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A L’ABORDAGE DE L’HISTOIRE – Marcher ou mourir à Sandakan

Écrit par Lepetitjournal Kuala Lumpur
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 18 avril 2013

Sous l'occupation japonaise, les prisonniers de guerre anglais et australiens de la région de Bornéo furent gardés captifs dans le camp de Sandakan. Vivant dans des conditions déplorables, à la merci des Japonais, les prisonniers ne s'attendaient ni au périple auquel ils allaient être forcés de participer, ni au fait que seulement six d'entre eux allaient survivre.

Une vie de labeur au camp des prisonniers de guerre de Sandakan

En juillet 1942, près de 1 500 prisonniers de guerre ayant jeté les armes à Singapour sont amenés à Sandakan par les forces japonaises. Ces dernières utilisent alors les prisonniers comme force de travail et leur font entamer la construction d'un terrain d'aviation pour protéger les gisements de pétrole de Bornéo. Les conditions de vie des prisonniers étaient déplorables. Rationnement, torture, maladies ; l'horreur ne faisait que commencer?

Tortures et châtiments

Les premiers mois, l'absence de sécurité dans le camp permet à de nombreux prisonniers de s'échapper dans la jungle. Lorsque les tortionnaires s'en rendent compte, ils font jeûner le camp entier pendant une semaine, et durcissent leurs sanctions. Si l'un des prisonniers manque de s'incliner devant un officier, il est battu et laissé au soleil dans une cage pendant plusieurs jours, le nombre de jours passés en cage étant proportionnel à la gravité de l'offense. Les prisonniers soupçonnés de construire une radio ou de faire passer des médicaments dans le camp étaient généralement remis aux mains de la Kempei Tai, la police militaire secrète japonaise connue pour ses méthodes de torture. Les moins « chanceux » voyaient leur peau brûlée avec des cigarettes, des tiges de métal s'enfoncer sous leurs ongles, leur estomac de dilater sous la pression de l'eau que les officiers leur versaient au fond de la gorge, avant de se faire piétiner sous les talons des Japonais.

Le manque de nourriture et de soins ainsi que le travail de forcenés sur l'aérodrome aboutit très vite à la détérioration de l'état de santé des prisonniers. Ces hommes décharnés, affaiblis, maltraités, exploités, n'ont déjà plus rien d'humain après quelques mois. Les examens médicaux, plus que rustiques, n'engendrent jamais aucun soin. Les soldats japonais ne font que donner quelques coups dans les bandages des malades pour vérifier qu'aucun ulcère ne se forme au-dessous.

Au début de l'année 1943, un nouvel « arrivage » de prisonniers, pour la plupart britanniques, débarque à Sandakan. Les habitudes dans le camp se durcissent, et un gang de tortionnaires se crée, sous le nom de « Bashers », ruant de coups les prisonniers à leur gré, laissant les victimes inconscients dans la poussière, sous une chaleur de plomb.

La première marche de la mort de Sandakan

Au milieu de l'année 1944, les troupes alliées apparaissent de plus en plus menaçantes quant au contrôle japonais sur l'Ouest de Bornéo. Des troupes japonaises supplémentaires débarquent au nord de la région, et a fortiori, plus de bouches à nourrir induisent un rationnement encore plus sévère pour les prisonniers. Début 1945, le camp de Sandakan ne compte plus que 1 900 prisonniers. L'aérodrome, ayant été bombardé par les Alliés, est devenu inutilisable. Les Japonais refusent toutefois de libérer les prisonniers, devenus inutiles en tant que force de travail, et choisissent de les affamer, ou les exécutent de sang-froid. A la fin du mois de janvier, 470 prisonniers australiens sont sélectionnés pour porter l'équipement et les vivres des troupes japonaises, qui décident de relocaliser leur camp ailleurs, 200km à l'Ouest. Commence alors un voyage épuisant, une véritable marche vers la mort, rassemblant des centaines de prisonniers émaciés, affaiblis, malades, qui n'ont d'autre choix que d'avancer vers la mort ou de mourir sur place. Tous ceux qui montrent un signe de faiblesse sont exécutés ; les autres continuent, ou meurent en chemin. Toutefois, le périple devient tellement ardu que les officiers japonais eux-mêmes appellent à s'arrêter au bout de 160km, dans la petite ville de Ranau. A ce moment, on ne compte plus que 190 prisonniers australiens, à qui l'on diminue encore le rationnement de nourriture : à présent, la survie se joue à moins de 100 grammes de riz par jour.

Une deuxième marche macabre dans les jungles de Bornéo

Le reste des prisonniers de Sandakan quitte le camp en mai 1945. 536 prisonniers sont embarqués sur la route qui les mènera à un destin fatal. Pendant 26 jours, les hommes se battent et puisent dans leurs dernières forces pour survivre. A l'arrivée à Ranau, seuls 183 hommes sont encore debout. A Ranau, on ne compte plus que six prisonniers survivants de la première marche.

La marche finale du désespoir

Les 250 prisonniers restés à Sandakan ne sont pas épargnés par le reste des troupes japonaises. Les plus faibles sont exécutés sans réfléchir. Malgré leur état de santé (tous étaient gravement malades et incapables de marcher), le reste des prisonniers commencent leur périple en juin 1945. Aucun des Australiens et Britanniques ne survit les 50 premiers kilomètres.

Quant au camp de Ranau, seuls 38 prisonniers ont survécu aux marches de la mort, à la faim et aux maladies qui rongeaient les hommes. Ils sont jugés trop faibles pour travailler. Devenus inutiles, tous les survivants sont exécutés sur ordre de l'officier en chef à Ranau. Sur l'ensemble des prisonniers de Sandakan, six hommes réussissent à survivre en s'échappant dans la jungle pendant les Marches.

 

2 390 prisonniers trouvèrent la mort pendant ces événements. Aujourd'hui, les Marches de la mort de Sandakan demeurent généralement inconnues du grand public. Pourtant, les atrocités perpétrées durant la deuxième guerre mondiale dans la région de Bornéo ne devraient pas rester en retrait de l'histoire. Pour raviver les mémoires, une agence touristique propose même de recréer en randonnée le périple de ces hommes qui, malgré le courage et l'espoir de s'en sortir, ont trouvé la mort par centaines dans une des régions les plus sauvages de la Malaisie.

Pour les intéressés ou les férus d'histoire :

Si vous avez l'occasion de visiter Sandakan, arrêtez-vous au Memorial Park. Le parc commémore la tragédie des Marches de la Mort. Situé à 11km de Sandakan, le camp de prisonniers de guerre abrite aujourd'hui un musée et l'on peut encore y examiner les excavations du site original.

Voir aussi:  CINEMA ? Roger Christian souhaite faire un film sur la Marche de la Mort de Sandakan

Noëmie Sor (Lepetitjournal.com/kuala-lumpur) Jeudi 18 Avril 2013

 

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Publié le 17 avril 2013, mis à jour le 18 avril 2013
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