans la mesure où toutes les tranches d'âges sont à risque, le potentiel est immense. Certains analystes financiers avancent un chiffre d'affaires d'un milliard d'euro par année, renforçant ainsi la force de la filiale au sein du groupe Sanofi. Par delà la question financière, le laboratoire accueille très positivement ce vaccin qui apparaît comme la récompense d'un travail acharné et de longue haleine. Baptiste de Clarens parle ici d'une ?innovation majeure, plus de 20 ans de travail qui se trouvent récompensés. Il y a eu des moments difficiles. Le premier vaccin n'a pas abouti mais on a appris beaucoup de choses sur cette maladie complexe : ses quatre sérotypes, ses mutations au cours du temps. C'est un grand succès?.   

Sanofi Pasteur s'engage 

Le vaccin contre la dengue répond déjà à l'une de leurs exigences. Comme le souligne Olivier Charmeil, Président de Sanofi Pasteur, ?développer le vaccin contre la dengue pour les enfants et leurs parents est le c?ur de notre mission. Notre objectif est de soutenir l'ambition de l'OMS qui est de réduire la mortalité liée à la dengue de 50%, et la morbidité de 25% en 2020. ?

En Malaisie, un programme de sensibilisation a été lancé auprès du jeune public. En effet, cette année le pays a connu une recrudescence des cas de dengue portant le chiffre à 110.000 individus infectés et 45.000 hospitalisations. Plus que jamais, les campagnes de sensibilisation, notamment auprès des étudiants, sont de rigueur. Conjointement avec le Ministère de la Santé, Sanofi Pasteur a financé le Dengue Patrol initiative. Le programme a mis en évidence une meilleure compréhension des enjeux, et un accroissement des connaissances des plus jeunes. 

 

Safia Takrabt (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) jeudi 14 mai 2015

Photo : Baptiste de Clarens, Directeur Sanofi Pasteur Malaisie

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