Édition internationale

Li Song raconte la Chine à Hong Kong : "Je veux partager grâce à l'humour"

À l’invitation de l’UFE et avec le soutien de l’Alliance Française, l’humoriste chinois francophone Li Song est monté sur scène à Hong Kong pour présenter son spectacle. Entre anecdotes personnelles, regard décalé sur la France et immersion dans la culture chinoise, il utilise l’humour comme un moyen de raconter son histoire et de faire découvrir la Chine autrement. Nous eu la chance de pouvoir échanger après son spectacle.

Écrit par Didier Pujol
Publié le 24 juin 2026

L'humour permet de démystifier les cultures

Vous vous produisez en France comme en Chine. L’humour permet-il de rapprocher les cultures ?

Je ne dirais pas que l’humour a pour vocation de rassembler les cultures. Pour moi, il permet surtout de les expliquer et de les démystifier. Grâce à l’humour, on peut faire passer des informations de manière légère et rendre une culture plus accessible à ceux qui ne la connaissent pas.

On entend souvent dire que l’humour est un langage universel. C’est une belle formule, mais la réalité est plus complexe. Il existe de nombreuses formes d’humour et même au sein d’un même pays, les gens ne rient pas forcément des mêmes choses. Certains jeux de mots chinois sont impossibles à traduire en français, tout comme certaines références françaises fonctionnent difficilement en chinois.

Dans mes spectacles, il y a à la fois des jeux de mots très français et des passages qui parlent davantage de la culture asiatique. Chacun y trouve quelque chose qui lui parle. L’humour est surtout un formidable outil pour expliquer une culture avec légèreté et faire passer des messages plus facilement.

 

Les émotions que j'invoque sont universelles

Votre regard sur la France et votre héritage chinois sont très singuliers. Quels retours recevez-vous du public ?

Je joue uniquement en français. Lorsque je me produis en Chine, mon public est principalement composé de Français expatriés ou de Chinois ayant vécu en France. Il faut tout de même un très bon niveau de français pour suivre le spectacle.

Les réactions varient selon les spectateurs. Les Français qui viennent me voir ont souvent un lien avec la Chine. Ils reconnaissent des situations qu’ils ont vécues et cela leur rappelle des souvenirs. J’ai également joué devant des publics qui ne connaissaient presque rien à la Chine, notamment en Vendée. Les spectateurs étaient agréablement surpris.

Finalement, ce qui touche les gens, ce sont les émotions et les valeurs que j’évoque. L’amour des parents, les relations de couple, l’éducation des enfants ou encore les questions d’argent sont des sujets universels. Même si le contexte est chinois, chacun peut s’y retrouver.

 

Les Français d’origine chinoise se reconnaissent dans mes histoires

Qu’est-ce qui a changé entre vos débuts sur scène et aujourd’hui ?

Mon premier spectacle existe depuis 2017. Comme tous les spectacles, il a fallu le roder. Au début, je cherchais le bon rythme, les bonnes formulations, les moments où le public allait réagir.

Aujourd’hui, après plus de 150 représentations, je connais parfaitement le texte et je sais presque à quel moment les spectateurs vont rire. C’est probablement le plus grand changement. Je n’ai plus de trac. Lorsque je monte sur scène, je suis simplement heureux de partager un moment avec le public.

Ce qui est intéressant, c’est que chacun se reconnaît dans une partie du spectacle. Les étudiants chinois retrouvent des situations qu’ils ont vécues en arrivant en France. Les Français expatriés retrouvent des souvenirs de leur vie en Chine. Quant aux Français d’origine chinoise, ils reconnaissent souvent leur propre famille à travers certains comportements ou certaines expressions que je raconte sur scène.

 

La Chine se comprend surtout en la vivant

Que souhaitez-vous que le public retienne de vos spectacles ?

J’aimerais simplement que les gens regardent la Chine d’une manière différente. La Chine est un pays qui se vit et qui se comprend par l’expérience. On ne peut pas la réduire à ce que l’on voit dans les médias ou dans les informations.

À travers mes spectacles, je raconte une Chine du quotidien, une Chine vécue. C’est une approche parfois décalée, mais elle est sincère. Si les spectateurs passent un bon moment et repartent avec une vision un peu plus nuancée du pays, alors j’en suis très heureux.

Mais je ne cherche pas à imposer une vision ou à délivrer un message précis. Je veux avant tout partager une expérience personnelle.

 

Ce ne sont pas des sketches, ce sont des morceaux de vie

Votre nouveau spectacle explore une nouvelle période de votre histoire familiale. Pourquoi ce partage est-il important ?

Je ne parlerais pas vraiment de transmission. Je préfère le mot « partage ». Dans ce nouveau spectacle, je raconte principalement ma vie depuis mon retour en Chine, entre 2010 et aujourd’hui.

Ce qui m’intéresse, c’est de raconter des histoires vraies. Je me définis davantage comme un auteur de monologues humoristiques que comme un stand-upper. Ce que je raconte ne pourrait être raconté par personne d’autre, parce que ce sont mes expériences, mon parcours, mon regard sur les choses.

J’aime que les spectateurs ressortent en se disant : « C’était drôle, mais c’était aussi authentique. » Pour moi, c’est cela qui donne une identité à un spectacle. Les histoires vécues touchent davantage parce qu’elles sont sincères.

Je continuerai donc à partager mon regard sur la France, la Chine et les cultures qui m’ont construit. C’est cette rencontre entre deux mondes qui nourrit mon travail depuis le début.

 

Didier Pujol
Publié le 24 juin 2026, mis à jour le 24 juin 2026
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