Le 1er mai 2026, le Hong Kong Heritage Museum ouvre au public Meet Mona Lisa & Portraying the Renaissance, grande exposition du French May Arts Festival. Entre immersion numérique, manuscrits de Léonard de Vinci et chefs-d’œuvre venus de France et d’Italie, le parcours propose une rencontre inédite avec la Joconde et l’art du portrait à la Renaissance.


Une exposition créée spécialement pour Hong Kong
Présentée jusqu’au 27 juillet 2026 dans les galeries 3, 4 et 5 du Hong Kong Heritage Museum, l’exposition réunit deux expériences complémentaires : Meet Mona Lisa, produite par le Musée du Louvre et le Grand Palais Immersif, et Portraying the Renaissance, consacrée au portrait européen des XVe et XVIe siècles. Brian Lam, directeur du Hong Kong Heritage Museum, insiste lors du briefing sur le caractère inédit du projet : "Cette exposition n’a jamais été présentée ailleurs. Elle a été spécialement conçue pour Hong Kong. L’accès est gratuit, avec 180.000 visiteurs attendus sur trois mois".
Vincent Larnicol, vice-président du Grand Palais Immersif, a résumé l’ambition du projet par une image forte : "Construire une exposition sur Mona Lisa, c’est un peu comme gravir l’Everest. Le sujet est immense, chargé de mythes, d’histoire de l’art, de fascination populaire et d’attentes du public. Cette préparation s’est appuyée sur le Louvre, le Musée national de la Renaissance et les équipes de Museum Studio et du Grand Palais Immersif. De plus, Hong Kong accueille une première mondiale : la Mona Lisa Experience. L’objectif n’est pas seulement d’expliquer la Joconde, mais de faire ressentir quelque chose au visiteur. Il y a beaucoup de poésie dans cette exposition".

« Au Louvre, 25.000 personnes essaient chaque jour de l’apercevoir »
L’un des éléments les plus singuliers du parcours est la voix de Mona Lisa. Dans l’exposition, la Joconde devient narratrice de sa propre histoire. Elle guide le public à travers Florence, la vie de Léonard de Vinci, les secrets de sa création, son vol en 1911, puis sa transformation en icône mondiale. Pour Vincent Delieuvin, conservateur de la section des peintures italiennes du 16ème siècle du Musée du Louvre, cette idée correspond profondément à l’intention de Léonard de Vinci. Le peintre voulait créer une interaction entre la jeune femme représentée et le spectateur. « Il voulait inviter à une rencontre », explique-t-il. L’exposition rend cette rencontre possible en donnant à Mona Lisa une présence, une voix et un récit.
"Presque chaque jour, 25.000 personnes essaient d’apercevoir Mona Lisa. Pour des raisons de sécurité et de conservation, il est impossible de s’en approcher longuement ou d’observer la peinture dans le détail. C’est précisément ce manque que l’exposition de Hong Kong veut combler. Elle ne remplace pas l’œuvre originale, qui reste au Louvre, mais elle permet de comprendre ce que le public ne peut souvent pas voir à Paris : la construction du tableau, son support en bois, les examens scientifiques, les repentirs, les effets de lumière, la technique du sfumato et la façon dont Léonard a cherché à donner vie à son modèle. Léonard a travaillé près de vingt ans sur la Joconde, qu’il l’a conservée avec lui jusqu’en France, et l’œuvre était encore inachevée à sa mort en 1519. Pour lui, Mona Lisa était une quête sans fin de perfection".
La technologie est au service de la connaissance
Vincent Delieuvin insiste sur un point essentiel :
"Les technologies utilisées dans l’exposition ne sont pas un simple décor spectaculaire. Elles ont une fonction pédagogique et sensible. La technologie permet au public d’accéder autrement à l’œuvre, de voir ce que l’œil nu ne peut pas percevoir, et de mieux comprendre la pensée de Léonard de Vinci. Les examens scientifiques, les images infrarouges, les radiographies et les dispositifs immersifs révèlent la complexité du tableau. Ils aident à comprendre le sfumato, cette technique de contours flous et de transitions subtiles entre lumière et ombre qui donne à Mona Lisa son impression de vie. Léonard de Vinci aurait sans doute apprécié ces outils, tant il cherchait à comprendre le fonctionnement de la nature, du corps humain, du mouvement et des émotions. Aujourd'hui, dans un monde marqué par les débats sur l’intelligence artificielle, la robotique et la technologie, la Renaissance rappelle que l’outil doit rester au service de l’humain. Hong Kong possède une renommée internationale et une position singulière entre l’Est et l’Ouest. Elle est, par son histoire, un lieu de rencontre entre les cultures. Hong Kong est un cadre particulièrement adapté pour faire découvrir Mona Lisa, peut-être la plus éminente représentante de la culture européenne."

