

Tout le monde connait Indiana Jones l'aventurier. Mais connaissez-vous aussi l'histoire de Franck Buck, la légende derrière le personnage de Spielberg ? Les aventures du héros entre la Malaisie et Singapour n'ont rien à envier au rôle campé par Harrison Ford. Lepetitjournal.com vous raconte l'histoire d'un véritable explorateur.
Un héros bien réel
La vie de Frank Buck ressemble à un roman.
Un homme portant un casque colonial et un lasso fend la jungle en direction d'un animal rugissant. Dans la clairière d'une plantation malaisienne de caoutchouc, il trouve un tigre en cage tourmenté par un ouvrier de la plantation.
_ Qu'est-ce que ça veut dire d'embêter un animal comme ça ? demande le nouveau venu . Vas-y, frappe-le. Continue pour voir.
Le tortionnaire du tigre détale à mesure que le propriétaire de la plantation arrive, un européen à lunettes, suant dans son costume blanc.
_ Je suis désolé, s'excuse t'il avec une voie mielleuse. Je ne vous ai pas entendu arriver. Mon nom est Herman Graz.
Et bien, Monsieur Graz, gronde l'homme avec le lasso, Vous ferez mieux de dire à votre employé que si je le reprends à tourmenter un animal, je lui ferai la peau.
Excusez-moi? Puis-je vous demander qui vous êtes ? »
Mon nom est Buck, Frank Buck.
Frank Buck. Il fut un temps où ce nom était l'un des plus connus au monde, aussi familier pour ses contemporains que celui de Charlie Chaplin. Son premier film "Bring' em alive" (Ramenez-les vivants) en 1932, attira près de 82 000 spectateurs impatients la première semaine, soit 12 fois plus que "Frankenstein", le record précédent. Un an plus tard, à la foire internationale de Chicago, le "Jungle camp" de Frank Buck remporta encore un franc succès en accueillant pas moins de 2 millions de visiteurs.
De bien des manières, Frank Buck est l'incarnation du rêve américain. Il faut dire que le voyageur est né en 1884 dans une roulotte texane qui traversait à gué la rivière rouge. Malgré la pauvreté de sa famille, l'aventurer réussit pourtant à provoquer fortune et célébrité au moyen de la combinaison réussie d'une confiance en soi inébranlable, d'un mystérieux talent pour l'auto-promotion et surtout d' un sacré culot. "Ne dis jamais à personne que tu es né dans une roulotte, Frank " se rappelle avoir entendu de la bouche de sa mère l'explorateur. Mais, il ne s'est jamais révélé honteux de ses origines. Il éprouvait plutôt une immense fierté au regard du chemin parcouru.
Un modèle pour l'Amérique
Malgré ses nombreux voyages en Amérique du sud, Frank ne se sentait chez lui qu'en Asie du Sud-Est. Les jungles impénétrables constituaient la maison parfaite pour cet aventurier qui ne quittait jamais bien longtemps la région. "C'est les levers de soleil sur la jungle malaisienne qui me manquent. Je veux entendre encore les oiseaux et les gibbons à l'aube. Je veux à nouveau ressentir le frisson de capturer un léopard noir vivant. Je veux voir la fierté dans les yeux brillants de fureur d'un tigre derrière des barreaux en bois. Je veux tout simplement l'Est". Les films et livres de Frank qui évoquent ses aventures en Asie apportent ce parfum de l'Orient exotique à un public qui souffre encore de la grande dépression. Ce qui marque le plus les américains rêveurs, c'est son incroyable courage et cette attitude laconique, plutôt utile, face au danger.
La bravoure de Frank Buck a servi de modèle au héros de King Kong, le collectionneur d'animaux, Carl Denham qui n'hésite pas à retourner dans la jungle pour capturer le grand singe vivant. Plus récemment, c'est le personnage Indiana Jones qui s'est inspiré de la vraie vie de de l'aventurier. Il lui emprunta notamment sa nonchalance, son air coriace, sa bien connue veste usée, ses pistolets et son lasso. Comme son homologue, Frank Buck était toujours prêt à utiliser ses poings face au danger. A la force de ses bras, il ligota ainsi un orang-outan qui s'était mis à courir fou furieux sur le pont d'un cargo. Comme toutes les anecdotes sur la vie de l'explorateur, l'histoire ressemble à un roman.
