

La France maintient au travers de sa capitale une attractivité remarquable. Ainsi, pour la zone Asie, le Japon arrive en tête en terme de nombre de visiteurs, suivi de la Chine, de la Corée du Sud et enfin des pays de l'ASEAN. Dans le cadre du Paris Committee 2015 qui s'est déroulé en Asie du Sud-Est, Nicolas Lefebvre, directeur de l'Office de Tourisme et des Congrès de Paris, était de passage à Kuala Lumpur. L'occasion de revenir avec lui sur l'importance de promouvoir la ville lumière auprès de la Malaisie, qui s'inscrit au sein d'une région affichant des économies en constante croissance face au reste du monde.
(Arnaud Lefebvre, Aude-Lise Combier, Arnaud Boulanger, Nasser El-Mamoune)
Lepetitjournal.com : En 2013 Paris attirait 110.000 touristes Malaisiens, comment a évolué la situation depuis?
Nicolas Lefebvre : Nous sommes dans une bonne lancée depuis cette date là. Nous conduisons aujourd'hui la troisième mission de l'OTCP en Malaisie, ce n'est pas assez pour avoir suffisamment de recul sur la situation, mais tout nous amène à croire que nous sommes sur une bonne pente.
Nous nous réjouissons en ce sens du récent projet d'Atout France qui compte rouvrir un bureau à Singapour pour la zone Asie du Sud-Est, l'agence promeut le tourisme en France et c'est assurément une bonne nouvelle.
Aujourd'hui les Malaisiens préfèrent-ils voyager de manière indépendante ou en faisant appel à des agences de voyage ?
Dans le cas des Malaisiens qui se rendent à Paris, nous savons qu'ils ont plutôt tendance à voyager en groupe. C'est un schéma classique, que les touristes Japonais comme Chinois adoptaient également, ces derniers voyageant de moins en moins selon ce modèle. Cela s'explique par la présence d'un gap culturel mais aussi de la distance. Pour les Malaisiens préférant voyager seuls, l'agence de voyage reste incontournable.
En Malaisie, très peu d'agences de voyage proposent des séjours uniquement en France, privilégiant des tours en Europe qui comprennent une étape parisienne de deux à trois jours. Cependant, y a t-il une volonté de prolonger la durée de ces séjours et de développer le tourisme hors de Paris pour l'étendre à d'autres régions de France?
On s'aperçoit que Paris confirme son rôle de capitale en s'ancrant comme la porte d'entrée en France pour les touristes d'une façon générale. Nous travaillons à développer tous les aspects du tourisme parisien de manière à le rendre plus attrayant aux yeux des touristes sur place, c'est pour cela que nous proposons constamment de nouvelles offres.
En outre, on a pu constater que la destination Paris est très large. Il n'est pas rare que les visiteurs s'aventurent dans la grande banlieue, à Versailles comme à Fontainebleau mais aussi autour des châteaux de la Loire, en Normandie, en Champagne et même au Mont Saint-Michel. Il s'agit d'un véritable marché et les agences n'hésitent pas à aller plus loin, comme l'Horoscope qui propose quotidiennement des excursions d'une journée à partir de Paris jusqu'en Provence.
Ce qu'il faut en déduire, c'est que la destination Paris est complexe et multiple.
Le shopping reste dans la majorité des cas l'objectif phare des touristes Malaisiens visitant la ville Lumière. Comment se traduit la volonté de l'OTCP de les orienter vers la culture ?
Notre rôle est en effet de présenter d'autres facettes de Paris auxquelles les Malaisiens n'auraient pas accès en se consacrant exclusivement au shopping, toutefois il nous faut respecter les choix et les attentes des touristes. C'est ainsi que l'on travaille à un dosage subtil de ces deux éléments.
Pour exemple, depuis le 15 janvier, le Printemps a fait le choix d'ouvrir un magasin au Carrousel du Louvre. Il s'agit là d'un véritable pont reliant l'offre culturelle à l'enseigne de luxe, et nous encourageons le développement de plans similaires.
De même, les Galeries Lafayette projettent d'ouvrir un magasin sur les Champs-Elysées, l'OTCP se réjouit de cette ambition car elle concourt pleinement à apporter l'offre de shopping dans les endroits culturels.
Le tourisme halal apparaît comme un véritable vecteur permettant d'attirer les touristes musulmans. Nous avons pu le noter avec le Japon qui en développant cette approche a noté une hausse de 10% de fréquentation des visiteurs en provenance de la Malaisie. Y a t-il une prise de conscience en France de la, sans doute nécessité de cette approche ?
Pas assez, c'est un fait. Nous considérons naturellement le tourisme musulman comme un marché important mais il est véridique qu'il n'est pas suffisamment mis en valeur. C'est notre rôle de développer une offre adaptée pour les clients musulmans, Paris n'est cela étant certainement pas une ville dans laquelle ils ne pourraient trouver aucun restaurant halal. Nous sommes, ainsi que les professionnels avec lesquels nous travaillons, naturellement à l'écoute des besoins des touristes musulmans.
La barrière de la langue et le niveau d'anglais en France constituent t-ils un problème ?
En France, il s'est installé ce que l'on peut qualifier une appréhension de la langue de Shakespeare, de même que l'attitude générale de la population dans son ouverture à l'accueil est perfectible. On a pu mesurer une certaine amélioration de cela, la pratique de l'anglais est aujourd'hui plus courante de même que la qualité d'accueil a bien progressé.
Les Malaisiens ont une très bonne maîtrise de la langue anglaise, c'est un atout dans la région qui les avantage dans leur tourisme. C'est aussi un point que l'on doit considérer et qui nous encourage à poursuivre nos efforts en ce sens.
A-t-on pu observer une incidence négative des récents attentats qui ont eu lieu à Paris?
D'une part, nous espérons et nous aurons les chiffres très bientôt, qu'il n'y a pas eu de vraie baisse ressentie. Si l'on assimile ce qu'il s'est passé aux attentats de Londres et Madrid, nous nous rendons compte que les retombées sur le tourisme n'ont plus eu lieu d'être après seulement un ou deux mois. Une baisse n'est donc pas réellement à craindre.
La première mission de l'Office de Tourisme et des Congrès de Paris a été menée dans la région Indonésie, Thaïlande et Malaisie en 2013. L'OTCP désignait alors ces pays comme ?des marchés en pleine croissance, difficiles d'accès pour les professionnels parisiens?, tel que peut le prouver d'une certaine manière la date tardive de cette première mission. Comment l'expliquez-vous ?
L'explication est simple, c'est avant tout une question de moyens. Qui dit moyen dit nécessité de dégager des priorités, lesquelles sont définies à partir de critères simples. Un marché doit être attrayant par sa taille ainsi que par son potentiel de développement, ne serait-ce que pour motiver des professionnels à s'y intéresser. Il faut donc identifier ceux qui émergent et ont du potentiel comme source de tourisme à Paris. Ce n'est qu'en 2013 que nous avons pu considérer le marché malaisien, et en général la plaque asiatique comme principale pourvoyeuse de développement à Paris. En conséquence nous avons pu dégager des budgets pour amplifier ce tourisme.
Massil Mammeri (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) mercredi 25 mars 2015
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