

Souvenez-vous, c'était il y a tout juste quelques mois. Olivier Nakache, réalisateur, était de toutes les émissions pour présenter son film à succès Intouchables . Depuis son acclamation unanime en France (19 millions d'entrées), le film a continué à vivre hors des frontière de l'hexagone jusqu'à atterrir sur les rives malaisiennes pour le French Arts and Films Festival. Les deux projections prochainement à Kuala Lumpur permettront aux locaux de découvrir pour la première fois ce qui est devenu un incontournable du cinéma français. Avec l'aide de l'alliance française, nous avons retrouvé le réalisateur pour faire le point sur sa tournée mondiale et l'arrivée un peu en retard de la comédie en Malaisie
Lepetitjournal.com : Nous sommes plus de six mois après la sortie d'Intouchables, votre vie de réalisateur a-t-elle changé ?
Olivier Nakache : Bien sûr ! On voyage beaucoup. Les points miles s'accumulent. C'est formidable mais cela ne veut pas dire qu'on est pas également pressés de revenir à nos bureaux pour démarrer un nouveau projet. Ce qui est sûr, c'est qu'il y aura un avant et un après Intouchables. Ce triomphe, c'est le genre de chose qui n'arrive qu'une fois dans une vie.
Le succès planétaire nous a vraiment surpris. Qui ne le serait pas ? Avec Éric Toledano (coréalisateur), c'était seulement notre quatrième film. Et puis, faire rire à propos d'un tétraplégique et un mec des banlieues n'avait rien d'évident.
On va vraiment de surprise en surprise. Regardez, aujourd'hui, on a même Kuala Lumpur à l'autre bout du fil !
Le film continue de vivre depuis sa découverte en France. Les sorties se multiplient hors de l'Hexagone : les Etats-Unis, la Corée du Sud, la Grèce? Comment est-il reçu à l'étranger ?
Sur cette "tournée" internationale, on est tous les jours étonnés par la réception du public. Je crois qu'on a touché quelque chose de profondément universel avec cette histoire d'amitié entre deux hommes qui se sont mutuellement sauvés la vie. 2 millions d'entrée rien qu'en Corée du Sud, cela prouve que le film parle à tout le monde. C'est très encourageant mais aussi très flatteur.
Pensez-vous que le film peut être compris de manière universelle ?
A chaque fois, qu'on va à la rencontre de notre public à l'étranger comme à Philadelphie récemment, c'est un décharge d'humour et d'émotion. C'est toujours fort ! On pense ces pays loin de notre culture mais ils rigolent aux mêmes vannes que nous dans Intouchables. L'humour et l'émotion sont universels.
Est-ce la première fois que vous vivez une telle promotion internationale ?
Lors de la promotion de Nous jours heureux et Tellement proches, nos films précédents, on se déplaçait surtout pour présenter notre travail dans des festivals européens. Avec Intouchables, on touche à une dimension totalement nouvelle car on vient accompagner la sortie nationale du film à l'étranger.
Du coup, êtes-vous devenus malgré vous une sorte d'ambassadeur de la cause handicapée ?
A la base, on n'a rien de militants. Par contre, on est très lié à Philippe Pozzo di Borgo, le tétraplégique qui a inspiré le scénario. Une partie des recettes du film est d'ailleurs reversée à sa fondation qui s'occupe de maisons pour les handicapés. Nous sommes tout le temps en contact avec Philippe et donc très connectés à la communauté handicapée en France qui a soutenu le film depuis ses débuts. On serait très fiers si on avait pu transformer le regard des gens ou donner des idées aux autorités mais on n'a aucune prétention.
La Malaisie est un pays dont l'une des principales caractéristiques est la mixité culturelle. On a trois communautés qui vivent ensemble. Pensez-vous que les Malaisiens vont se

reconnaître dans cette rencontre entre deux univers ?
Certainement! J'imagine qu'en Malaisie, l'expérience est quotidienne. Lorsque l'on regarde une personne de loin, on a souvent l'impression de ne rien avoir en commun avec elle. Mais dès qu'on commence à parler et à échanger, un lien fort peut grandir comme entre nos héros. Heureusement, l'amitié transcende les frontières et les religions. Cela doit aussi être le cas en Malaisie !
Les handicapés sont assez largement discriminés et marginalisés en Malaisie. Ils sont souvent montrés du doigt comme un fardeau pour la société et leurs droits peu défendus. Intouchables peut-il être un message pour eux ? Pour leurs dirigeants ?
Si cela peut faire avancer les choses dans les pays où le film est projeté, tant mieux ! Mais, nous n'avons pas la prétention de changer le monde. Par contre, nous pouvons être un déclencheur. Peut-être qu'un ministre ou un parlementaire aura vu le film et se dira "Et si je faisais quelque chose ?"
Notre société est celle de l'efficacité. Elle délaisse de ce fait la fragilité. Il faut penser aux gens qui sont dans des situations de vulnérabilité et changer notre regard sur eux.
Des projets pour la suite ?
Pour le moment, on a un peu la tête dans le guidon puisque nous accompagnons le film dans sa promotion partout dans le monde. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y aura pas un second film Intouchables. Notre personnage ne remarchera pas ou quelque chose comme ça.
C'est certain qu'on dispose à présent de beaucoup plus de crédits pour nos projets. Mais, c'est aussi une pression? Notre prochain film n'a jamais été aussi attendu. Donc, on prendra notre temps avec Eric pour ne pas décevoir le public.
Un mot pour vos futurs spectateurs malaisiens ?
Prenez du plaisir en regardant Intouchables!

Olivier Nakache avait-il vu juste en parlant du caractère universel du film « Intouchables » ? Demandons aux spectateurs malaisiens à la sortie de la première séance proposée par la FAFF.
Pour sa première diffusion à Kuala Lumpur samedi dernier, le film de l'inséparable tandem Nakache-Toledano a semblé combler la salle et les c?urs. Les 138 places de la salle de Mid Valley ont toutes trouvé preneurs et étaient occupées par un public plutôt jeune.
A la sortie, les spectateurs avaient encore le sourire aux lèvres : "C'est un film très drôle, explique Samyap. J'ai surtout aimé le personnage de Driss" [Omar Sy, ndlr]. A quelques pas, Sum est du même avis. La jeune fille s'explique : "Le film est drôle et touchant. C'est cette rencontre entre deux mondes que tout oppose qui est le point fort du film" et surtout "la manière qu'ils ont de communiquer", complète Leong. Le duo François Cluzet ? Omar Sy a donc de ce côté du monde aussi envoûté les spectateurs. Le sujet du handicap et de l'écart culturel serait-il alors universel ? "En Malaisie, il y a très peu de chances qu'une telle histoire puisse arriver", explique pourtant Tan. Pourquoi ? La jeune femme sourit "Je ne sais pas, c'est difficile à expliquer mais ce genre de rencontre serait vraiment improbable. Mais on ne sait jamais après tout, pourquoi pas ?"
Pour découvrir ou redécouvrir le fameux film, rendez-vous le 3 juin au cinéma 1 Utama !
Propos recueillis par Marion Le Texier avec la participation de Antoine Mariaux pour les réactions du public (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Mardi 29 mai 2012