Matteo Gianeselli, conservateur du patrimoine au Musée national de la Renaissance – Château d’Écouen, a conçu la section Portraying the Renaissance comme un prolongement naturel de Meet Mona Lisa. Puisque la Joconde est d’abord un portrait, il lui semblait logique de montrer l’importance de ce genre à la Renaissance.
"Le Musée d’Écouen possède des collections très riches, notamment dans les arts décoratifs : tapisseries, céramiques, émaux, orfèvrerie, peintures et objets du quotidien. L’exposition permet donc de montrer que le portrait ne se limite pas à la peinture sur toile ou sur panneau. À la Renaissance, il se diffuse partout : dans les objets, les intérieurs, les scènes religieuses, les cadeaux de mariage ou les images de pouvoir. Le portrait incarne l’un des grands basculements de la Renaissance : On remet l’homme au centre du monde. Il ne s’agit plus seulement de représenter un visage, mais de montrer une intériorité, un statut, une mémoire, une psychologie."

La Renaissance marque le début de l'art moderne
Matteo Gianeselli insiste aussi sur la transformation du statut de l’artiste à la Renaissance. Les créateurs ne sont plus seulement perçus comme des artisans maîtrisant une technique. Leur travail intellectuel est progressivement reconnu.
"L’esprit de l’artiste est reconnu tout autant que le travail de sa main. C’est le début de l’artiste moderne. Les artistes cherchent à se faire une place dans la société, aux côtés des grands bourgeois, des aristocrates ou des prélats. Leur talent devient à la fois technique et intellectuel. Cette réflexion rejoint la figure de Léonard de Vinci, à la fois peintre, scientifique, ingénieur et observateur de la nature. Chez lui, la technique n’est jamais séparée de la pensée. Elle sert à mieux comprendre le monde, le mouvement, le corps et les émotions.
La force de l’exposition tient à son équilibre entre immersion et œuvres réelles. Les expériences immersives sont souvent réduites au divertissement, aux sensations et à l’image. Ici, la présence de véritables œuvres venues de France et d’Italie change la nature du projet. On est dans le virtuel, mais aussi dans le vrai concret. Les manuscrits, les peintures, les sculptures, les objets décoratifs et les œuvres prêtées donnent au parcours une profondeur historique que l’immersion seule ne pourrait pas produire."

Une vision optimiste de l’humanité
À la question du message que les visiteurs devraient emporter, Vincent Delieuvin répond sans hésiter :
« une vision très optimiste de l’humanité. La Joconde est un portrait rassurant, fondé sur un sourire, un regard et une invitation à rencontrer l’autre. Mona Lisa est une œuvre profondément universelle. Léonard touche tous les publics par sa curiosité, son désir de comprendre la nature et sa recherche de perfection. Mona Lisa, elle, parle à chacun parce qu’elle exprime à la fois la beauté physique, la psychologie, le mystère et l’émotion. On se reconnaît dans la Joconde. C’est une œuvre qui parle à tous. C’est sans doute pour cela que son image continue d’être réutilisée dans la publicité, la mode, la musique, les arts visuels, le street art et les objets du quotidien."
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