

Cela fait maintenant presqu'un an qu'Hélène Bourry, jeune Française de 25 ans, est installée en Malaisie. Son projet? Un V.S.I atypique en son genre : aider les populations de réfugiés birmans en Malaisie, au sein de l'association Tanma Federation. Loin d'être sa première expérience au service d'autrui, c'est toutefois celle qu'elle décrit comme la plus enrichissante et humaine.
Depuis les prisons de Madagascar aux réfugiés de Malaisie, un parcours remarquable
Diplômée d'une licence de chinois de l'INALCO, Hélène entreprend par la suite un master en relations internationales/affaires humanitaires à l'Institut des relations internationales et stratégiques de Paris. Dès lors, sa passion pour ?l'autre? la pousse à effectuer plusieurs stages au sein d'associations situées en France et à l'étranger. Elle fait son premier stage d'observation dans un centre pour enfants handicapés en Chine, où elle passe ses journée auprès des enfants, joue avec eux, les accompagne dans les sorties, puis un second dans les prisons de Madagascar. Là elle contribue à la création d'un atelier de slam avec des artistes malgaches pour les jeunes en prison. Des artistes interviennent sur l'approche de l'écriture, afin que les jeunes puissent transcrire leur expérience en prison au travers de textes artistiques.
Dès lors, c'est une véritable ?leçon de vie? et son désir de s'investir professionnellement dans le domaine humanitaire se transforme en une véritable passion. Hélène explique que ?travailler aux côtés de gens dans des situations aussi difficiles et sentir que l'on peut les aider un peu, de n'importe quelle façon, c'est une grande motivation pour se lever le matin et partir au boulot?. Puisque l'humanitaire est un domaine où il est difficile de trouver un emploi directement après l'obtention de son diplôme, elle s'engage ensuite dans des stages plus pratiques comme elle les définit, lui permettant ainsi d'acquérir des expériences concrètes. Tout d'abord à Handicap International, au service partenariats, puis à la Croix-Rouge française auprès des réfugiés. De là, son intérêt pour la situation des réfugiés grandit. ?J'ai travaillé et été supervisée par des gens passionnés, militants et vraiment inspirants, et je me suis rendue compte que la solidarité et la cohésion dans leur travail avait un réel impact?, explique-t-elle. Hélène s'investit ensuite en Irlande, au sein du Migrants Rights Centre, où elle travaille aux côtés des victimes de la traite humaine. C'est lors d'un stage chez l'association Protect and Save the Children qu'elle arrive pour la première fois en Malaisie, là elle travaille pour la protection de l'enfance et la prévention d'abus. Elle ne pense alors qu'à revenir dans ce pays.
Hélène joint les rangs de la Délégation Catholique pour la Coopération (DCC), afin de trouver une véritable première expérience professionnelle. Elle postule donc pour un VSI d'un an renouvelable à la DCC, tout en mettant en avant son expérience en Malaisie et son intérêt pour le pays. Ainsi, elle revient à Kuala Lumpur en décembre dernier en tant que chargée de projets pour Tanma Federation, association au service des réfugiés birmans en Malaisie.

Tanma Federation : une association, trois micro-entreprises créées par des réfugiés birmans
La Malaisie n'ayant pas ratifié la Convention des Réfugiés de 1951, ces derniers ne peuvent acquérir de statut légal. Une carte d'enregistrement remise par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés leur fournit une sécurité subsidiaire, mais qui demeure provisoire dans l'attente d'être transféré vers un troisième pays tel que l'Australie, le Canada ou les Etats-Unis. Les réfugiés n'ont donc pas le droit de travailler, et les conditions des refuges dans lesquels la majorité d'entre eux vivent sont déplorables. Très faiblement aidés ou soutenus, le contexte dans lequel ils sont plongés devient vite hostile, tendu et incertain. L'entraide et le soutien mutuel, particulièrement pour les femmes victimes de violence ou en danger, deviennent donc cruciaux pour ces réfugiés.
C'est à cet effet qu'en 2008, le projet Tanma, qui signifie ?force? en birman, est lancé. Bénéficiant de l'aide d'une des premières Françaises envoyées par la DCC en Malaisie, Elodie Voisin, ainsi que de l'ONG malaisienne Tenaganita (qui milite pour le droit des réfugiés et migrants dans le pays), trois femmes Birmanes lancent Tanma Federation. Ce projet vise à réunir trois micro-entreprises birmanes déjà présentes en Malaisie, la Chin Women Organization, Mang Tha et Kaoprise. Chacune est issue de différents groupes ethniques birmans, confectionnant des produits artisanaux, et offrant des services d'aide diversifiés à leurs compatriotes.
La première, administrée par trois femmes, gère une école d'environ 90 enfants réfugiés et produit des carnets, marque-pages et tabliers, selon les techniques du Batik.
La seconde micro-entreprise est également composée du groupe ethnique Chin. Rattachée à l'Alliance des Réfugiés Chin, Mang Tha dispose d'un centre de formation à la couture, la broderie ou le tricot, en plus d'offrir des cours d'anglais, de malais et de techniques de l'informatique. Par ailleurs, 30 artisanes conçoivent des produits (sacs, bourses, porte-feuilles et autres selon les commandes), à partir de techniques de tissage traditionnel et de matériaux importés de Rangoon.
Enfin, Kaoprise est formée d'un groupe de femmes issues de la communauté Mon. Elle gère aussi une école et s'occupe d'une production Bath&Spa (huile de coco naturelle), de bougies et savons, toujours fabriqués selon les techniques birmanes.
Les trois groupes sont donc sous l'égide de Tanma, afin de joindre leurs efforts non seulement pour vendre leurs produits et améliorer les résultats des ventes, mais surtout pour s'entraider, partager leurs difficultés et bénéficier d'une formation commune afin que les réfugiés puissent jouir d'une aide concrète. Une fois par mois, un atelier mensuel d'estime de soi est aussi proposé en partenariat avec Tenaganita, et le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés.
Valentine Staub (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) jeudi 4 décembre 2015
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