

Ces cinq dernières années, l'état des rivières malaisiennes a beaucoup empiré. Le Dr Kalithasan, coordinateur du programme "River Care Malaisie" le juge même trés préoccupant. Lepetitjournal.com fait le point avec le spécialiste sur les rivières Klang et Gombak ainsi que les différents projets de réhabilitation.
Bord de Gombak Sungai ; un homme longe les bords malodorants de la rivière. Il traine un énorme sac en plastique blanc. Il se penche, ramasse une bouteille, la fourre dans son sac. L'inconnue répète l'opération des dizaines et des dizaines de fois. Pourtant, après son passage, rien n'est différent. Les déchets jonchent par milliers les berges bétonnées. En Malaisie, l'état des rivières inquiète et fait même l'objet de différents forums. Conjointement à la préparation du World River Day en fin de mois, la GAB Foundation a organisé le 6 septembre un forum national sur les rivières. Il était temps de se pencher sur la question !
Des chiffres peu rassurants
En 2010, le département de l'environnement a rapporté que 49% des 570 rivières étudiées étaient classées polluées ou légèrement polluées en Malaisie. Ce chiffre risque encore d'augmenter au fur et à mesure de l'accroissement de la population et de l'urbanisation. Cela semble peu encourageant et peu rassurant dans la mesure où 90% de l'eau consommée provient des rivières.
Selon le Dr. K. Kalithasan, le problème majeur réside dans le fait que les Malaisiens minimisent l'importance de la rivière dans leur vie et, par conséquent, n'en prennent pas soin. Il explique que lorsque les bords d'une rivière sont bétonnés, pour faciliter l'écoulement des pluies orageuses, les gens ne vont plus voir la rivière comme telle mais comme une canalisation d'évacuation. Et en Malaisie, "un écoulement d'eau qui s'apparente à une canalisation d'évacuation est toujours perçu comme un endroit pour se débarrasser des déchets ". De plus, il avance que le bétonnage des rives a rendu les rivières inaccessibles : " Les rives forment désormais des à pic posant ainsi des problèmes de sécurité". Ne pouvant s'approcher des rivières, les gens ne se sentent pas chargés d'en prendre soin.
Si les détritus qui bordent les rivières attirent notre ?il, de même que la couleur brunâtre des cours d'eau, le spécialiste raconte qu'il ne faut pas se fier uniquement à l'aspect visuel. Certes, les déchets flottants sont un indice de pollution mais ils ne représentent qu'un indicateur parmi d'autres. Il faut aussi prendre en compte ce que l'on ne voit pas: de très nombreux composés chimiques dissous et invisibles mais bel et bien nocifs.
En revanche, il faut se méfier d'indices assimilables intuitivement à de la pollution, comme le met en garde l'expert. "C'est naturel pour une rivière située en zone marécageuse, d'être brune "analyse-t-il. Rappelons que Kuala Lumpur signifie "confluent vaseux". La ville est en effet située au point de rencontre des rivières Klang et Gombak. De même, ajoute-t-il "il est normal pour une rivière d'être trouble après de violentes pluies ".
Vers une prise de conscience collective ?
En plus d'une mauvaise gestion des déchets, l'autre problème, selon le Dr. K. Kalithasan, est que les Malaisiens ne réalisent pas le rôle primordial joué par la rivière dans leur vie : "Lorsqu'on leur demande d'où vient l'eau, ils répondent du robinet. De même, lorsque l'on se renseigne sur l'origine des poissons, la réponse est le supermarché ". La population ne réalise pas encore bien les conséquences indésirables, à long terme d'un développement non durable. La solution préconisée par le spécialiste est l'éducation. Il faut apprendre aux gens, et tout particulièrement aux jeunes générations, à gérer leurs déchets, leur faire prendre de tous ces enjeux liés aux ressources en eau.
C'est l'objectif que se donne la GAB Foundation à travers son W.A.T.E.R. project. La fondation est particulièrement active auprès des écoles et des populations. Elle organise par exemple des workshops, auxquels sont également conviées les entreprises, dans l'espoir que les gens prennent eux-mêmes des initiatives locales au sein de leur communauté. Etre reconnue comme un leader ?uvrant pour la conservation de l'eau en Malaisie est l'une de missions que s'est donné la fondation. Elle tente d'engager et de responsabiliser les différentes parties prenantes, y compris les agences gouvernementales, afin de les pousser à agir collectivement.
« River of life » : le projet du gouvernement
A côté des initiatives d'associations comme le GAB Foundation ou le GEC, l'Etat agit lui aussi. L'un de ses projets phares s'intitule " River of life" . Il concerne les rivières Klang et Gombak et se compose de trois phases : Le nettoyage, la réhabilitation, et le développement économique.
L'objectif de la première phase est d'améliorer la qualité de l'eau en la faisant passer du stade V (eau extrêmement polluée, dangereuse pour le corps humain) au stade IIb (eau non dangereuse pour le corps humain et possibilité de pratiquer des loisirs) d'ici à 2020. Selon le Dr. Kalithasan, la qualité de l'eau serait d'ores et déjà passée, depuis le lancement du programme, au stade III. Au total, 110 kilomètres sont concernés par cette phase de nettoyage.
La seconde phase, destinée à augmenter la viabilité économique de la zone, se déroule sur 10,7km le long des rivières Klang et Gombak et concerne des sites remarquables comme Merdeka Square ou Masjid Jamek. Une compétition a même été organisée pour sélectionner le meilleur projet de réhabilitation. Le concours a été remporté par l'entreprise américaine AECOM l'année dernière.
Enfin, la dernière phase vise à encourager les investissements dans les zones bordant directement la rivière. Pour accélérer le développement, des terres situées directement au bord de la rivière et appartenant au gouvernement pourraient être mises aux enchères au profit de promoteurs privés.
Soulignons que le programme « River of Life » n'est pas le seul mené par le gouvernement. Le spécialiste met en avant le renouveau de la rivière de Malacca. Ce dernier s'est révélé être une réussite puisque les revenus de l'Etat de Malacca ont augmenté grâce la hausse du nombre de touristes.
Si de manière générale l'état des rivières a plutôt tendance à se dégrader en Malaisie, le Dr. Kalithasan veut garder espoir. Avec beaucoup de temps et d'efforts, il est encore possible de changer les habitudes des locaux qui ne découvrent que depuis quelques dizaines d'années la vie citadine!
Camille Bondu (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Mardi 18 Septembre 2012



