

Il y a quelques temps, LePetitJournal.com vous présentait le Pencak Silat (prononcez Penchak). Voulant en savoir un peu plus sur cet art martial au départ guerrier qui fait partie intégrante de la culture des peuples du monde malais, nous avons rencontré le maître Sébastien Loriot sur le tatami du Lycée français de KL et assisté à son cours.
Pour une introduction au Pencak Silat: notre article.
Un voyage à la destination inconnue, vers le berceau du Pencak Silat
Sébastien Loriot pratique les arts martiaux depuis une trentaine d'années. En France, très jeune, il commence par la boxe française, la boxe thaïe et le free fight. Une rencontre lui fait découvrir le Pencak Silat à l'âge de 16-17ans. Bien que le style soit "européanisé", "pas dans l'esprit qu'il faut", c'est pour lui une véritable "révélation". Il affirme qu'il a trouvé en cette discipline ce qu'il cherchait vraiment. Le Pencak Silat enseigné sur le vieux continent est "dur", on en retient surtout l'aspect auto-défense et on a trop tendance à oublier les deux autres éléments constitutifs de la discipline pourtant tout aussi importants : l'aspect artistique et la spiritualité.
Le Français part travailler quatre ans en Guyane française. Le pays est frontalier avec le Surinam, ancienne colonie hollandaise. De nombreux Javanais y vivent et continuent à pratiquer le Pencak Silat. Sébastien y découvre un autre style, plus traditionnel qui ne néglige pas les dimensions artistique et spirituelle. Au Surinam, il apprend ainsi un Pencak Silak plus vrai, plus authentique et passe ses premiers diplômes. Il estime pourtant que ces derniers ne sont pas synonymes de reconnaissance dans la discipline. "L'important, c'est ce qu'on a au fond" explique-t-il.
Après avoir vécu quelques temps aux Caraïbes, le sportif part s'entrainer en Indonésie où il essaye plusieurs styles puis en Malaisie, où il a définitivement posé ses valises en 2008. Il est aujourd'hui enseignant au lycée français où il donne également des cours de Pencak Silat.
Sébastien explique qu'il y a des centaines et même des milliers de styles différents de Pencak Silat. Ils varient selon le pays, le village, l'environnement naturel dans lequel on évolue. Cet art martial s'inspire d'une multitude de choses comme les animaux (le Pencak Silat du crocodile par exemple) ou les croyances. Par exemple, "le silat malais est très empreint de la religion musulmane" explique Sébastien. Beaucoup de styles sont animistes.
Au départ, il n'y avait que le Pencak Silat du kampung, enseigné par le maître aux habitants du village. Les élèves s'approprient la discipline, la pratiquent à leur manière et les styles se démultiplient. "On peut créer des styles à l'infini" assure Sébastien. Ainsi les possibilités de développement et d'épanouissement sont grandes. Le maitre explique à Rachid qui assiste à son premier cours de Pencak Silat qu'il faut répéter les gestes puis les reproduire à sa façon mais comme on ne se souvient pas de tout, on est obligé de créer. C'est cet aspect du Pencak Silat qui plait le plus à Enzo, élève de 6e au Lycée Français ; ce qu'il aime c'est qu'il peut rajouter "un coup de pied, un coup de poing" au mouvement de base.
Des styles, Sébastien Loriot en a étudié beaucoup avant de créer le sien. Il existe de très nombreuses écoles de Pencak Silat, dont chacune a son propre style. Ainsi "dire qu'on est ceinture noire de Pencak Silat ne veut rien dire" déclare le Français. Ce qu'il préfère, c'est la pratique traditionnelle avec le triptyque : self-défense, aspect artistique et spiritualité. Aujourd'hui, les jeunes Malaisiens s'écartent de cet art martial qui fait pourtant partie de leur culture. Alors, pour les attirer, une pratique plus sportive a été imaginée. Sébastien n'y adhère pas et insiste sur le fait que le Pencak Silat est certes une pratique physique mais pas un sport. Le style qu'il a inventé et qu'il enseigne est le "Pencak Silat Seni Rahasia Alam", il signifie "l'art secret de la nature". Il est empreint de là où il vient, des personnes qu'il a rencontrées au cours de sa vie. Dans ses cours, Sébastien accorde une place importante à la méditation, au rapport à l'autre, au "conditionnement du corps qui passe par le mental, l'équilibre".
Aujourd'hui en marge de son métier d'enseignant, Sébastien Loriot enseigne le Pencak Silat à des élèves du lycée français, des parents, des enseignants ou encore du personnel administratif. Ses cours sont ouverts à tous. Les débutants se mêlent à ceux qui ont une petite expérience de quelques années ou de quelques mois. Beaucoup viennent pour apprendre à se défendre et pratiquer une activité physique. Bruno souligne "l'efficacité" du Pencak Silat et la maman d'Enzo raconte qu'un des élèves du cours s'est fait agressé par deux voyous mais que grâce aux techniques apprises avec Sébastien, il s'en est très bien sorti. Cela l'a motivée pour poursuivre les cours. Néanmoins, quelques uns se sont lancés plutôt pour l'aspect culturel de cet art martial. Les femmes semblent beaucoup apprécier la dimension esthétique, la douceur et la fluidité qui émanent des mouvements.
Le cours débute justement tout en délicatesse par des exercices de Senaman Tua, semblables à ceux de yoga. Bons pour le corps et la santé, ils sont directement inspirés du Pencak Silat et reconnus par le Ministère de la santé malaisien. Les élèves sont assis en tailleur face au maître, très concentrés. Ils l'imitent dans le calme. Le silence qui règne et impressionnant. Même la respiration des élèves et du maître est à peine perceptible. Peu à peu le rythme des exercices s'accélère. Sébastien commence à parler à ses élèves d'une voix douce, à peine audible.
Il leur rappelle que "le principe c'est d'utiliser la balance du corps, l'équilibre, pas la force". "Moins vous utilisez la force, mieux vous serez" explique-t-il. Les élèves se mettent ensuite deux par deux pour répéter les mouvements et techniques de combat de base (langkah). Cette fois, les rires sont de mise. Ils s'entrainent même avec des bâtons puis des couteaux ! Les gestes sont fluides. Sébastien nous glisse, malicieux, que "même le guerrier le plus dur ne peut l'emporter sur la princesse la plus gracieuse". Le cours s'achève comme il a commencé ; tout en douceur avec des exercices de Senaman Tua. Tous se saluent, en ligne, pour être sur de n'oublier personne. Ils semblent apaisés.
Camille Bondu (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Mercredi 21 novembre 2012



