

Réhahn est Français, derrière son objectif il immortalise des instants de vie. La photo, avant d'être un métier, est une passion qui lui est venue sur le tard, ce qui ne l'a pas empêché d'être classé comme l'un des quatre meilleurs photographes de voyage au monde aux côtés de photographes de renom comme Steve McCurry, de voir récemment deux de ses ?uvres ajoutées à la collection permanente du musée asiatique de La Havane, ou de faire la couverture du National Geographic. Du Los Angeles Times au Condé Nast Traveller, ses clichés sont partout. Alors qu'il était de passage à Kuala Lumpur, il nous a entrainé dans son sillage.
Originaire de Normandie, en 2007 il devient le parrain de deux fillettes Vietnamiennes. Et puis c'est la rencontre, s'en suivront de multiples allers-retours durant plusieurs années. Plus qu'un parrainage, des liens se sont tissés, la barrière de la langue a été surmontée, chacun y a mêlé émotions et sentiments, si bien que les deux enfants sont devenues sa famille. Marié et papa d'un petit garçon, il y a quatre ans il fait construire une maison au Vietnam. Une maison qui semble être celle du bonheur puisque tout le monde vit sous le même toit. Les deux fillettes ont grandi et parlent maintenant l'anglais, l'une étudie à l'université, ?leur vie a changé et la mienne également?, confie Réhahn, ?le Vietnam est devenu une évidence, un choix de vie idéal pour un homme qui aspire à la liberté?.
Voilà 10 ans qu'il voyage, quatre ans que les choses ont pris pour lui une tournure différente. Perfectionniste et amoureux de l'autre, celui qui dit ?qu'il y a toujours un photographe derrière un voyageur?, ne peut s'empêcher de saisir la beauté du moment présent, pour l'immortaliser. Pour lui la photographie est ?comme une musique qui rappelle un bon ou mauvais passage d'une vie. Je me souviens de chacune de mes photos?.

Le Vietnam, la Malaisie, Cuba, sont le théâtre de ses clichés, il en aime les tons bigarrés, le naturel, les rencontres, les personnes âgées et les enfants. Il y a aussi une liberté là qu'il ne trouverait pas en France, quelque chose de différent. Les Bajaus de Malaisie, ces nomades de la mer, il en garde un excellent souvenir et une forte envie d'y retourner. ?J'y ai rencontré des gens adorables, dans un décor idyllique. Toutefois, il était très difficile de communiquer avec eux pour en savoir plus sur leur vie. Ils ne parlent que leur dialecte et peu de gens parlent anglais au port de Semporna?. L'accès non plus n'a pas été simple. Et alors qu'il y a parfois un débat sur le fait que photographier ces peuples contribue à les abîmer et à laisser un leurre plus qu'une réalité, le photographe répond que ?les gens aiment parfois le négatif, l'extrême et le drame. J'ai des fois eu des cas de commentaires me disant que les montrer revient à amener le tourisme. C'est complètement stupide! C'est comme les gens qui pensent qu'une ville est trop touristique sans se demander combien cela a pu améliorer le quotidien des locaux. Ils voudraient que cela reste sauvage et être les seuls à pouvoir y aller. Quel égoïsme!?

Le point de départ de son approche c'est de passer du temps avec ceux qui seront ses modèles de l'instant. Il parle aussi l'anglais, l'espagnol et le vietnamien, un atout incontestable pour créer une conversation et faire rire, car le rire délie beaucoup de choses. Il fuit la photographie posée, à l'antipode de sa démarche qui lui permet de retranscrire quelque chose de naturel. ?J'aime capturer une émotion et cela ne se fait pas en cinq minutes et ni sans interaction. Le modèle est comme le héros du film, il faut lui donner la parole et le mettre à l'aise? explique t-il.
Vietnam, une mosaïque de contrastes et l'un de ses principaux ouvrages, il est le recueil d'une sélection de ses plus belles photographies, de huit ans de voyage et de vie au Vietnam. ?Un pays coloré, contrasté et riche en termes de culture. Cinquante-six ethnies se partagent cette terre, chacune avec ses couleurs, sa langue, ses faciès et son histoire. En parallèle, on a une nation à forte croissance qui s'affiche comme un pays important pour les prochaines années. Ce livre est une mosaïque qui permet d'avoir un aperçu des différentes cultures qui cohabitent?. Un livre qui n'annonce que le début d'un long projet, alors qu'il vient juste d'achever le second volume, deux ans de photos, des clichés d'ethnies qui ne se comptent qu'en centaine dans le pays explique t-il, mais aussi des paysages différents. Devrait suivre un ouvrage qu'il souhaiterait écrire avec un ethnologue, sur l'avenir des ethnies du Vietnam et la disparition de leurs cultures.
C'est une foule d'histoires et de souvenirs qui se bousculent aux portes de sa mémoire, mais Réhahn aime raconter celle de cette petite grand-mère qui fait la couverture de son livre. Devenue une star au Vietnam depuis, interviewée par les télévisions et les magazines, elle est devenue la femme la plus connue du pays. Il raconte que sa petite entreprise a explosé suite à toute cette médiatisation. On peut la rencontrer à Hoi An, où elle a un petit bateau sur les bords de la rivière. C'est donc sur une dernière histoire que Réhahn nous laissera, celle de Chu Van Nhan et Chu Van Thim, deux frères de 83 et 76 ans. Le plus âgé reste chez lui mais le second est gardien de la pagode de Ninh Binh (Vietnam). Il les a rencontrés séparément il y a maintenant trois ans. Il est retourné les voir l'an dernier pour leur offrir son ouvrage, un moment à redécouvrir sur sa chaîne you tube.


My Little French House
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Ouvert le lundi, mercredi et vendredi de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h30, ainsi que le premier et troisième samedi du mois de 10h à 17h.
Alexandra Le Vaillant (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) jeudi 1er octobre 2015
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