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MALACCA - Noel Felix, musique et tradition

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Noël Félix, chanteur emblématique de la communauté portugaise de Malacca que le journal The Star a qualifié de "père de la culture malaisienne-portugaise", ne se produit plus aujourd'hui. Il a pendant 40 ans apporté dans beaucoup d'endroits du monde un peu de la musique et de la culture portugaise de Malaisie. Ce vieil homme tranquille a contribué à les faire connaître mais aussi évoluer. Entretien avec l'artiste


Un Musicien autodidacte

A 80 ans,Noël Félix ne peut plus chanter comme auparavant."Problèmes de dents !", dit-il. Cela ne l'empêche pas néanmoins de nous fredonner avec émotion deux de ses compositions et un Fado du portugal, tout en notant qu'il trouve cette musique un peu "ennuyeuse" ( voir vidéo) .

 

 

 

"J'ai commencé à chanter à l'âge de 12 ans. Maintenant, j'ai 80 ans. Je suis un bon compositeur et un bon chanteur. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être dieu m'a t-il donné ce talent ? Je ne peux pas lire la musique, je ne peux pas l'écrire, mais je peux composer ! "

Lorsqu'il était enfant, la musique portugaise-malaisienne ne se réduisait qu'à quelques chants et airs traditionnels. "J'ai commencé à regrouper des personnes pour chanter et danser dans les années 60. J'ai essayé d'inventer quelque chose de nouveau en mélangeant nos traditions avec d'autres influences, comme la musique folk américaine". De là est né un nouvel intérêt au sein même de la communauté pour sa musique traditionnelle. Noël Félix en a profité pour voyager, de Singapour au Portugal, à l'occasion de festivals de musique partout dans le monde.

Quand on lui parle de l'état actuel de la culture malaisienne-portugaise, il répond tranquillement: "Nous sommes ici depuis 500 ans. Il n'y a jamais eu d'écoles portugaises en Malaisie. Malgré cela, nous avons pu maintenir notre dialecte, même quand les Anglais étaient là. Aucun or au monde ne peut acheter cela, vous comprenez ?".

 

"Depuis 40 ans, on a perdu l'usage de notre langue"
Cela ne l'empêche pas de noter que depuis plusieurs années, l'usage du portugais archaïque parlé par les descendants des colons à Malacca est en chute libre: "Depuis 40 ans, on a perdu l'usage de notre langue " nous dit-il avec regret. De fait, en se promenant dans le village, on n'entend guère d'accent autre que celui de l'anglais, pratiqué très largement par les jeunes générations.

"J'essaye de mon mieux de transmettre ce que j'ai fait. Les jeunes parlent peu le portugais. A l'école, ils parlent surtout anglais. Alors ce que je faisais pour mes spectacles, c'est que je leur demandais de chanter une chanson qu'ils connaissaient, et puis je la traduisais en portugais et je leur faisais chanter". Il s'interrompt un instant et ajoute, d'un air triste: "Mais le problème est qu'aujourd'hui les jeunes ne sont plus intéressés par la culture".

Pas intéressés par la culture traditionnelle les jeunes portugais de Malacca ? Pourtant il est impossible en marchant dans le village de manquer les affiches et les références aux multiples festas qui jalonnent la vie de la communauté et attirent de plus en plus de touristes: la festa Intrudo, ou fête de l'eau, la festa San Juang, et la festa San Pedro. Un jeune homme d'une vingtaine d'années nous confie: "Quand j'étais plus jeune, il y a dix ans, je faisais partie de la troupe de danse pour les festivals. La festa intrudo a lieu le 19 février. Venez ! C'est une fête où tout le monde se jette des bassines d'eau à la tête. Et il y a un prix pour le bateau de pêcheur le mieux décoré !".

Le vieux chanteur qui a contribué à ranimer et à attirer l'attention sur cette culture est néanmoins partagé quant à l'évolution de ces traditions : "Auparavant les festivals de San Juang ou de San Pedro étaient seulement religieux. La cérémonie avait lieu et à 22h, tout était fini. Maintenant,c'est devenu très commercial et le festival s'étend souvent jusqu'à 1h du matin. Je pense que c'est mauvais pour la tradition. Tout est fait pour attirer du public et rendre le spectacle plus beau !". Noël Félix se dit malgré-tout heureux de l'état de cette petite enclave si particulière et des relations entretenues avec les autres communautés : "je suis né dans le bon pays, dans un Etat qui maintient les cultures avec beaucoup d'harmonie".


Le vieil homme prend congé et s'éloigne tranquillement alors que le village est encore assoupi dans la chaleur de l'après-midi, laissant derrière lui l'écho des airs de cette musique malaisienne-portugaise qui, à l'image du pays, se nourrit d'influences et de mélanges qu'il semble vain de vouloir énumérer.

 

Lire la première partie: MALACCA - Saudade du détroit

 

Texte et photos d'André Julliard avec la participation de Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Lundi 23 avril 2012

logofbkl
Publié le 23 avril 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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