

Nous continuons avec notre série d'articles proposés par les élèves de Seconde du Lycée Français International de Hong Kong suite à leur voyage scolaire au Cambodge. Ils nous parlent aujourd'hui de l'art statuaire khmer
Notre passage à Phnom Penh a été l'occasion de visiter le Musée national. Pour nous plonger dans l'univers de la statuaire khmère, Bertrand Porte, ingénieur d'étude à l'Ecole Française d'Extrême-Orient était là pour tout nous expliquer !
L'Ecole Française d'Extrême-Orient (EFEO) a été créée en 1900 sous l'impulsion du Gouverneur général d'Indochine, Paul Doumer (1827-1932). Au départ ce projet avait pour but de prendre en charge l'inventaire et la préservation du patrimoine culturel de l'Indochine. Le siège était à Hanoi ; il sera ensuite déplacé à Paris. L'EFEO a aujourd'hui 17 implantations réparties en Asie et recrute des chercheurs parmi les meilleurs dans de nombreux domaines.
Photo : FD. Bertrand Porte nous explique avec passion l'histoire des statues du Musée National
Portrait
Bertrand Porte est devenu un spécialiste de la conservation de la statuaire khmère. Après avoir réalisé une mission à l'EFEO pour mettre en place au musée de Phnom Penh un atelier pour la conservation et la restauration de la statuaire il y a plus de 13 ans, il a complètement intégré l'EFEO il y a quatre ans.
Originaire de Lyon, il a obtenu un bac D. Après avoir entamé des études en aménagement du territoire il s'est ensuite tourné vers l'Ecole des Beaux-arts de Tours pour suivre un cursus sur la "restauration des ?uvres sculptées". Après avoir travaillé pour des centres d'art contemporain, différents musées de France et pour les Monuments Historiques, en 1996, alors que se préparait une grande exposition d'art khmer au Grand palais de Paris, la Direction des Musées de France (DMF) lui propose une mission au musée de Phnom Penh. Il s'agissait, sous l'égide de l'EFEO, de mettre en place un atelier, de former des personnels et de préparer au voyage les ?uvres de l'exposition parisienne. Bertrand Porte accepte sans tarder et pose donc ses valises quelques semaines plus tard à Phnom Penh, "ne connaissant pas grand-chose à l'histoire du Cambodge et à l'art khmer", se souvient-il.
Depuis il a conduit d'autres expériences similaires au Vietnam (musée de sculpture cham Da Nang et musée d'histoire d'Ho Chi Minh Ville). 13 ans plus tard, il suit toujours les activités et soutient avec l'EFEO, l'atelier de restauration de sculpture du Musée National de Phnom Penh, projet dont il a été le créateur. Ce spécialiste, aujourd'hui renommé de l'art khmer, nous confie avec un sourire, en se rappelant ses débuts difficiles : "je n'ai pas honte de dire que parfois, je ne comprenais pas tout ce que je faisais", alors que nous passons près d'une statue datant de l'époque pré-angkorienne qui a donné beaucoup de fil à retordre à toute l'équipe. Précautions, travail acharné, passion et rencontres lui ont donné de l'assurance.
L'art khmer, tout simplement un casse-tête !
L'ancien Khmer ne conçoit pas de monuments sans divinités sculptées, sans décors sculptés : un temple terminé est une construction dont la moindre pierre apparente, marche d'escalier, encorbellement, linteau ou mur, est sculpté. Chaque élément d'architecture a un décor donné : le naga, serpent mythique, est systématiquement le décor des balustrades, de même que le lion est celui des escaliers.
La sculpture khmère trouve son origine en Inde, elle est liée aux deux traditions du bouddhisme et du brahmanisme. Sur le plan de l'iconographie, si au départ l'Hindouisme fut d'avantage pratiqué, le bouddhisme a eu sur la fin une influence plus grande et plus durable. Mais, à la différence de l'Inde, les mélanges iconographiques entre Bouddhisme et Shivaïsme sont quasi permanents. Le traitement des costumes et des attributs des divinités sculptées diffère selon les périodes : les sculpteurs khmers bien que travaillant le Panthéon indien suivant les règles dictées par les religieux, ont laissé des représentations typiquement khmères de ces personnages.
Pendant trois passionnantes heures, Bertrand Porte nous a emmené de statue en statue dans le Musée national, nous racontant l'histoire de la restauration de l'une, les attributs religieux de l'autre ou encore les différentes étapes de sa "vie" religieuse en tant qu'objet de culte. Une visite unique, parfois compliquée, mais où Bertrand Porte a toujours su se mettre à notre niveau pour rendre accessible cet univers de pierre et le faire vivre à nouveau pour nous.
Camille Guyot, 2B (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), mercredi 10 février 2010









