Édition internationale

FRANÇAIS DE BORNEO - Victor Morel, 54 ans "Je gère un club de Strip Tease à Sandakan"

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 31 mars 2013

 Bon vivant devant l'éternel, Victor ressemble à n'importe quel expatrié français en Malaisie. Pourtant, le tranquille quinquagénaire a un secret qui se dévoile à la nuit tombée.  Il tient un club de Strip Tease à Bornéo. Ce personnage atypique a accepté de raconter son histoire rocambolesque au Petitjournal.com.

Une descente aux enfers en Asie du Sud-Est

Au départ, rien ne destinait Victor à pareille aventure. Jusqu'en 1995, il est cadre dans une grande société pétrolière française à Paris. Il a une femme, deux enfants et raconte même "collectionner les timbres le week-end". Mais une année tout bascule, le Français s'engage pour une expatriation dans "l'Oil and Gaz" au Brunei pour le compte d'une compagnie anglophone, une expérience qu'il va bientôt haïr. "Je me reconnaissais plus. Travailler sur des plateformes, ce n'était pas moi. Et puis, il n'y a rien à faire au Brunei. Je déprimais, n'avais plus goût à rien".

Sur un coup de tête, il prend un avion pour Pattaya en Thaïlande, laissant femme et enfants à Bornéo. "Aujourd'hui, on se revoit mais ils m'en veulent toujours. Pour moi, partir était une question de survie ". Débarquant dans ce lieu de débauche après deux ans passés dans un sultanat musulman, Victor perd rapidement pied avec la réalité. Il s'autorise tous les vices : l'alcool, la drogue et même les femmes. "Au début, ce côté festif a l'air sympa mais cela ne dure qu'un temps. On finit par s'enivrer sans en avoir vraiment le goût. On se sent très seul même bien entouré".  Pour joindre les deux bouts et payer ses folies nocturnes, le Français enchaîne les petits boulots comme barman et raconte même avoir accepté des travaux qui lui font honte aujourd'hui. "Une vraie descente aux enfers qui a duré 5 ans. Vers la fin, je n'avais plus de travail, plus de logement, ni même de passeport. Je ne pouvais pas continuer comme ça ".

Au milieu des aborigènes cambodgiens
Nous sommes en 2002 et c'est un nouveau coup de tête qui pousse Victor à échapper à Pattaya. N'ayant plus de papiers d'identité, il traverse illégalement la frontière avec le Cambodge au péril de sa vie. "Je voulais envoyer un message à mes enfants pour leur dire que j'allais bien mais j'avais un peu honte de moi ". Dans les forêts du Mondulkiri, il raconte avoir été accueilli par un groupe aborigène animiste qui lui a tout appris. "Ils m'ont enseigné à écouter la nature, à aimer les choses simples. Avec le recul, je me dis que mes années à leurs côtés ont été les plus belles de ma vie". Au fur et à mesure des mois, le Français se transforme en l'un des leurs et participe aux rituels animistes le soir. Il prend même pour épouse une des femmes de la tribu. Il raconte encore aujourd'hui rêver des forêts cambodgiennes et entendre les litanies du chaman. Là-bas, Victor ne tient plus compte du temps qui passe. Les jours succèdent aux nuits. Sa famille le croit mort.

C'est sans compter sur un cruel coup du destin en 2008. Lors d'une après-midi de chasse, le Français se blesse à la jambe. Les décoctions du chaman de la tribu ne sont plus suffisantes. Il doit se rendre à Phnom Penh. L'histoire de son voyage vers la capitale tantôt coincé entre deux Cambodgiens sur une moto branlante, tantôt à dos de buffalo mériterait à elle seule un livre. Arrivé au Naga hopital, Victor se rend compte qu'il sait presque plus parler anglais et encore moins Français. "Heureusement, il y avait cette jeune Française, Marine qui faisait son internat. Elle m'a été d'un grand secours. C'est aussi  elle qui m'a indiqué cette association pour venir en aide aux expatriés qui ont perdu leur chemin. Finalement, je ne suis jamais revenu dans ma tribu même si je pense encore souvent à elle. Ne plus pouvoir communiquer avec mes enfants était devenu une épreuve". Avec l'aide des courageux bénévoles, le Français récupère papiers d'identité et santé et en 2010, il s'envole pour Sandakan. "Je voulais retrouver l'exotisme de Bornéo mais sans personne pour me juger. Cette petite ville est parfaite pour ça. Et puis la Malaisie est un pays musulman. Ce qui implique moins de tentations !".

Sandakan, la destination finale ?
Mais rien n'a été facile à son arrivée à Sandakan ! "Qui aurait voulu embaucher un Français d'une cinquantaine d'année à la mine patibulaire ? Tout ce que j'ai trouvé, c'est une place dans une boite de strip tease près du port. Vous savez, j'ai habité en Thaïlande, ce genre d'ambiance ne me choque plus". L'expérience se révèle finalement moins glauque que prévue. Il aime le contact avec les clients, les filles, et tous ces gens qui "ont vécu des choses difficiles et portent un regard compatissant sur la vie". Il se sent à l'abri du jugement des autres. En 2011, nouveau rebondissement, Victor se réveille un matin et constate que son patron a fichu le camp. "Je me doutais bien qu'il trempait dans des affaires étranges. Les filles pleuraient. Je ne savais pas quoi faire".

Courageusement, le Français reprend l'affaire en main. "Mon premier réflexe a été de virer les truands qui embêtaient les filles. Certes, c'est un établissement de strip tease mais tout le monde doit s'y sentir en sécurité". Aujourd'hui, il tient une petite affaire qui prospère. "On reçoit beaucoup de beau monde. J'ai l'impression d'être quelqu'un d'important. Mes enfants ne comprennent pas tout ce que je fais mais savent que je suis heureux. Comme eux, Bornéo m'a accepté comme je suis".  Aujourd'hui, Victor sent qu'il a enfin trouver sa place et s'il doit retenir une chose de ses aventures "C'est de ne pas baisser les bras ! La vie n'est pas facile mais chacun a le droit au bonheur"

Marion Le Texier (Lepetitjournal.com/kuala-lumpur)  Lundi 1er avril

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Publié le 1 avril 2013, mis à jour le 31 mars 2013
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