Édition internationale

Hommage à Annoussamy David, grand juriste et pilier de la communauté à Pondichéry

Grand francophile,infatigable homme au service de sa communauté, le juge David laisse derrière lui, son épouse, Georgette, et leurs 4 enfants.

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Écrit par lepetitjournal.com Bombay
Publié le 20 janvier 2026, mis à jour le 21 janvier 2026

Annoussamy David, conscience juridique et culturelle de Pondichéry

Né en 1927 à Pondichéry, alors sous administration coloniale française, Annoussamy David a traversé près d’un siècle d’histoire indienne et franco-indienne en y inscrivant une œuvre intellectuelle, judiciaire et humaine d’une rare densité. Magistrat éminent, pédagogue passionné, écrivain infatigable et acteur engagé dans la vie civique, il était l’une des grandes figures morales et intellectuelles de Pondichéry.

Formé au Petit Séminaire de Pondichéry, il poursuit des études de droit à la faculté de droit locale, où il obtient une Licence de droit en 1953. Très tôt animé par le goût de la recherche et du comparatisme juridique, il se rend en France pour préparer une thèse. Son parcours académique le conduit à Aix-en-Provence, Paris, Genève, Lausanne et Londres, avant la soutenance d’un doctorat d’État à l’Université de Montpellier en 1955. Cette formation internationale marquera durablement sa pensée, à la croisée des traditions juridiques française et indienne. 

Entre temps, il rencontre sa femme Georgette, une Française et s’installe en Inde avec elle. De cette union naissent quatre enfants. 

 

le juge David et son épouse Georgette
Le juge David et Georgette son épouse. Elle l'a suivi de France et a fait de Pondichéry sa maison


En Inde, Annoussamy David est nommé directeur de l’Instruction publique, fonction qui reflète sa première passion : l’éducation. Il rejoint ensuite la magistrature et gravit progressivement les échelons judiciaires. Après avoir présidé plusieurs chambres, il devient premier président de la Cour du territoire de l’Union de Pondichéry, avant d’être élevé à la High Court of Judicature of Madras. 

Sa carrière judiciaire, qui s’étend sur près de quarante ans, est jalonnée de décisions marquantes, notamment sur le droit du travail et sur la délicate transition du droit français vers le droit indien à Pondichéry. Juriste rigoureux et fin analyste, il laisse une jurisprudence qui fait encore autorité.

Un homme au service de sa communauté

Après sa retraite de la High Court, il met son expertise au service de l’État indien. Il est nommé Vice-président du Central Administrative Tribunal, préside le tout nouveau Consumer Disputes Redressal Forum et dirige plusieurs commissions d’enquête d’importance nationale, dont l’une consacrée au système de discrimination positive. Sa parole, toujours mesurée et indépendante, était écoutée et respectée.

Pédagogue dans l’âme, David Annoussamy n’a jamais cessé de transmettre. Il enseigne à la National Law School de Bangalore et donne de nombreuses conférences en Inde et à l’étranger, notamment à Aix-en-Provence, Nanterre, Nantes et Lausanne. Il contribue activement au développement du droit comparé à l’échelle internationale.

En France, il s’investit dans la création de l’Institut d’études avancées de Nantes, aux côtés notamment du juriste Alain Supiot ; en Inde, il joue un rôle clé dans la fondation et le rayonnement de la National Law School. En 1972, il fonde le Pondicherry Law College, aujourd’hui Dr. Ambedkar Government Law College, et participe, avec des figures comme Madhav Menon et Ram Jethmalani, à la refonte du curriculum juridique national.

Écrivain prolifique, David Annoussamy a publié de nombreux ouvrages en français, en tamoul et en anglais. Parmi ses œuvres majeures figurent L’Intermède français en Inde, Le droit indien en marche, The French Legal System, ainsi qu’une autobiographie en tamoul. 

Jusqu’à la fin de sa vie, il est resté fidèle à son désir de transmission : sa dernière œuvre est une ambitieuse série de 365 contes pour enfants, dont les trois premiers volumes ont été publiés. Ces contes indiens sont dédiés à ses petits-enfants vivant en France, un des nombreux ponts culturels qu’il aura tracé au long de sa vie.

 

juge Annoussami

 

Il a aussi fondé ou animé de nombreuses institutions et associations : l’Institut français de Pondichéry, l’Association des parents d’élèves du Collège français, la Société interculturelle, la Société historique de Pondichéry, le Comité de conscience civique, entre autres. Il fut également président d’honneur de l’Alliance Française de Pondichéry et a présidé le comité ayant recommandé le 1er novembre comme jour de l’Indépendance de Pondichéry.

 Le consulat français à Pondichéry lui a rendu hommage : 

 

Reconnu en Inde comme à l’international, Annoussamy David a reçu le prix Durand-Réville de l’Institut de France, a été membre correspondant de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer et décoré de la Légion d’honneur. Pour beaucoup, il fut bien davantage qu’un juriste de renom : une voix morale, un mentor et un gardien de la conscience civique. Son engagement auprès de nombreuses causes citoyennes, environnementales et patrimoniales, notamment aux côtés d’organisations de la société civile, a profondément marqué la vie publique de Pondichéry.

Catherine Clément, chercheuse au CNRS travaillant sur l’Inde, lui a rendu hommage en soulignant qu’« il était véritablement impressionnant ».

À Pondichéry, une partie de la société civile a demandé que lui soient accordées des funérailles d’État. Satish Nallam, ancien président de l’Alliance française a que son décès était “une perte irréparable pour Pondichéry et pour toute la nation”, l’appelant “la voix morale de Pondichéry”.

Annoussamy David s’est éteint le 17 janvier 2026, à l’âge de 98 ans. Il laisse derrière lui son épouse, ses deux fils et ses deux filles, ainsi qu’un héritage intellectuel et humain considérable. Ses funérailles auront lieu ce mercredi 21 janvier 2026 à partir 11h00 au 59 rue Laporte et une messe sera célébrée à 16h00 à la cathédrale de l’immaculé Conception.

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Sa disparition constitue une grande perte pour Pondichéry, mais son œuvre continuera longtemps d’éclairer les générations à venir.

 

 
 
lepetitjournal.com bombay
Publié le 21 janvier 2026, mis à jour le 21 janvier 2026
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