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Femme d'expat', l'expression depuis longtemps rentrée dans le vocabulaire des Français de l'étranger, se décline de plus en plus au masculin. Mais qu'en est-il de ces hommes qui suivent Madame? Cyrille, Jacques et David ont tout lâché pour que leurs femmes puissent poursuivre leur carrière à l'international. Entre recherche d'emploi et nouveau statut social, ces Français nous racontent les joies et les misères des conjoints d'expatriées.
Il bossait en ingénierie conseil pour Suez Environnement. Elle était directrice industrielle d'une société française spécialisée dans les hautes technologies. Ils habitaient Paris mais n'étaient pas souvent chez eux, toujours en mission professionnelle. Leur vie de famille, ils la passaient entre deux avions. "J'étais souvent en déplacement en Europe et rentrais la plupart du temps avec le dernier vol.", raconte Cyrille. "Je ressentais le besoin de ralentir, de me poser un peu."
Un jour, sa femme Elise lui annonce que sa société, qui travaille avec des sous-traitants dans le sud de la Chine, a besoin d'une personne sur place. Aucun volontaire ne s'est manifesté. Elle a donc proposé de s'expatrier elle-même, faute de candidat. "Une très bonne idée ! Je n'ai pas hésité longtemps.", se souvient ce père de famille. "C'est mon patron qui n'en revenait pas : il pensait qu'on m'avait débauché ailleurs. L'idée que je puisse volontairement démissionner pour suivre ma femme à l'étranger lui paraissait... saugrenue. Ce schéma là ne rentre pas dans la case usuelle.", concède-t-il. "Pourtant, c'est assez logique. Avec leur niveau de formation, les femmes accèdent aussi à des postes à responsabilités."
Papa au foyer
Cela fait neuf ans maintenant que Cyrille vit avec son épouse et ses deux garçons à Hong Kong. Elise est toujours très prise par son travail mais aménage son temps pour passer ses week-ends en famille. "Moi ? Je suis papa au foyer et conserve une petite activité professionnelle. Et je le vis très bien.", indique cet ingénieur reconverti dans le commerce du caviar. "Ce qui est amusant, c'est de sentir une gêne chez pas mal d'expatriés, et particulièrement chez les jeunes que l'on pourrait croire plus ouverts : ils n'arrivent pas à me cataloguer. J'ai simplement choisi d'être disponible pour les autres. Et c'est très chronophage", précise-t-il avec un grand sourire.
A Hong Kong, où la communauté française s'est beaucoup étoffée ces dernières années, ce schéma familial n'est pas le plus répandu, mais devient de moins en moins original. Jacques a suivi son épouse Stéphanie, RH chez Bouygues Construction, dans l'ex-colonie britannique il y a trois ans et demi. A Paris, il avait pourtant un cabinet de recrutement spécialisé dans la cuisine et la gastronomie qui "fonctionnait bien". Le couple habitait même sur une péniche, à Asnières-sur-Seine. "Vendre notre péniche, c'est, je crois, ce qui nous a le plus arraché le c?ur !", confie cet ancien patron de PME. "Mais l'attrait pour l'étranger a toujours été fort. Nous avons d'ailleurs pas mal bourlingué entre Londres, Paris, Milan. L'occasion s'est présentée pour Stéphanie, une très bonne occasion : elle est passée du siège parisien au terrain et ne quitte plus son casque et ses bottes de chantier."
Cours de cuisine
A Hong Kong, Jacques a bien envisagé de reprendre son activité professionnelle, mais il a finalement, jeté l'éponge "à cause des difficultés d'obtention de visa". Loin de se morfondre, il s'est finalement lancé dans les cours de cuisine, s'est remis à l'anglais et prend même des leçons de cantonais. "Au début, c'était un peu étrange de se retrouver entouré uniquement de femmes lorsque je participais à des rencontres d'expatriés. Mais ça ne me dérange pas du tout d'être celui qui a suivi l'autre à l'étranger. Et puis j'ai réussi à reprendre une activité qui me tient à c?ur. C'est l'essentiel."
Pour David*, les déménagements successifs n'ont pas toujours été faciles. "Pour l'exercice de son métier, ma femme doit changer de poste tous les cinq ans.", raconte ce paysagiste. "Ça peut être la France, mais aussi l'étranger. Je l'ai toujours su et l'ai accepté dès le départ. J'aime voyager et, sans elle, jamais je n'aurais eu l'occasion de m'expatrier."
Démissions sur démissions
Pour le Français, chaque nouveau départ est d'abord un renoncement car il est synonyme de démission. "La première fois que l'on est parti à l'étranger, j'étais content.", se souvient-il. "Après cinq ans dans le même bureau, ça m'a fait du bien de changer. J'ai ouvert ma propre entreprise et après une année de mise en place, ça marchait plutôt bien. Mais il a fallu rentrer en France, dans le Sud-ouest. Là, ça a été très compliqué.", admet-il. "J'étais surpris d'ailleurs."
De retour en France, David tente de créer une nouvelle boîte, mais l'affaire ne prend pas. Il s'essaie alors à la formation en lycée agricole, mais "ce n'est pas [son] truc". "J'ai assez mal vécu cette période de chômage, où je devais rester à la maison.", confie-t-il. "Je voulais absolument travailler dans ma branche, sans y arriver. Et puis, j'ai trouvé une place dans l'équipe d'un ESAT (établissement et services d'aide par le travail, ndlr). J'ai adoré travailler dans le social. J'aurais pu obtenir un CDI... Mais il était temps de déménager."
Après l'Europe du sud et le sud de la France, David et sa famille sont arrivés à Hong Kong il y a tout juste six mois. "J'ai trouvé un petit boulot et suis une formation pour enseigner le FLE (Français langue étrangère, ndlr). Le reste de mon temps, je le consacre à ma famille".
"Je ne regrette rien"
Si cet expatrié a décidé "d'arrêter de se prendre la tête" au sujet de son activité professionnelle, il n'en reste pas moins "gêné" lorsqu'il doit éclaircir sa situation. "Je suis embarrassé lorsque je rencontre de nouvelles personnes qui me demandent ce que je fais dans la vie et à Hong Kong.", explique l'étudiant en FLE. "Le regard de la société n'est pas le même sur les femmes d'expatriés et les hommes. Même ces dernières estiment que c'est assez étrange qu'un homme suive sa femme sans avoir lui-même de proposition de travail". A Hong Kong, David n'est pourtant pas un cas unique. "J'avoue que ça fait du bien de rencontrer des familles dans le même schéma que le notre. Et bien que ça soit dur, j'aime notre vie ici et ne regrette rien."
Elsa Ponchon (www.lepetitjournal.com/hong-kong) jeudi 3 septembre 2015
*Les prénoms ont été modifiés
Première publication: mercredi 29 avril 2015