Après avoir collectionné et vendu des oiseaux sauvages en Amérique du Sud, l'aventurier arriva en 1913 à Singapour,"le carrefour du monde". Frank était à la recherche d'animaux plus grands pour alimenter sa collection : pythons, léopards, tigres ? N'importe quel prédateur dont il pourrait tirer un bon prix auprès d'un zoo aux Etats unis.
Arrivé au c?ur d'une Asie déconcertante et encore sauvage, l'américain ne sut plus où chercher. Une aide providentielle entra alors dans la vie de l'explorateur sous le nom de Dahlam Ali, l'interprète malais. L'allié était de taille puisqu'il connaissait la langue des Orang Asli, des Dayaks de Bornéo, l'hindi et une demi douzaines d'autres dialectes. Frank ne tarissait pas de louanges sur celui qui deviendra le compagnon de tous les exploits : " Le malais le plus fin qu'il m'ait jamais été donné de rencontrer, avec de l'initiative, de l'intelligence et de la loyauté à un niveau tel que je ne l'ai jamais égalé". Ali aida ainsi Frank à capturer son premier animal sauvage : un python de 8,5metres attrapé en entourant sa tête d'un lasso et en l'attachant à un arbre à durians. Si les serpents représentent une des pires phobies d'Indiana Jones, pour l'américain, ils étaient au contraire une source sans fin de fascination. Manquer de se faire tuer par trois fois par les puissants reptiles ne sembla en rien entacher sa passion !
A l'instar des serpents, pendant des années, la maison de Frank à Singapour fut emplie de créatures sauvages capturées dans les jungles de la région. L'endroit avait tout de l'arche de Noé. S'y rendre signifiait oser affronter : des gibbons, des orang-outans et des milliers de singes mais aussi des léopards, des buffalos, des antilopes, des daims, des ours , des serpents , des tigres, des éléphants, des crocodiles et près de 100 000 oiseaux. La plus grande fierté de l'explorateur restait cependant d'avoir su ramener cher lui un tigre, mangeur d'hommes, vivant.
L'histoire là encore est cocasse. Le sujet était venu sur la table lors d'une discussion avec le sultan du Johor dans le bar du Raffles hotel de Singapour. Le Malaisien paria avec lui une bouteille de champagne qu'il ne capturerait pas le tigre qui terrifiait une plantation à 25 miles de Johor Bahru. L'aventurier ne se fit pas prier. Avec le cadavre d'une de ses victimes, il attira la bête dans une fosse. Frank se rappellera plus tard avec humour: "Sans doute, la bouteille la plus difficilement jamais gagnée".
La gloire pour le petit texan
Dans les années 20, l'américain était admiré dans le cercle très fermé des collectionneurs d'animaux mais pas encore du grand public. C'est
En dépit de son nouveau statut de star du grand écran, Frank ne perdit jamais de vue ses racines et sa vraie passion. Dans son autobiographie, il conclue : "je suis toujours ce petit garçon du Texas qui aime les oiseaux plus que toute chose sur terre. J'aurai toujours plus d'intérêt à soigner l'aile blessée d'un volatile en Malaisie qu'à parler de choses sans importance avec les gens les plus drôles de New York ". Loin de n'être qu'un amuseur de galeries, l'explorateur laissa derrière lui une large contribution pour la cause environnementale. A une époque où la mode était à la chasse, Frank se positionnait en tant qu'aventurier responsable protégeant les droits des animaux et ne tuant qu'en dernier recours: "Je suis fier de dire qu'à travers toutes mes rencontres avec des animaux sauvages, je n'ai jamais tué ou blessé de manière non nécessaire".
Au cours de sa vie d'aventurier de l'extrême, Frank fut jeté en l'air par un éléphant enragé, presque écrasé à mort par un tapir de 250 kilos ou encore eut la figure arrachée par un tigre mangeur d'hommes. A chaque fois , l'explorateur survécut et se releva pour continuer de parcourir le monde. Ce ne fut finalement pas les animaux qui le tuèrent mais la cigarette. Après un dernier voyage nostalgique vers Singapour et la Malaisie, le vrai Indiana Jones s'éteignit à Houston au Texas en 1950 à l'âge de 66 ans.
Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Jeudi 28 Septembre 2012
Sources: Heritage Asia



